[CRITIQUE] Searching – Portée Disparue, d’Aneesh Chaganty

Le pitch : Alors que Margot, 16 ans, a disparu, l’enquête ouverte ne donne rien et malgré les heures décisives qui s’écoulent, l’inspectrice chargée de l’affaire n’a pas le moindre indice. Le père, David, décide alors de mener ses propres recherches, en commençant par là où personne n’a encore regardé : l’ordinateur de sa fille.

Présenté au Festival de Sundance en début d’année, Searching – Portée Disparue a été récompensé par deux prix : celui du Public et le prix Alfred P. Sloan Feature Film, ce qui n’est pas rien vu le concept original du film. En effet, le film d’Aneesh Chaganty se passe uniquement à travers des écrans d’ordinateurs, de smartphones ou de caméras de surveillance liées à un ordinateur. Une idée déjà testée en 2015 avec le film d’épouvante Unfriended qui, à défaut de faire flipper (en tout cas, en attendant sa suite Unfriended: Dark Web), offrait une interaction via des écrans Skype plutôt originale. Ici, Searching – Portée Disparue explore le concept à travers un film qui allie les dérives des nouvelles technologie à un thriller palpitant et assez bien fichu.

À l’origine, Aneesh Chaganty développe un court-métrage autour de cette jeune fille disparue et de son père qui utilise internet pour la retrouver. Alors que le projet avance, un nom rare mais bien connu vient changer la donne, Timur Bekmambetov (Wanted, Night Watch, Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires…), et propose d’adapter le court en long-métrage. Bonne pioche, donc, car il y a de l’idée derrière ce fameux Searching – Portée Disparue, qui sera donc le premier film du réalisateur.

En effet, le film explore évidemment les dérives des réseaux sociaux à travers la traque de ce père désespéré alors qu’il découvre la vérité sur sa fille de clic en clic.
Entre enquête policière médiatisée et double vie, le film d’Aneesh Chaganty rappelle souvent un certain Gone Girl tant la narration entretient une tension similaire, à la fois glaçante et mystérieuse autour de la vérité. Certes j’aurai voulu que le film égratigne de façon plus franche les relations virtuelles versus la vie réelle (comme l’avait très bien fait Matt Spicer avec le fabuleux Ingrid Goes West), mais le thriller arrive si bien à l’emporter sur le problème sociétal exposé que ce n’est pas vraiment gênant.

En effet, Searching – Portée Disparue a ce coté rafraîchissant et old school des thrillers articulés autour d’une intrigue accessible et totalement plausible, si bien que le spectateur peut aisément s’y projeter. Le film ne cherche pas forcément à diaboliser les réseaux sociaux ou les dangers d’internet, comme on le voit souvent au cinéma, mais au contraire, souligne la possibilité de pister quelqu’un grâce à ces nouveaux outils. Certes, pour le film, cette « traque » sert la bonne cause et l’histoire n’omet jamais les mauvais cotés de l’exposition virtuelle, ce qui va permettre à la trame de s’étoffer tout au long de la narration. Cependant, le fait de ne pas se focaliser dessus rend Searching – Portée Disparue plus surprenant, voire plus attachant car le spectateur suit le film aux cotés de ce père désemparé… et non du coté de l’opinion publique.

Résultat, Aneesh Chaganty nous embarque dans une sorte de polar des temps modernes, éclairé par la lumière bleuté des écrans et boostés par les soupçons qui éclatent en surface. Prenant, Searching – Portée Disparue se révèle être un thriller relativement bien ficelé qui repose sur la sympathie des personnages (grâce à une introduction centrée sur la famille) et non sur de potentielle découverte sulfureuse. Même avec son approche 2.0, le film a la saveur des films à enquêtes de l’époque, mêlant le coté glaçant du thriller énigmatique qui creuse la surface à la froideur d’un objet technologique (qui rappelle un peu l’esprit scientifique des séries policières type CSI).

Searching – Portée Disparue offre une transition intéressante à la manière de faire un film. Plus travaillé qu’Unfriended et plus abouti que Paranoïa, le coté « normal » du film rend le résultat plus fluide, si bien qu’on oublie finalement la forme inhabituelle pour suivre l’intrigue. Le montage prenant le pas sur la mise en scène, Aneesh Chaganty parvient à rendre son concept lisible malgré l’afflux d’information, tandis que je salue le travail de montage, ainsi que la traduction colossale pour la version française des images (pages et interfaces web) – et les retrouvailles avec Windows XP 😀 !

Au casting : John Cho (Star Trek : Sans Limites, L’Exorciste – la série…) porte le film sur ses épaules et parvient à nous maintenir en haleine et à ses côtés. Autour de lui, Debra Messing (Will & Grace, Les Mystères de Laura…) fait un retour passable sur grand écran, tandis que Michelle La et Joseph Lee restent convaincants chacun dans leurs personnages.

En conclusion, Aneesh Chaganty prend par surprise avec un premier film original. Si Searching – Portée Disparue se nourrit de l’addiction aux réseaux sociaux pour affûter son intrigue, il évite intelligemment d’enfoncer des portes ouvertes en en rajoutant une couche sur les dangers d’internet pour mieux se focaliser sur une enquête captivante, axée sur ses personnages. Efficace et bien fichu, la forme est à la hauteur de ce défi risqué et livre un thriller palpitant et réjouissant. À voir !

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