[CRITIQUE] The Boy : La Malédiction de Brahms, de William Brent Bell

Faire une suite à un film est toujours un défi complexe ayant un résultat qui peut soit renforcer le premier opus, soit tout gâcher. Rares sont les suites qui réécrivent totalement le principe de base au point même renier la bonne idée du film original. William Brent Bell réussit l’exploit de plonger les yeux fermés dans le piège qu’il avait pourtant éviter dans The Boy, pour faire de The Boy : La Malédiction de Brahms une relecture incohérente et surtout plombée par des gimmicks déjà vus et revus dans le cinéma d’épouvante. Déception.

Le pitch : Recherchant un environnement calme pour leur fils et ignorant tout de son funeste passé, un couple s’installe dans le Manoir Heelshire. Bientôt le jeune garçon se lie d’une troublante amitié avec une poupée étrangement réaliste qu’il appelle Brahms…

En 2016, le film The Boy est sorti en pleine periode Conjuring / Annabelle et William Brent Bell (Devil Inside, Stay Alive…) jouait sur les codes de l’horreur de l’époque, pour proposer un film à l’apparence prévisible avant d’offrir une conclusion plus surprenante et surtout plus cartésienne. Si le film ne brillait pas par sa mise en scène gorgée de plans sombres, de jumpscares et d’appels du pied à Annabelle, son twist lui permettait de sortir du lot.

Et bien oubliez tout ca ! 4 ans plus tard, alors que la franchise Annabelle a pondu 3 films de qualité variable, que les DTV regorgent de poupées du mal et que même Chucky s’est offert un revival l’année dernière avec Child’s Play, The Boy : La Malédiction de Brahms gâche son unique bonne idée en optant pour un rétropédalage total, livrant ainsi un film incohérent par rapport au premier et surtout daté !

En effet, l’annonce d’une suite était plutot étonnante, puisque The Boy fonctionnait déjà en standalone et que l’actrice du premier film, Lauren Cohan (The Walking Dead…), était absente. Maaaiiis l’époque etant ce qu’elle est, pourquoi ne pas fabriquer une suite ? Fabriquer est bien le mot car j’ai rarement vu un tel phénomène à part peut-être la tentative de Terminator : Genisys de rebooter la franchise Terminator en annulant tranquillement Terminator 2 – et malheureusement je vais devoir spoiler un peu pour expliquer ce qui se passe : The Boy : La Malédiction de Brahms renie le premier opus en introduisant cette fois une poupée vraiment possédée – ce qui n’était pas le cas dans le premier film – qui met le grappin sur un petit garçon traumatisé à la suite d’un violent cambriolage. Pire, au cours de son déroulé, le film tente de conserver un lien avec le premier film, mais finit par réécrire totalement l’histoire de Brahms pour le superposer à la facture supernaturelle que The Boy : La Malédiction de Brahms tente de s’approprier. Adieu le Brahms dérangé qui vit dans les murs et qui a poussé ses parents au suicide avant de tourmenter une jeune baby-sitter à travers la poupée, bonjour le sous-sous-sous Annabelle ou wannabe Chucky super cheap des familles.

Un choix étrange que je comprends pas. Ou trop bien, malheureusement : la campagne autour du film de 2016 s’appuyait beaucoup sur la vague des poupées maléfiques et même si on y retrouvait les gimmicks similaires, peut-être qu’une partie du public a été déçue d’avoir été flouée (au lieu d’être agréablement surpris). Ou alors, plus simplement, face à l’envie de capitaliser sur des codes horrifiques plus ou moins efficaces, les têtes pensantes autour de The Boy : La Malédiction de Brahms ont délibérément choisi de miser sur la mémoire à court terme des gens. Toujours est-il que ce nouvel opus laisse une impression gênante, celle de se faire avoir tout en accentuant une ambition presque pathétique de vouloir s’accrocher à un train en marche (alors que ce dernier a déjà quitter la gare depuis longtemps). Du coup, rien de nouveau sous la lune, The Boy : La Malédiction de Brahms patauge dans une narration linéaire et sans surprise, où plutôt celle de voir jusqu’où l’histoire va pousser le ridicule. En effet, au détour de pas mal de jumpscare et d’échanges de regards fixes – à tel point qu’on ne sait plus trop qui est en porcelaine, le film de William Brent Bell se traine jusqu’à une conclusion sans âme où seuls les effets spéciaux ringards viennent titiller le spectateur qui aura tenu bon jusque là. Quand on sait que le réalisateur vient d’annoncer la suite du film Esther de Jaume Collet-Serra (2009), c’est surtout ça qui fait flipper !

Au casting : Katie Holmes (Ray Donovan, Logan Lucky, Les Kennedy…) fait son retour sur grand écran, entourée par le jeune Christopher Convery (Stranger Things, Millenium : Ce qui ne me tue pas…) qui sera largement sauvé par sa cuteness, tandis que Owain Yeoman (The Belko Experiment, American Sniper…) se range dans le cliché du paternel qui ne pige jamais rien jusqu’au dernier moment. Autour d’eux, Ralph Ineson (Ready Player One, Le Chasseur et la Reine de Glace…) et Anjali Jay (Power Rangers, Supergirl…) complèteront un ensemble peu convaincant.

En conclusion, difficile de juger The Boy : La Malédiction de Brahms puisqu’il prend le parti de renier un premier opus qui n’était pourtant pas si mal. Incohérent au possible, William Brent Bell saborde joyeusement ce qui semblait être le film le plus intéressant de sa filmographie pour livrer une suite sans intérêt, paresseuse et franchement à éviter !