
Le pitch : Au large de la côte californienne, Jay Gardiner part à la recherche de la dépouille de son père récemment disparu. Alors qu’il sonde les fonds marins, le jeune plongeur se retrouve soudainement avalé par un énorme cachalot. Piégé dans l’estomac de l’animal, il ne lui reste plus qu’une heure d’oxygène. Tandis que le compte à rebours est lancé, Jay prend conscience que les leçons de vie durement transmises par son père pourraient bien être la clé de sa survie…
Trois ans après le discret Traquée, Brian Duffield revient avec un nouveau film au postulat aussi improbable qu’angoissant : l’histoire d’un plongeur avalé tout rond par un cachalot. Comme pour son précédent long métrage, un huis clos quasiment silencieux dans lequel une jeune femme tentait d’échapper à de mystérieux intrus, le cinéaste propose une nouvelle expérience immersive, plaçant le spectateur aux premières loges de l’action, aussi impuissant et vulnérable que son personnage principal. Et autant le dire tout de suite : Englouti est une excellente surprise ! Rarement un film m’aura autant donné envie de respirer un grand bol d’air frais en sortant de la séance. J’ai passé mon temps à retenir mon souffle, au rythme de ce pauvre héros prisonnier des entrailles d’un cétacé.

Mais avant de nous entraîner dans ce cauchemar sous-marin, Brian Duffield prend le temps de poser les bases de son récit. Derrière cette histoire de survie pour le moins singulière se dessine celle d’une relation père-fils profondément fracturée, marquée par des années de mésentente, de désaccords et de non-dits. La disparition du père, loin d’apaiser les tensions, laisse derrière elle une colère sourde, mêlée à une douleur que Jay peine à exprimer. C’est d’ailleurs presque par défi, autant que par besoin de trouver des réponses, que le jeune homme entreprend cette plongée en solitaire, sans se douter qu’il va devoir affronter bien pire que ses propres démons.
En quelques séquences, le film parvient ainsi à donner suffisamment d’épaisseur à son personnage pour nous entraîner avec lui dans les profondeurs de l’océan. Et croyez-moi, on n’en ressort pas indemne !

Dès les premières vagues, la mise en scène nous confronte à la puissance d’une nature aussi majestueuse qu’indomptable. L’océan est immense, agité, imprévisible, et l’homme y apparaît terriblement insignifiant. Brian Duffield exploite brillamment cette vulnérabilité, faisant progressivement basculer son récit du vertige des grands espaces vers l’horreur d’un confinement absolu. Car après l’incident qui précipite Jay à l’intérieur du cachalot, le film prend une tout autre dimension. À l’immensité des fonds marins succède un environnement organique, obscur, inconnu et oppressant, dans lequel chaque mouvement devient une épreuve. C’est une véritable séance de spéléologie dans les entrailles d’une baleine et autant dire que l’expérience n’a rien d’une promenade de santé !

La grande réussite d’Englouti réside dans sa capacité à nous faire ressentir physiquement l’épreuve traversée par son protagoniste. La panique, la désorientation, la peur de l’inconnu, le manque d’oxygène… Tout concourt à créer une atmosphère irrespirable, presque suffocante. D’autant que Jay évolue dans un environnement dont il ne maîtrise absolument rien, à la merci d’un organisme vivant susceptible de l’écraser, de le digérer ou de l’emporter définitivement dans les abysses. De le faire disparaître, en somme, comme son père avant lui. L’angoisse naît autant de la menace immédiate que de cette terrible incertitude : comment peut-on espérer sortir vivant d’une situation pareille ?

Et c’est là que Brian Duffield fait preuve d’une efficacité redoutable. Sans jamais perdre de vue son compte à rebours, le réalisateur alterne habilement les moments de répit, aussi brefs que trompeurs, et les rebondissements particulièrement éprouvants. Chaque tentative de survie apporte son lot d’espoir et de désillusion. Le film joue constamment avec nos nerfs, entretenant brillamment le mystère autour de son dénouement. Jay va-t-il s’en sortir ? Et surtout, comment ? Difficile de ne pas se laisser happer par cette mécanique de suspense aussi simple qu’efficace, qui transforme une situation à première vue improbable en véritable cauchemar claustrophobique.

Mais Englouti ne se contente pas de nous faire suffoquer pendant près d’une heure et demie. Au cœur de cette lutte désespérée pour la survie, c’est aussi tout le poids de la relation avec son père disparu qui refait surface. Les désaccords, la maladie, les souvenirs d’enfance, l’éducation tournée vers l’océan, les convictions écologiques de ce père passionné par les baleines… Autant de fragments d’une histoire familiale qui viennent progressivement éclairer le présent. Ce père disparu habite finalement chaque instant du film, à travers ses enseignements, mais aussi les blessures qu’il a laissées derrière lui. Et tandis que le héros lutte pour ne pas disparaître à son tour, c’est une autre bataille, plus intime, qui se joue dans l’obscurité.

Certes, la métaphore du deuil n’a rien de particulièrement subtil. Ce jeune homme littéralement Englouti par une créature marine, contraint de traverser les ténèbres pour espérer retrouver la lumière, incarne assez explicitement ce cheminement intérieur. Mais plutôt que d’alourdir le récit, cette dimension émotionnelle lui apporte une sincérité et une profondeur inattendues. La peur, la colère, le regret et l’amour s’entrechoquent dans cet espace confiné, jusqu’à ce que les dernières minutes ouvrent une brèche vers une forme de réconciliation. C’est précisément cette alliance entre la tension d’un survival haletant et la sensibilité d’un drame familial qui fait toute la force du film.

Au casting : Austin Abrams (Resident Evil, Évanouis, Scary Stories…) étoffe sa filmographie horrifique et parvient à porter le film malgré un espace très réduit, parvenant à partager toutes les émotions qui traversent son personnages. À l’affiche également, Josh Brolin (Outer Range, Running Man, Wake Up Dead Man : Une Histoire à Couteaux Tirés…) hante le film, incarnant ce paternel aussi imparfait et insaisissable que passionné, tandis que Elisabeth Shue (The Boys, On The Verge…), John Ortiz (Nobody 2, American Fiction…) ou encore Jane Levy (The Toxic Avenger, Office Uprising…) et Emily Rudd (One Piece, Fear Street…) complètent un ensemble réduit.
Fun fact : Josh Brolin et Elizabeth Shue se retrouvent à l’écran pour la première fois depuis le film Hollow Man : L’Homme sans Ombre de Paul Verhoeven (2000) !
En conclusion : captivant, terrifiant et étonnamment bouleversant, Englouti réussit le pari de transformer un concept improbable en une expérience de cinéma viscérale, où l’angoisse physique se mêle à une émotion profondément humaine. Brian Duffield livre un frisson aussi inattendu qu’étouffant, dont on ressort avec une seule envie : sortir et respirer de l’air frais ! À voir.

