[CRITIQUE] Cold Skin, de Xavier Gens (sortie DVD)

Le pitch : En 1914, alors que le monde se prépare à l’apocalypse, un jeune homme est débarqué sur une île rocheuse et inhospitalière, près du cercle antarctique. Sa mission : remplacer pour les 12 prochains mois l’officier météorologique qui a mystérieusement disparu. Alors que le bateau s’éloigne, il est loin d’imaginer que de terribles créatures ont déjà pris possession de l’île.
Réalisé par Xavier Gens
Avec David Oakes, Ray Stevenson, Aura Garrido…
Sortie en DVD le 17 juillet 2019
Bonus DVD : Dans les coulisses de Cold Skin (28min) – Entretien exclusif avec Xavier Gens, le réalisateur (35min)

*** Avis partagé sur le site Films-horreur.com ***

Il y a une vie avant Budapest, la comédie potache que Xavier Gens a réalisé en 2018. Le réalisateur du premier Hitman, Frontière(s) ou encore La Horde revient au film de genre avec un film qui n’a malheureusement pas eu de sortie en salle : Cold Skin. Pourtant salué à l’Étrange Festival 2017 et à Gerardmer la même année, le film produit par une maison espagnole a souffert de la (vague) comparaison avec La Forme de l’Eau de Guillermo Del Toro au moment de sa sortie. Et c’est bien dommage, car la seule ressemblance entre Cold Skin et le film oscarisé serait, éventuellement, la présence de créatures aquatiques (sans en révéler trop).

Mélange entre thriller et film de science-fiction, avec des accents horrifique et dramatique, le film propose un récit âpre et tendu dans lequel un homme se retrouve isolé sur une île hostile, coincé entre des créatures peu amènes et un hôte caractériel. La mise en place peut sembler lente à cause du peu de personnages, mais Cold Skin installe un tableau à la fois austère et graphique, imposant une nature à vif en guise de toile de fond pour mieux souligner un mode de vie aride et désolé. Passé le premier quart d’heure d’angoisse, Xavier Gens scrute des relations conflictuels, entre désir de conquête et instinct de survie, explorant les méandres de la psychologie humaine à l’écart des conventions sociales.
Petit à petit, le face-à-face prend de l’ampleur et la menace oscille fréquemment des attaquants aux victimes. Ce qui marque également dans Cold Skin, c’est que malgré ce récit résolument hostile, le film parvient à déployer des pointes d’humanité, à travers des non-dits et une présence muette, créant ainsi des moments de respirations salutaires. Xavier Gens joue avec une trame nerveuse et crispante, qui accroche jusqu’au dernier acte, parvenant à surprendre grâce à une intrigue rebondissante et surtout qui évolue depuis un point de départ attendu. Loin d’être un simple film d’horreur, Cold Skin conjugue plusieurs codes, entre drama, tension et survival, pour livrer un ensemble étonnant et saisissant.

Le dernier atout, et pas le moindre, c’est le décor du film, véritable catalyseur émotionnel et toile de fond vivant. Filmé en grande partie à Lanzarote et complété par quelques plans shootés en Islande, Cold Skin est d’une beauté fracassante, habité par une lumière qui souligne une île peut accueillante et pourtant parsemée de recoins presque idylliques. Une atmosphère froide et désolée qui contraste avec la vie qui grouille sous les eaux, comme pour mieux souligner cette cohabitation incertaine et explosive. Le budget famélique du film se voit à peine, Xavier Gens et son équipe développent des trésors de mise en scène pour pallier au manque de fonds, comme cette scène aquatique entièrement filmée… sans eau ! Plus en détails, Xavier Gens ne délaisse pas ses personnages et compose quelques plans en slow-motion absolument brillants, marquant le film d’une identité unique. À aucun moment le film donne l’impression d’un déjà-vu désagréable, au contraire, le réalisateur prend des risques en jouant avec la luminosité et les couleurs en passant du presque monochrome à des éclats rougeoyants qui auraient bien trouvé leur place dans une série Z, si Xavier Gens ne maîtrisait pas ses effets de style.

Au casting, Ray Stevenson (Thor, Divergente…) et David Oakes (Action ou Vérité, Victoria…) se font face à travers des personnages à fleur de peau et diamétralement opposés, tandis que Aura Garrido, certes méconnaissable, est une jolie découverte.

En conclusion, si Xavier Gens a livré des films auparavant plus frontaux, Cold Skin apparaît comme un de ses travaux les plus subtiles et insaisissables. On se laisse porté par un récit mouvant et nerveux qui réserve autant de sueurs froides que de moments de satisfaction : surtout celle d’avoir laisser une chance à ce film. À voir.

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