[CRITIQUE] Skyscraper, de Rawson Marshall Thurber

Le pitch : Ancien chef du commando de libération des otages du FBI et vétéran de l’armée américaine, Will Sawyer est désormais responsable de la sécurité des gratte-ciels. Alors qu’il est affecté à Hong Kong, il est accusé d’avoir déclenché un incendie dans la tour la plus haute et réputée la plus sûre du monde… Considéré comme fugitif, Will doit retrouver les criminels, prouver son innocence et surtout sauver sa femme et ses deux enfants prisonniers du bâtiment en flammes…

Après une filmographie marquée par des comédies gentiment politiquement incorrectes, Rawson Marshall Thurber (Agents Presque Secrets, Les Miller – Une Famille en Herbe, Dodgeball…) s’essaie au film d’action. Porté par (la notoriété de) Dwayne Johnson et visant clairement le remplissage des caisses d’Universal, Legendary Pictures and co, en séduisant frontalement le territoire chinois, Skyscraper est un film à popcorn tout juste honorable et linéaire, à mi-chemin entre le pompage, pardon, l’hommage (*tousse*) à Piège de Cristal (John McTiernan, 1988) et l’action hero  daté.

Non content de poser les bases d’une histoire déjà tirée par les cheveux, le film de Rawson Marshall Thurber va s’amuser à empiler les sous-intrigues pour tenter de renforcer les enjeux d’un héros qui, malgré lui, se voit obliger de sauver sa famille et neutraliser une poignée de méchant qui mette au point le stratagème le plus compliqué de la terre pour… une clé USB ? Autant dire que le scénariste s’est donné beaucoup (trop) de mal pour construire une histoire aussi complexe alors que le but du film est tout simplement de mettre en scène Dwayne Johnson dans des cascades aussi surréalistes que spectaculaires. Si l’affiche ne vend pas déjà la mèche, Skyscraper c’est surtout l’histoire d’un homme face à un building immense et en flammes. Comment va-t-il y entrer ? Comment va-t-il s’en sortir ? Voilà les deux questions qui vont rythmer le film et permettre au spectateur d’en avoir un chouilla pour son argent. Les fioritures ajoutées autour (l’histoire obscure de blanchiment d’argent, de noms top secrets et de clé USB super importante) ne font qu’encombrer la narration et affaiblir l’aspect divertissant d’un film qui se prend bien trop au sérieux.

En effet, même en pardonnant la légèreté et les ficelles outrageusement apparentes du scénario, Skyscraper peine à maintenir le niveau. Après une introduction peu nécessaire (rappelant celle du film Otage de Florent Siri – décidément la carrière de Bruce Willis a été une sacrée source d’inspiration), le parcours de ce héros ordinaire  et unijambiste tourne rapidement à vide dès la première moitié du film, alors qu’il termine sa cascade principale. Le manque général de crédibilité et le nombre incroyable de figurants asiatiques (dont les policiers) qui assiste aux exploits du personnage de Dwayne Johnson sur grand écran ne font qu’aggraver les dégâts et le sentiment d’arnaque qui émane du film. Le paradoxe entre l’écriture de l’intrigue et les incohérences béantes est assommant, tandis que l’intérêt déjà bancal suscité par le concept de Skyscraper finit par atteindre le niveau du néant.

Si de temps à autres, Rawson Marshall Thurber parvient à faire frissonner avec quelques scènes vertigineuses qui tombent à pic, cependant l’ensemble reste néanmoins décevant, tant la tension reste  inexistante à cause d’une issue hyper prévisible. De plus, la plupart des « bonnes » idées ont un effet de déjà vu : le crapahutage sur la façade d’un gratte-ciel rappelle Mission: Impossible – Protocole Fantôme, les sauts impossibles viennent tout droit des derniers Fast and Furious, tandis que le final, pourtant original et graphique dans la sphère, fait penser à la magnifique scène des ombres chinoises dans Skyfall, un des meilleurs James Bond de Sam Mendes. Bref, pour l’effet novateur, on repassera…
On notera au passage que la musique du film est signée par Steve Jablonsky (Transformers: The Last Knight, Ninja Turtles 2, No Pain No Gain…), ce qui, avouons-le, est un indicateur assez parlant sur la qualité du film.

Au casting : alors que Rampage est toujours à l’affiche, Dwayne Johnson (Jumanji : Bienvenue dans la jungle, Baywatch : Alerte à Malibu…) en rajoute une couche avec le genre de personnage caricatural qui ne lui va pas si bien que ça. Alors que l’acteur à la musculature impressionnante fait des étincelles quand il choisit des rôles à contre-courant, il devient étrangement transparent quand il tient un personnage apparemment taillé sur mesure. Je préfère un Dwayne Johnson décontracté et inventif à cet action hero inexpressif et sans âme qui crapahute sur les façades d’un building en flammes CGI.
À ses cotés, on retrouve Neve Campbell (House of Cards, Scream 4…) en side-kick, Pablo Schreiber (Orange Is The New Black, Criminal Squad…) s’offre une participation trop rapide et Roland Møller (The Passenger, Atomic Blonde…) joue les vilains de pacotille. Autour d’eux, un parterre d’acteurs et figurants asiatiques fait de la figuration pour plaire au public visé, dont Chin Han (Ghost In The Shell, Independence Day: Resurgence…) et Byron Mann (The Big Short, Rush Hour…), mais c’est surtout la quasi novice Hannah Quinlivan qui parvient à se démarquer avec un personnage quasi muet mais sacrément impressionnant et sous exploité.

En conclusion, Skyscraper s’inscrit dans la série des blockbusters estivaux qui viennent animer le cinéma pop-corn sans laisser de trace. Meilleur en comédie, Rawson Marshall Thurber livre un film d’action sans relief que Dwayne Johnson traverse de façon impassible et à peine engagée. Heureusement le but n’était pas de fonctionner, mais de faire rentrer des sous… à nos dépends. À tenter.

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