[CRITIQUE] Le Poulain, de Mathieu Sapin

Le pitch : Arnaud Jaurès, 25 ans, novice en politique, intègre par un concours de circonstances l’équipe de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle. Il devient l’assistant de Agnès Karadzic, directrice de la communication, une femme de pouvoir et d’expérience qui l’attire et le fascine. Sans l’épargner, elle l’initie aux tactiques de campagne, et à ses côtés il observe les coups de théâtre et les rivalités au sein de l’équipe, abandonnant peu à peu sa naïveté pour gravir les échelons, jusqu’à un poste très stratégique.

Initialement dessinateur et scénariste de bandes-dessinées, Mathieu Sapin se lance dans son premier film avec Le Poulain, un drama politique suivant les premiers pas d’un jeune loup dans les hautes sphères. Guidé par une mentor de poigne et prête à tout pour se tailler une place au soleil, le héros du film va rapidement se façonner, passant d’un tempérament soumis à un jeune adulte bien plus volontaire.

Dans la lignée des femmes de pouvoirs vues dans Corporate ou plus récemment Numéro Une, j’attendais de ce film un portrait plus acéré du personnage incarné par Alexandra Lamy. Le Poulain oscille entre les règles impitoyables de la politique et des lignes floues entre les camps, ce qui rend parfois son traitement narratif bancal et superficiel. Mathieu Sapin tente de faire évoluer deux personnages à la fois, ce qui sur le papier semblait logique et intéressant, mais qui, dans les faits, a bien du mal à vivoter. Alors que la femme de pouvoir enseigne et que l’apprenti prend du galon, Le Poulain s’éparpille et s’encombre des ambitions personnelles de seconds rôles. Voilà une assiette bien remplie pour un premier film dont l’équilibre flanche au fur et à mesure que le film avance. Entre réalité et fantasmes, l’ensemble reste globalement en surface, proposant des sentiers déjà bien battus au lieu de s’attacher aux portraits proposés, avant de s’effilocher dans une pirouette finale pour s’en tirer avec les honneurs.

La vie politique ne semble avoir rien de plus affriolant qu’une journée de bureau, alors qu’on le découvre à travers les yeux d’un stagiaire qui éclot en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire : l’évolution des personnages atteint le maximum de son potentiel dès la première demi-heure. Matthieu Sapin nous propose une sous-(sous)-version de Miss Sloane dont il ne prend jamais le temps de craqueler la surface, se contentant de singer une femme autoritaire et castratrice sans véritable raison, alors que son nouveau jouet lui échappe rapidement des mains.

Si l’univers de la politique française offre un terrain de jeu accrocheur, Le Poulain cabotine en réchauffant des clichés prévisibles pour accompagner l’apprentissage de la vie de son héros. D’un coté, l’ensemble est frais et sympathique : les personnages sont accessibles et les interactions ressemblent parfois à une resucée de sitcom familière tant le ton est léger, comme un bon vieil épisode de Plus Belle La Vie au moment des élections municipales, oops, présidentielles ! De l’autre, Mathieu Sapin se précipite dans un récit sans profondeur : à peine l’histoire nous familiarise avec un camp, voilà que nos héros changent de décors… le tout sans véritable impact puisque Le Poulain s’applique à surfer sur des sujets peu engageants pour éviter d’être rattacher à un véritable parti politique et, par conséquent, se retrouve rapidement limité et impersonnel – contrairement à un film comme Chez Nous.

Dommage, car pour une fois qu’Alexandra Lamy (Tout Le Monde Debout, Par Instinct, L’Embarras du Choix…) semble à l’aise et naturelle, son personnage est vite délaissé et à peine exploité. Autour d’elle, Finnegan Oldfield (Réparer Les Vivants, Nocturama, Bang Gang…) nous a déjà proposé bien mieux et s’en sort plutôt bien, tandis que Gilles Cohen (Arrêtez Moi Là, 20 Ans d’Écart…), Valérie Karsenti (Scènes de Ménages, Ma Famille t’Adore Déjà…) et Brigitte Roüan (Going To Brazil, Rupture Pour Tous…) vivotent au second plan. Et Philippe Katerine (Le Monde Est À Toi, Le Petit Spirou…) continue de jouer à l’acteur pour rappeler qu’il a connu une certaine gloire avec ses chansons…

En conclusion, Le Poulain survole les affres de la politique avec des personnages intéressants mais qui manquent cruellement d’étoffe. Entre clichés et pseudo-intrigues en sous-sol, Mathieu Sapin dessine un parcours initiatique bancal, attendu et, à vrai dire, sans intérêt. À tenter.

PS : je saluerai tout de même le fait d’avoir réussi à tourner à l’Élysée, le seul moment véritablement authentique du film…

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