[CRITIQUE] Parasite, de Bong Joon-ho

Le pitch : Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit a` se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne…

Après des mois d’attente et le sacre au Festival de Cannes 2019 avec la Palme d’Or, Parasite de Bong Joon-ho est enfin en salles. Le réalisateur de Snowpiercer, Mother, The Host ou encore Okja et sa sortie Netflix qui avait fait des émules en étant sélectionné au Festival de Cannes 2017, Bong Joon-ho revient avec un thriller affûté, surprenant et acide qui maintient en haleine de bout en bout tant il est imprévisible.

De ses prémices rappelant les débuts d’Une Affaire de Famille de Hirokazu Kore-eda (Palme d’Or de 2018), Parasite démarre autour d’une famille sud-coréenne qui vit dans un appartement miteux et sans le sous. Bong Joon-ho dessine un portrait social détonnant à travers cette famille soudée et maligne, prompt à commettre des petits délits pour survivre, au cœur d’une ville bien éloignée des clichés K-pop où l’alcool et la pauvreté filtrent à tous les coins de rue. Grâce à l’amitié improbable entre le fils aîné et un camarade issu d’un milieu bourgeois, le film va rapidement tisser un piège malicieux, profitant de la naïveté des uns pour se servir et faire avancer un stratagème intelligent. Si ces petites magouilles en famille font sourire, il ne faut pas oublier que Bong Joon-ho a l’art de se renouveler plusieurs fois en un film, et Parasite n’échappe pas à la règle.

En effet, dès que que le film semble avoir poser ses codes, un rebondissement vient tout faire basculer et changer la donne pour tous les personnages. Drôle mais souvent piquant, haletant et parfois choquant, Parasite réinvente le home invasion tout en synthétisant une vision criante de vérité sur la société coréenne (et pas que) avec un ton doux-amer. La confiance aveugle d’une famille riche entre en collision avec la malice crapuleuse d’une autre famille débrouillarde, ce qui permet à Bong Joon-ho de montrer les failles de ses personnages mais surtout de mettre en évidence la façon dont chaque « camp » se perçoit. C’est d’ailleurs incroyable de voir à quel point ces personnages s’entremêlent sans véritablement se voir ou même se considérer. Parasite montre à quel point les différences sociales et l’indifférence des plus riches pour les autres peuvent mener au pire, à travers ce récit à la fois humain, corrosif et captivant.

A l’heure où les thrillers ont souvent du mal à aboutir avec un reveal efficace, Parasite débarque avec un vrai-faux huis-clos affûté et qui monte peu à peu en puissance et en nervosité, avant d’atteindre un climax aussi violent qu’explicite, tant il laisse exploser toute les émotions retenues tout au long du film. Bong Joon-ho signe un film féroce et douloureusement lucide sur la société sud-coréenne (ou la société tout court, d’ailleurs), cristallisant un monde où chacun cherche à profiter de l’autre et… pourrait bien y parvenir en toute impunité, au nez et à la barbe de tous.

Au casting, on retrouve évidemment Song Kang-Ho (Snowpiercer, Thirst, Memories of Murder...) dans le rôle de ce patriarche attachant mais peu-à-peu rongé par la colère. Autour de lui, Choi Woo-sik (Okja, Dernier Train pour Busan…) et Park So-Dam sont deux très bonnes découvertes, tandis que Lee Sun-kyun et Cho Yeo-jeong complètent cet ensemble électrisant.

En conclusion, Bong Joon-ho livre un thriller maîtrisé, haletant et imprévisible dans lequel les névroses sociétales et les différences sociales sont exacerbées à l’extrême. Parasite est électrique, fascinant et malin – une Palme d’Or bien méritée. À voir.

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