[CRITIQUE] Tully, de Jason Reitman

Le pitch : Marlo, la petite quarantaine, vient d’avoir son troisième enfant. Entre son corps malmené par les grossesses qu’elle ne reconnaît plus, les nuits sans sommeil, les repas à préparer, les lessives incessantes et ses deux aînés qui ne lui laissent aucun répit, elle est au bout du rouleau. Un soir, son frère lui propose de lui offrir, comme cadeau de naissance, une nounou de nuit. D’abord réticente, elle finit par accepter. Du jour au lendemain, sa vie va changer avec l’arrivée de Tully…

Comme la relation étrange que j’ai avec les films de Jason Reitman le veut, je n’apprécie qu’un film sur deux dans sa filmographie. Et pour faire très simple, ses deux pépites sont, pour ma part, In The Air (2009) et Last Days of Summer (2013). Cette fois, Jason Reitman revient, quatre ans après son dernier film décevant Men, Women and Children, et met à nouveau en scène un scénario écrit par Diablo Cody, en retrouvant une nouvelle fois Charlize Theron (Young Adult).
Si vous avez donc bien suivi cette entrée en matière, vous aurez donc bien compris que j’ai détesté Juno et Young Adult – à savoir les deux films mis en avant pour la promotion de Tully ! Scénariste oscarisée grâce à Juno, si Diablo Cody parvient à mettre en scène ses propres histoires, la tonalité souvent trop désabusée et pourtant surfaite me rebute (et je la trouve extrêmement surestimée, un peu comme Greta Gerwig… et la boucle est bouclée !). Alors pourquoi aller voir un nouveau film de Jason Reitman, écrit par Diablo Cody me diriez-vous ? Si Tully sonne comme le dernier volet d’une trilogie centrée autour des différentes étapes de la vie d’une femme (sa fonction maternelle), je suis allée le voir pour deux raisons : mathématiquement, vu que j’ai détesté son dernier film, celui-ci avait des chances de me plaire ; ensuite, Jason Reitman n’est jamais aussi bon que lorsqu’il s’éloigne de la fable pseudo sociale et humaine au message généraliste et fastoche autour des rapports humains. Et puis Charlize Theron pourrait jouer une carpe, qu’elle serait superbe dans l’exercice, alors… CQFD.

Dès les premières minutes, Tully séduit par son approche authentique et sans fard, montrant la réalité d’un quotidien épuisant d’une mère de deux enfants – dont un « particulier » – et enceinte du troisième. Evidemment inspiré par l’histoire de Diablo Cody, le film souligne la fatigue aussi bien morale que physique d’une femme quasiment au bord du gouffre et, bien qu’entourée par sa famille, se retrouve bien souvent très seule… jusqu’à l’arrivée de Tully, une nounou de nuit qui va lui changer la vie.
Entre découverte et confidences nocturnes, le film suit la transformation de cette femme, Marlo, qui reprend goût à la vie et partage son histoire avec cette baby-sitter attachante et singulière. L’écriture est aussi simple que sincère, focalisée sur une amitié naissante entre deux personnages que tout semble opposer. Tully s’amuse de leurs visions différentes de la vie, l’une pleine d’énergie et d’optimisme face à l’autre plus sage et un poil plus rompu l’exercice fatiguant. Si dans Men, Women and Children, Jason Reitman théorisait sur les rapports humains dans les grandes lignes, quitte à dresser des tableaux déconnectés et surfaits, avec son nouveau film, il s’appuie sur un vécu évident et des personnages auxquels on s’attache rapidement entre empathie, compassion et amitié.

Pourtant, si Tully parvient à nous porter sans effort dans son récit pétillant et agréable, c’est finalement son dernier tiers qui va révéler un sous-texte malheureusement sous-exploité et qui va dénaturer l’ensemble. En effet, même si certains détails étranges en cours de route captaient l’attention (l’absence de présentation à la famille, le rapport quasiment secret entre Tully et Marlo), la prise de conscience brutale et tardive change l’impact du récit et questionne finalement sur la véracité de tout ce qui a été partagé tout au long du film. Alors que l’acceptation des faits et les retrouvailles sont au centre du film, Tully finit par soulever des questions qui ne trouveront jamais de réponse, laissant un goût d’inachevé qui rendent l’ensemble du film incomplet. Pour ma part, j’aurais aimé en savoir plus sur Marlo, après la « révélation », mais Jason Reitman choisit une conclusion facile et un chouilla sucrée, tel un happy-end fabriqué, qui ne colle pas vraiment avec la complexité découverte sur le personnage principal. Est-ce vraiment aussi simple ?

Au casting : Charlize Theron (Atomic Blonde, Fast and Furious 8, Le Chasseur et la Reine des Glaces…) retrouve le genre de rôle qu’elle aime habiter en se transformant. Kilos en plus, fatigue visible sur des traits tirés, l’actrice est totalement convaincante, touchante et superbe en Marlo, parvenant à transmettre les nombreuses facettes de son personnage de façon naturelle, sans en faire trop. Face à elle, la belle Mackenzie Davis (Blade Runner 2049, Et (Beaucoup) Plus Si Affinités, Halt And Catch Fire…) est une bouffée de fraîcheur dans un film marqué par l’épuisement et la stagnation (au début). Le duo fonctionne grâce à une sincérité conquérante et une authenticité accessible – qu’on ait des enfants ou pas.
Autour d’elles, Mark Duplass (Togetherness, The Lazarus Effect…) et Ron Livingston (Conjuring : Les Dossiers Warren, Boardwalk Empire…) assistent, sans réellement voir, à la renaissance particulière de Marlo, en bons papas impliqués mais à distance, tandis qu’Elaine Tan (Inherent Vice…) fait sourire avec son personnage qui pique les clichés hollywoodiens de la maman parfaite.

En conclusion, Jason Reitman revient avec ce qu’il maîtrise de mieux : une histoire marquée par un vécu et son authenticité, dans un film très démonstratif, faussement léger et sans morale bien-pensante. Tully est frais, drôle et touchant, parfois dur face à la réalité de cette mère en difficulté mais conquérant grâce à la complicité des deux héroïnes. Cependant, le dernier tiers du film, contenant un twist important, met en lumière les bémols sur lesquels j’avais fermé les yeux en cours de route puis préfère conclure sur une pirouette fastoche au lieu de creuser le sujet. Résultat, malgré ses qualités, Tully m’a laissée sur ma faim, passant en quelques minutes du film réussi au film sympathique mais au goût d’inachevé. À voir.

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