[CRITIQUE] Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron

Le pitch : Le retour des familles Verneuil et Koffi au grand complet ! Claude et Marie Verneuil font face à une nouvelle crise. Leurs quatre gendres, Rachid, David, Chao et Charles sont décidés à quitter la France avec femmes et enfants pour tenter leur chance à l’étranger. Incapables d’imaginer leur famille loin d’eux, Claude et Marie sont prêts à tout pour les retenir. De leur côté, les Koffi débarquent en France pour le mariage de leur fille. Eux non plus ne sont pas au bout de leurs surprises…

Presque 5 ans après Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, la famille Verneuil, les gendres et un peu de belle-famille sont de retour pour un nouvel opus, attendu suite au succès commercial du film de Philippe de Chauveron sorti en 2014.
Si l’humour du premier film restait collégien, sa façon d’utiliser le racisme plus ou moins ordinaire de ses personnages, à travers des personnages – sans mauvais jeu de mots – haut en couleurs, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? proposait une comédie familiale finalement sympathique qui, malgré son sujet dangereux, jouait habilement avec les limites du politiquement incorrect. Bien sûr, le film peut faire grincer des dents et contribuer à la mauvaise image de la comédie française, mais pour ma part, entre ça, les Tuche, les Ch’tis et les films de Philippe Lacheau, j’ai largement préféré les éclats à la fois caricaturaux mais efficace de ce choc des cultures léger et facile.
Pour son nouveau film, et après avoir déçu avec Débarquement Immédiat (2016) et surtout le gênant À Bras Ouverts (2017) qui, justement, se vautrait dans l’humour trop gras à travers une problématique encore un peu trop fraîche et des personnages abrutissants, Philippe de Chauveron revient avec son film choral, armé d’une foultitude d’idées qu’il va jeter en vrac dans un film qui dure officiellement 1h39, mais qui donne l’impression de faire endurer 2h30 de calvaire. Dire que Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? est bien en dessus du premier, c’est encore être très tolérant. Malgré les années qui ont passées entre les deux films, celui-ci donne l’impression d’avoir été bricolé avec précipitation, tant ils multiplient les storylines et les scènes orphelines sans aucune fluidité.

En effet, dans le premier film, l’histoire était simple : la famille Verneuil compte quatre filles, trois d’entre elles sont déjà mariées à un homme issu de l’immigration et la dernière annonce qu’elle ajoute une nouvelle couleur à l’arc-en-ciel, au grand dam des parents carrément racistes (ou xénophobes, en vérité). Simple et linéaire, Philippe de Chauveron tricotait une trame unique qu’il agrémentait de vannes et gags en tout genre pour faire avancer son histoire. Easy.

Pour Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?, l’ensemble est une cacophonie imbuvable, le film cumule tellement de sous-intrigues qu’il y avait là de quoi faire au moins deux autres films. Comme si le réalisateur n’avait pas réussi à faire le tri parmi les différentes idées possibles pour la suite de sa comédie à succès, il décide de tout mettre à l’intérieur. Du voyage éclair des parents à travers le monde (qu’on ne verra pas, quel intérêt ?) à l’envie successives des gendres de s’expatrier (pour suivre des objectifs qui ne tiennent absolument pas la route), il faudra aussi compter avec la belle famille ivoirienne et le mariage problématique de leur fille, l’arrivée d’un réfugié afghan (qui disparaît en cours de route), la dépression de la maman, le plan des parents pour retenir leurs enfants… mais aussi les frictions en tout genre : entre les gendres qui voient leur business s’effondrer, les relations de couples, les relations de sœurs, les parents toujours aussi intolérants et plein de jugement, les carrières qui pataugent… Bref, Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? est un fatras incessant d’histoires supplémentaires qui s’accumulent jusqu’à l’étouffement.

Forcément, ce trop-plein se fait sentir à la réalisation et à l’écriture. Plus le film en rajoute et plus il est criblé de scénettes orphelines, offrant un dialogue anecdotique et souvent gênant pour placer une vanne ou un gag au lieu de faire avancer l’histoire. Du coup, le traitement est lourd et maladroit. Chaque nouveau rebondissement semble étirer la trame dans un film n’a pas l’air de vouloir en finir. Ce qui démarrait comme les retrouvailles avec une comédie sympatoche se transforme en calvaire lourdingue et pénible qui crispe bien plus qu’il n’amuse, surtout quand l’humour ne semble pas avoir évoluer d’un iota. Quatre ans plus tard, les parents Verneuil sont toujours confinés dans leur bourgeoisie chauvine malgré la diversité offerte par leur famille, ce qui rend leurs personnages répétitifs et lassants. D’autant plus que le final, a défaut d’être entièrement sous le signe de l’acceptation, se boucle grâce à un stratagème malicieux et surtout égoïste (retenir les enfants et non leurs familles). Le temps se fait long devant Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?, Philippe de Chauveron rate un retour qui lui tendait pourtant les bras en agglutinant toutes les idées qui lui ont occupé l’esprit pendant quatre ans dans un ensemble peu maîtrisé, mal dégrossi et qui, malgré une conclusion dans la bonne humeur, patauge dans une semoule tiédasse et déjà vue. J’ai un peu ricané, certes, mais on était loin de la bonne surprise du premier film.

Au casting, on prend les mêmes et on recommence : Christian Clavier (Les Aventures de Spirou et Fantasio, À Bras Ouverts, Si J’étais Un Homme…) retrouve ses vieux travers agaçants, mais Chantal Lauby (Photo de Famille, Jour J, La Dream Team…) tempère avec son personnage hilarant. Autour d’eux, Ary Abittan (Débarquement Immédiat…), Medi Sadoun (La Deuxième Étoile…), Noom Diawara (Amour sur place ou à emporter…) et Frédéric Chau (Kim Kong…) reprennent du service, ce dernier gagnant même en visibilité en abordant tout de même un sujet injustement passé sous silence dans l’actualité (à savoir le racisme envers les Chinois). En face, Frédérique Bel (La Mante…), Julia Piaton (La Monnaie de leur Pièce…), Emilie Caen (Premières Vacances…) et Élodie Fontan (Alibi.com…) alternent leurs rôles interchangeables de bonnes épouses.
Retrouvailles également avec Pascal Nzonzi (Les Visiteurs : La Révolution…), toujours drôle en daron africain, Salimata Kamate (Intouchables…) « tchipe » beaucoup moins (et mieux), tandis que Tatiana Rojo (Les Bonnes Intentions…) retrouve un personnage qui prend de l’ampleur aux cotés d’une nouvelle venue, Claudia Tagbo (La Mélodie…). Enfin, Loïc Legendre (Marie-Francine…) est toujours là en prêtre moyennement tolérant toujours prêt à couiner devant les frasques de cette famille improbable.
Quelques caméos viennent compléter l’ensemble.

En conclusion, Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? s’étale dans une comédie étouffante et laborieuse qui en fait beaucoup, beaucoup trop. Trop de sous-intrigues, trop de rafistolage bancales et des scènes inutiles qui viennent s’ajouter à un humour qui n’a pas su évoluer et encore moins élevler le niveau. Si Philippe de Chauveron avait évité, selon moi, de servir de la beaufitude à outrance sur un plateau, cette fois, Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? se vautre dans un format trivial et sans intérêt. À éviter.

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