[CRITIQUE] X-Men : Dark Phoenix, de Simon Kinberg

Dernier né de la saga X-Men post-reboot et après quelques décalages, X-Men : Dark Phoenix sort enfin en salles pour proposer un chapitre centré sur une héroïne qui sombre du coté obscure de la force. Producteur hier, Simon Kinberg passe aujourd’hui derrière la caméra pour signer un premier long-métrage ambitieux mais criblé de défauts. Entre une intrigue qui tourne en rond pendant presque une heure, des redites malheureuses de X-Men 3 : L’Affrontement Final (2007) et des personnages à peine approfondis, X-Men : Dark Phoenix se révèle peu dynamique, pas très original et X-trêmement laborieux. Malgré quelques moments et effets visuels réussis, je retiens surtout le manque d’univers connecté avec l’ensemble de la saga et la pauvreté narrative du film en lui-même. C’est triste de voir cette saga super-héroïque conclure son ère Fox sur un épisode aussi mollasson et bien en-deçà de ce qu’il aurait pu être.

Le pitch : Dans cet ultime volet, les X-MEN affrontent leur ennemi le plus puissant, Jean Grey, l’une des leurs. Au cours d’une mission de sauvetage dans l’espace, Jean Grey frôle la mort, frappée par une mystérieuse force cosmique. De retour sur Terre, cette force la rend non seulement infiniment plus puissante, mais aussi beaucoup plus instable. En lutte contre elle-même, Jean Grey déchaîne ses pouvoirs, incapable de les comprendre ou de les maîtriser. Devenue incontrôlable et dangereuse pour ses proches, elle défait peu à peu les liens qui unissent les X-Men.

Pour ceux qui n’ont pas tout suivi, petit retour sur le parcours de Simon Kinberg : producteur de nombreux films super-héroïques ou fantasy, il a également été scénariste sur la franchise rebootée de X-Men (First Class, Days of Future Past et *sigh* Apocalypse), Mr et Mrs Smith ou encore Jumper de Doug Liman, Sherlock Homes de Guy Ritchie, mais aussi les affreux xXx² de Lee Tamahory, X-Men: L’Affrontement final de Brett Ratner, Abraham Lincoln – Chasseur de Vampires de Timur Bekmambetov et… Les Quatre Fantastiques de Josh Trank. Sentez-vous le pattern qui se dessine ? Non, et bien continuons un peu puisqu’en cherche bien, Simon Kinberg serait à l’origine du départ de Bryan Singer vers Superman Returns au moment de tourner X-Men 3, mais également des nombreux déboires qui ont donné naissance à l’infâme reboot des Quatre Fantastiques en 2015 – souvenons-nous de la lettre ouverte de Josh Trank. Autant vous dire que voir son nom annoncé en tant que réalisateur de X-Men : Dark Phoenix n’a pas vraiment réjoui grand monde, mais vu le potentiel de ce personnage phare et la discutable version que nous avons eu en 2006, le projet avait toute les chances de s’annoncer grandiose. Et pour cause, si les capacités de Jean Grey ont déjà été explorées dans la saga X-Men, son alter ego n’avait pas eu d’adaptation correcte sur grand écran (X-Men 3 servant surtout de promotion pour X-Men Origins: Wolverine à l’époque…).
Oui mais voilà, après la débandade de X-Men: Apocalypse, la lassitude de certains acteurs qui n’avaient pas forcément envie de rempiler (ou de se maquiller en bleu…), le film de Simon Kinberg a commencé à battre de l’aile. Les nombreuses annonces de reshoots et les décalages de date de sortie n’ont pas non plus aidé, tandis que le rachat de la Fox par Disney semblait enterrer le film pour toujours. Mais tel un phénix renaissant de ces cendres, X-Men : Dark Phoenix est bien là, tout feu tout flamme. Enfin, flammèche, plutôt.

Pour faire simple, même en voulant oublier le film de Brett Ratner, Simon Kinberg se charge de nous rappeler X-Men: L’Affrontement Final tant son film y ressemble, donnant l’impression qu’il réalise enfin la version dont il avait toujours rêvée. Oui mais voilà, là où X-Men 3 bénéficiait du charisme des personnages et d’acteurs qu’on avait déjà suivi dans leurs rôles, X-Men : Dark Phoenix reprend les newbies à peine découvert dans X-Men: Apocalypse et s’engouffre les yeux fermés dans un récit bancal, ponctué de redites. Ne cherchez pas à lier cet opus à la saga rebootée par Matthew Vaughn en 2011, déjà que Bryan Singer se mouchait le nez avec le principe même de la cohérence, X-Men : Dark Phoenix démarre en terrain conquis, posant les X-Men comme des sauveurs reconnus de l’humanité (ah ?), mais divisés à l’intérieur (ça nous rappelle vaguement quelque chose…). Une chose est sûre, c’est que le film ne perd pas de temps à passer aux choses sérieuses, puisque nos héros s’embarquent dans une aventure spatiale sans hésiter (à bord d’un jet, donc…) et se retrouvent nez-à-nez avec la force vive du Phoenix. Pour ceux qui ont lu les comics, cette introduction est suffisante même si un peu expédiée, pour les autres, accrochez-vous car non seulement vous n’aurez pas plus d’informations mais la suite n’aura presque rien à voir avec son support originel – ce qui n’est peut-être pas plus mal.

Malgré tout, X-Men : Dark Phoenix partait objectivement du bon pied : les mutants sont une valeur sûre et les films X-Men ont toujours eu une identité différente des films Marvel Studios puisqu’on suit surtout un groupe de personnages dont les différences les forces à être en marge de la société humaine, tout en nourrissant des combats internes. Oui mais voilà, une fois que l’héroïne absorbe cette énergie étrange, le film tourne brusquement au ralenti et tente de creuser le passé de Jean Grey, déboussolée par la force qui l’habite. Forcément la redite avec X-Men 3 n’est pas loin, mais là où la version de Simon Kinberg pèche c’est dans son récit linéaire qui ne va pas au-delà de « je ne sais pas ce qui m’arrive », tandis que le réalisateur se sert de son personnage pour faire un tour de piste gratuit afin de réunir nos mutants favoris ni vu ni connu. Alors que le destin des X-Men semble basculer pour le pire, nourrissant même une division interne (ou une guerre civile, n’est-ce pas), le manque d’animation vient installer une morosité ambiante qui contraste avec les ambitions visibles du film. Le film se rêve dramatique, mais ne prend finalement que très peu de recul sur les conséquences des actes de l’héroïne, trop occupée à la contenir alors que, de l’autre coté de l’écran, on ne rêve que de la voir exploser. Les effets visuels sont au point (encore heureux vus qu’ils ont été l’objet d’un retravail constant pendant un an), notamment une scène d’affrontements bien fichue, et permettent de retrouver le spectacle attendu d’un film X-Men, même si je déplore certains éléments qui rappellent trop X-Men 3 ou, plus récemment, Avengers – Infinity War. Cependant, les rebondissements ne sont malheureusement pas à la hauteur et encore moins le climax final qui mise sur la bêtise des méchants pour animer l’action. Entre ce qui a été spoilé dans les bandes-annonces (puis/ou coupé au montage, d’ailleurs) et l’incapacité incompréhensible de la franchise X-Men a transformer un « gentil » en « vilain » (hello gentille Mystique devenue leader des X-Men et qui semble toujours refusé le maquillage que Diablo soit son fils…), le film oscille en personnage entre le bien et le mal sans véritablement prendre de décision, dépeignant une Jean Grey trop facilement influençable alors qu’à la base, Phoenix, dark ou non, est super badass. Où sont les flammes ? Où est la menace réelle de Dark Phoenix ? À part des flare d’énergie et des « accidents » malencontreux, j’attends toujours l’éveil du Phoenix qu’on nous a teasé depuis trop longtemps.

Cette image était tellement prometteuse…

Ce n’est pas la seule à pâtir d’une écriture pauvrette, les autres personnages que l’on suit a minima depuis X-Men First Class ou que l’on a découvert dans X-Men: Apocalypse sont introduits dans la trame aux forceps, certains sont même réduits à une présence limite proche du caméo (Quicksilver…), tandis que les relations entre eux sont construites sur des postulats généralisés et non développés dans ce film même. Résultat, si chacun a le droit à un moment de lumière et que le team-up des X-Men est respecté, la sauce ne prend pas vraiment car les rebondissements surtout font l’effet de retournements de veste trop commode et facile. Le scénario est criblé d’a-peu-près : la présence extra-terrestre est bricolée sur du vide (n’espérez pas voir les Sh’iars ou autre tribu alien connue de l’univers Marvel) et fondue dans un moule aux références multiples (bon, ok, surtout les Skrulls vus dans Captain Marvel en fait), l’histoire de fond qui laisse entrevoir un nouveau désaccord entre les humains et les mutants (la base des X-Men, n’est-ce pas) passent totalement à la trappe une fois que le dénouement autour de Dark Phoenix a lieu. Ajoutons à cela plusieurs incohérences et des réactions peu logiques, et le film de Simon Kinberg s’inscrit comme un sérieux prétendant au titre du pire film de super héros. C’est en tout cas, pour moi, le pire film X-Men (hors stand-alone), puisque je revois maintenant le X-Men 3 de Brett Ratner à la hausse. C’est dire !

Sachant qu’il s’agit du dernier film X-Men de l’ère Fox – Les Nouveaux Mutants a été décalé, encore, à 2020 et il se pourrait bien que la course termine sur la plateforme VOD de Disney, il est un chouilla douloureux de voir X-Men : Dark Phoenix conclure la franchise sur une mauvaise note. Objectivement, le film se regarde certes sans déplaisir mais laisse une impression mitigée : visuellement, il y a de quoi se réjouir mais ces rares moments de bravoure sont ampoulés par un scénario qui lambine et s’observe le nombril. Et cela laisse aussi des traces sur la performance des acteurs…

Au casting justement, James McAvoy (Glass, Atomic Blonde, Split…) et Michael Fassbender (Le Bonhomme de Neige, Song To Song, Alien: Covenant…) reprennent leurs rôles, mais sans le panache dont ils ont pu faire preuve dans les opus précédents. De même, Jennifer Lawrence (Red Sparrow, Mother!…) continue de rendre le personnage de Mystique totalement crétin (je soupçonne l’ajout de la réplique soi-disant féministe sur les X-Women d’être de son cru, histoire de surfer sur la vague #MeToo), que ce soit dans son absence de jeu ou son refus de subir le maquillage qui va avec le rôle – ce qui rend le résultat tout simplement dégueulasse #RendezNousRebeccaRomijn. Nicholas Hoult (La Favorite…) reprend du poil de la bête (huhu) mais avec une storyline sans préambule, tandis qu’Evan Peters (American Horror Story…) fait acte de présence à travers sa scène obligatoire de super vitesse et quelques blagues qui tombent à plat.
Coté petits nouveaux, c’est plus compliqué. Si Sophie Turner (Game of Thrones, X-Men Apocalypse…) et Tye Sheridan (Ready Player One…) ont parfois tendance à manquer de charisme, ce n’est pas avec l’écriture de leurs personnages que cela s’arrange. Pareil pour Alexandra Shipp (Love, Simon…) et Kodi Smit-McPhee (Young Ones…), paumés au second plan.
Nouvelle venue, la magnifique Jessica Chastain (Le Grand Jeu, Miss Sloane…) profite de la nouveauté de son personnage et parvient à briller même si son rôle est écrit avec les pieds.
Ceci étant dit, on ne peut pas leur en vouloir : les personnages sont posés sur la trame comme des pantins et les acteurs, même les plus confirmés, font clairement du mieux qu’ils peuvent avec le matériau fourni. Rien que pour cela, chapeau.

En conclusion, si X-Men : Dark Phoenix ne figurait plus, depuis longtemps, sur la liste des films les plus attendus par les amateurs du genre, c’était surtout à cause de son réalisateur des supposés antécédents (X-Men 3, Les Quatre Fantastiques…). Malheureusement, les craintes sont confirmées car Simon Kinberg est potentiellement un scénariste correct mais cette fois, en ajoutant la corde « réalisateur » à son arc, les ambitions du film sont desservies par un manque de maîtrise et de vue d’ensemble flagrants. Entre lenteurs, confusions et contemplations, X-Men : Dark Phoenix est une douche froide sur les braises à peine tièdes d’un personnage qui, dans sa deuxième vie, n’arrive toujours pas à voler de ses propres ailes. Quel dommage. À tenter, car je sais que les fans iront le voir malgré tout. La bonne nouvelle, c’est que le film s’oublie vite 🙂

PS : pas de scène post-générique. D’ailleurs, je n’ai pas eu le logo d’introduction de la Fox au début du film, lors de la projection. Ne cherchez pas Deadpool non plus.

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