Action, Aventure, Épouvante-horreur, Sci-fi

[CRITIQUE] Hope, de Na Hong-jin

Le pitch : Les renforts sont partis maîtriser des feux de forêt et toutes les communications sont coupées. Au poste de police de Hope, Bum-seok et Sung-ae se démènent pour défendre leur village à la population vieillissante. Pendant ce temps, Sung-ki et ses amis partent à la poursuite de la bête dans la montagne mais se retrouvent eux-mêmes pris pour cible. Le malheur émane de l’ignorance. Après des avis divergents, il se transforme en une catastrophe qui touche l’univers entier.

10 ans après The Strangers, Na Hong-jin (The Chaser, The Murderer…) est de retour avec Hope, film qui a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2026. À sa projection, Hope a reçu une honorable standing ovation de six minutes (pour info, le sublime Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro (2006) détient le record avec 22 minutes, mais bon, c’est pas le sujet). Je peux comprendre que le public cannois ait été soufflé par le film du réalisateur coréen vu son emballage décoiffant, impétueux et aux accents démonstratifs assumés. Et pourtant, s’il fallait résumer Hope en une expression, ce serait probablement : « Faut savoir doser ! ».

Hope est un film de monstres. Enfin non, un film de science-fiction. Quoique, plutôt un survival horrifique. À moins qu’il ne s’agisse d’une comédie d’action ? Ou même d’un film de fantasy ?
Porté par un mélange de genres puisant aussi bien dans The Host de Boon Joon-ho, que dans The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch, Alien de Ridley Scott et bien d’autres références SF/Fantasy comme Alienoid de Choi Dong-hoon, Na Hong-jin semble avoir voulu réaliser cinq films en un. Et pour cause, Hope était initialement pensé comme une trilogie (ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille). Le résultat ? Un immense fourre-tout de plus de 2h30 qui, à force de vouloir en mettre plein la vue, finit surtout par épuiser.

Démarrant sur les chapeaux de roues, Hope annonce immédiatement la couleur : ça va aller vite, très vite ! Et de fait, son rythme effréné capte l’attention et embarque dès les premières minutes, entretenant habilement le mystère autour de l’origine de la menace. On pense forcément à Dernier Train pour Busan, The Host ou à World War Z qui nous avait emporté rapidement dans l’intrigue, avant d’installer véritablement ses enjeux. Hope rejoue un peu cette partition zombie-friendly, sauf qu’ici le spectateur ne sait pas à quoi s’attendre. Heureusement, la réponse arrive vite, mais j’ai beaucoup aimé cette anticipation et cette course-poursuite original aux cotés d’un personnage dépassés mais téméraires.

L’autre bonne surprise, c’est aussi l’humour décalé qui anime les personnages alors qu’ils évoluent dans une situation de plus en plus chaotique (et c’est là que j’ai commencé à penser au flegme détaché et hilarant du film The Dead Don’t Die).
Dans son florilège de course-poursuites, de situations absurdes et de ruptures de ton typiques du cinéma sud-coréen, Hope propose une première partie frénétique, haletante et accrocheuse, avant de surprendre avec la direction choisie.

Et puis patatras ! Alors que j’espérais un peu plus explications ou à un deuxième round, le scénario bifurque peu à peu vers une tout autre intrigue. Hope opère un véritable reset en plein milieu du film, avec une nouvelle menace, un autre groupe de personnages et de nouvelles révélations, sans lien explicite avec ce qui précède. Pourtant, Na Hong-jin avait habilement dispersé ses personnages aux quatre coins de son récit, laissant présager une convergence de leurs trajectoires. C’est justement ce qui fait le charme du cinéma coréen (ou même asiatique en général) : cette capacité à s’affranchir des habitudes narratives occidentales pour mieux surprendre, sauf qu’ici, la surprise tourne rapidement à la surenchère et à la démonstration de savoir-faire. Hope repart pour un tour, puis un autre, sans jamais donner le sentiment de savoir où il va. Amusante au départ, cette construction échevelée finit par essouffler un récit qui ne cesse de se réinventer sans véritablement progresser.

Pour accompagner cette course effrénée, Michael Abels (Get Out, Us, Nope…) signe une bande originale proprement affolante, aux inspirations multiples, évoquant parfois les bandes-originales de la trilogie The Dark Knight ou du premier Alien. Rythmes abrupts, envolées échevelées, montées en pression incessantes : tout est fait pour maintenir le spectateur sur le qui-vive. Et dans un premier temps, ça fonctionne ! Mais à mesure que le film s’emballe, ses effets deviennent systématiques. Courses-poursuites, fake-out insistants, cuts brutaux d’une scène à l’autre… Et rebelote ! À force de répétition, ces gimmicks perdent en efficacité et les incohérences commencent à sauter aux yeux.

Entre des personnages et des bestioles qui semblent posséder davantage de vies qu’un chat et des ossatures en béton armé qui ne se brisent jamais peu importe le nombre de fois où ils sont projetés avec force contre des arbres, des cascades qui feraient rougir la saga Fast and Furious, des animaux étonnamment zen face au chaos ambiant ou encore des distances qui s’allongent mystérieusement pour permettre aux créatures de faire leur numéro… Difficile de continuer à trembler devant Hope. Le suspense s’effrite, la surprise devient ordinaire et le spectacle, autrefois grisant, finit par être subi.

Et les créatures, parlons-en ! Manifestement grisée par un budget VFX qui semble illimité, l’équipe du film s’en est donné à cœur joie. Il faut reconnaître que les designs des monstres ne manque pas d’originalité et que les nombreux ralentis permettent d’en admirer les moindres détails et mécanismes. Mais encore une fois : il faut savoir doser ! Passe encore les incrustations parfois trop brillantes dans l’image, Hope semble surtout incapable de refermer sa boîte à malices. Ça déborde d’idées, d’effets visuels, de transformations et de nouvelles bizarreries en veux-tu en voilà. Pris séparément, certains éléments ont de quoi fasciner. Mis bout à bout, ils composent une véritable explosion visuelle, voire sensorielle et c’est d’autant plus frustrant car en s’évertuant à en rajouter autant et à courir dans tous les sens, Hope passe souvent à coté de moments clés qui auraient pu être ou rendre le film mémorable.

Cerise sur le cheesecake (et potentiellement une surprise pour ceux qui, comme moi, n’ont pas vu la bande-annonce avant d’aller voir le film), Hope s’achève… comme une première partie ! Oui, vous avez bien lu. Après nous avoir bringuebaler pendant plus de 2h dans tous les recoins de Hope (le nom du village, en fait), le film utilise ses derniers instants pour changer une dernière fois de ton et de POV, avant de nous abandonner, pantois, devant les prémices d’une nouvelle histoire et une scène post-générique. Excouize-me ??

Au casting : il faut féliciter les acteurs qui, visiblement, ont tous un cardio de dingo – même si je réalise qu’il y a bien évidemment eu plusieurs prises – et dont la plupart ont réalisé la majeure partie de leurs cascades. Hwang Jeong-min (Kill Bok-soon, Deliver Us From Evil, The Strangers…) et Jo In-sung (Smuglers, The Great Battle…) rivalisent d’humour et de bravoure, tandis que Jung Ho-yeon (Squid Game, Disclaimer…) coupe le souffle dès sa première apparitions absolument badass. La preuve qu’il est tout à fait possible de donner une vraie place à une femme d’action dans un film majoritairement masculin, sans avoir besoin de lui inventer une intrigue romantique pour justifier sa présence.

Maintenant que c’est officiel et placardé partout, j’ajouterai que le couple (à la ville) Michael Fassbender (The Agency, The Insider…) et Alicia Vikander (Le Mage du Kremlin, L’Évaluation…) sont à l’affiche – en motion capture s’il vous plait, tout comme Taylor Russell (Bones and All, Escape Game…) ou encore Cameron Britton (Mickey 17, Le Pire Voisin du Monde…). Un choix probablement destiné à donner au film une visibilité internationale, et qui n’est pas pour me déplaire. Pour une fois que la stratégie fonctionne dans ce sens-là (*lorgne du coté des films En Eaux Troubles ou Transformers qui castaient des acteurs asiatiques pour se vendre sur leurs marchés*).

En conclusion, c’est peut-être l’absurdité et le chaos ambiants de Hope qui constituent le principal attrait du film de Na Hong-jin. Les pointes d’humour, les chamailleries entre les personnages et le comique de situation arrachent régulièrement quelques rires et sourires, apportant une légèreté bienvenue à ce spectacle démesuré. Mais ces réjouissances ne suffisent malheureusement pas à sauver Hope de son indigestion de genres, d’idées et d’effets, au point qu’on se demande comment un objet aussi décousu a pu parvenir jusqu’en salles. Un film qui n’a ni queue ni tête… ou plutôt si : plusieurs queues et plusieurs têtes ! À tenter.

Laisser un commentaire