[CRITIQUE] Une Fille Facile, de Rebecca Zlotowski

Le pitch : Naïma a 16 ans et vit à Cannes. Alors qu’elle se donne l’été pour choisir ce qu’elle veut faire dans la vie, sa cousine Sofia, au mode de vie attirant, vient passer les vacances avec elle. Ensemble, elles vont vivre un été inoubliable.

Le film curieux de cet été, c’est probablement Une Fille Facile de Rebecca Zlotowski (Grand Central, Belle Épine, Planetarium…). Curieux, à cause du sujet et surtout parce que Zahia Dehar est un des premiers rôles. La jeune femme s’étant fait connaître grâce au scandale avec le footballeur Ribéry (elle était escort et mineure à l’époque), son parcours a évolué fans l’ombre du statut de la fille à scandale à l’actrice, en passant par le mannequinat, la création une ligne de lingerie et le copinage avec Karl Lagerfeld. Plus intelligente qu’il n’y parait ou bien entourée, la réputation assumée de Zahia la précède et c’est bien ce qui rend le film Une Fille Facile curieux.

Le film de Rebecca Zlotowski ouvre une parenthèse estivale, les retrouvailles entre deux cousines, l’une adolescente et l’autre jeune femme vivant à Paris. Rapidement, la différence entre la femme et l’enfant se creuse tandis que la première se rapproche d’un riche vacancier.
Une Fille Facile voulait être beaucoup de choses : un croisement entre Lolita de Stanley Kubrick, L’Amant de Marguerite Duras et Jeune et Jolie de Francois Ozon. Mais si le décor cannois et les courbes de Zahia tiennent leur promesse, Rebecca Zlotowski  livre un film d’une paresse contemplative qui cherche à combler le vide astral de l’histoire en cumulant des plans d’ambiance pour faire croire à un exercice de style. L’histoire ne parvient pas à accorder les violons de ses personnages, l’une trop enfant pour se poser les bonnes questions ou tenter de copier sa cousine même maladroitement, l’autre à l’aise dans son rôle exhibitioniste mais coincée dans la caricature de la poupée gonflable. Ce n’est pas faute pourtant d’essayer de construire un vrai récit mais le film se bute à la fois à l’inexpérience de ses actrices et surtout a la superficialité sans surprise de ses personnages (soulignée par des tentatives absurdes de rendre le personnage de Zahia plus mondaine et éduquée que ses hôtes).

Une Fille Facile cherche la provocation, la sulfure et le sensuel pour bousculer la bonne morale et explorer la relation de pouvoir lié aux sexe et à l’argent, mais ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes et se limite à des scènes pseudos érotiques à peine plus tièdes qu’une eau plate laissée en plein cagnard.
On s’ennuie ferme devant ce film à rallonge, la mine boudeuse ou renfrognée des uns et des autres et une histoire inintéressante aux ficelles épaisses comme des poutres. Le pire étant de constater les intentions de Rebecca Zlotowski à travers ses prises de vues grossières qui ne font que rendre le résultat encore plus amateur que nécessaire (les oursins !!!). Là où Kubrick avait exploré le mystère, là où Duras avait cristallisé la sensualité fiévreuse de ses personnages, là où Ozon avait questionné l’identité de son héroïne, Rebecca Zlotowski en régurgite une pâle copie sans âme qui se planque derrière une apprentie actrice certes décomplexée mais qui, finalement, n’a pas grand chose à dire, à part déambuler en simili-Brigitte Bardot rafistolée des temps modernes.

Au casting justement : plein phares sur Zahia Dehar que vous verrez sous toutes les coutures mais aussi en train d’apprendre à lire et a jouer sous nos yeux. Que ce soit clair, je n’ai rien contre Zahia, au contraire j’espérais découvrir un talent insoupçonné mais sa maladresse est accentuée par un personnage écrit avec des mouffles et animé par le charisme d’un poulpe décédé. À ses côtés, Mina Farid, novice, tire la tronche de bout en bout et il est difficile de comprendre l’intérêt de son personnage qui ne transmet pas grand chose : est-elle choquée, admiratrice, jalouse ou indifférente ? Le mystère reste entier et, en fait, on finit par s’en ficher.
On retrouve également Nuno Lopes (Le Vent Tourne, Chamboultout…) en caricature sur pattes, profiteur et inutilement malhonnête, seuls Benoît Magimel (Nous Finirons Ensemble, La Fille de Brest...) et son personnage m’ont surpris à travers une tendresse et une retenue inattendu vu le reste du film.

En conclusion, Une Fille Facile est malheureusement ce que je craignais : un film creux et médiocre qui capitalise sur la notoriété et le corps de Zahia. Facile, donc. À éviter.

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