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[SÉRIE TV] The Hunting Wives : Desperate Housewives sous stéroïdes

Le pitch : Sophie, brillante trentenaire démocrate, suit son mari muté dans une petite ville du Texas. Plongée dans une communauté conservatrice dont elle n’a pas les codes, elle tombe sous le charme de la fascinante et influente Margo qui l’introduit au sein de son groupe d’amies, des femmes riches et oisives dont le passe-temps favori est la chasse. Sophie découvre un Texas électrique imprégné de secrets et d’excès. La découverte du corps d’une adolescente dans les bois vient fissurer l’apparente tranquillité du terrain de chasse des « Hunting Wives ».
D’après le roman de May Cobb

Créée par Rebecca Perry Cutter
Disponible sur Polar (ou via Canal+)
Avec Malin Åkerman, Brittany Snow, Jaime Ray Newman…

Si Desperate Housewives et Real Housewives (ou plus récemment et à propos, La Vie Secrète des Épouses Mormones) avaient un bébé élevé par une chaîne câblée un peu trash, ça donnerait The Hunting Wives. La série prend l’apparence d’un soap chic et bien coiffé, puis tire d’un coup sur le rideau pour révéler la jungle sulfureuse qui se cache derrière les façades puritaines. La série jongle avec des codes pour feuilletons féminins pour mieux cacher la noirceur de son propos : derrière les sourires parfaits, une morale bienséante et une vie agréable… mais une fois qu’on met un pied dans ce Texas saturé d’armes, de gossips et de jalousies en sous-bois, on en ressort pas indemne !

Voici 4 raisons pour lesquelles ça marche aussi bien :

Un mix jouissif entre soap glamour et (soft) trash TV assumée

Les codes sont là, dès le premier épisode, et tout est fait pour nous séduire : de belles femmes, de belles maisons, des regards en coin qui en disent long, une fascination étrange pour les armes et un teasing alléchant en ouverture sur un meurtre.
The Hunting Wives pioche habilement dans ce que les dramas féminins font de plus addictif, en nous plongeant au cœur d’une communauté bourgeoise ultra conservatrice et républicaine, animée par une ribambelle de femmes riches, délicieusement oisives, arborant constamment un sourire carnassier. Un nouveau monde qui crée un sacré choc des cultures pour notre héroïne, plutôt démocrate, effacée et sagement rangée dans un mariage vanille.

Quelque part entre Téva et HBO, The Hunting Wives survole la carte postale puritaine avant de la déchirer méthodiquement : alcool, sexe et gossips viennent rapidement côtoyer adultères (en tout genre), jalousies, manipulations… Ici, tout le monde a un double fond et les apparences proposent un vernis brillant et aguicheur qui donne rapidement envie de l’écailler, tant les personnages cachent à peine leurs habitudes secrètes. En effet, le “pas vu, pas pris” règne en maître, et c’est franchement savoureux.

Liaisons dangereuses au féminin

Sophie débarque avec ses valeurs démocrates, son mariage lisse et ses bonnes intentions… et se fait happer en douceur par ce microcosme républicain où la respectabilité cache des soirées décadentes et un goût très généreux pour la poudre (celle des fusils… et parfois d’autres plaisirs). Animée par un besoin d’être acceptée, une soif de réinvention et de vieux traumas qu’elle tente d’oublier, l’héroïne perd pied sans même s’en rendre compte. Sa rencontre avec Margo, la « queen bee » locale, devient vite aussi fascinant qu’instable : amitié, rivalité, séduction, obsession… un vrai terrain glissant. Autour d’elles, les jalousies couvent, les inconnus rôdent, et l’effet de groupe finit par effacer les limites (partie de chasse, joujou avec des armes à feu… l’héroïne aurait été vegane qu’on l’aurait vue manger un bon steak sanglant au bout de quelques épisodes !). Le lien entre Sophie et Margo, mi-amitié mi-fascination, possède cette intensité quasi sensuelle qui fait basculer l’histoire vers quelque chose de plus trouble.

The Hunting Wives oscillent entre sororité toxique et pouvoir matriarcal : elles mentent, elles manipulent, elles cachent leurs faiblesses derrière le mascara… mais ce sont elles qui fixent les règles du jeu. Et les personnages masculins ? Oh ils sont présents et occupent souvent des postes de pouvoir, mais ils sont là que pour répondre aux désidératas de leurs compagnes (ou servir leurs propres agendas souvent sordides, égoïstes ou tout simplement lâches) ou pour appuyer le caractère violent et prédateur des hommes. Ce n’est pas pour rien d’avoir écrit une héroïne ayant subi une hystérectomie ou encore d’avoir le seul policier utile du commissariat campé par une femme. Elles sont partout et on aime cette dimension féminine, parfois solidaire, mais souvent cruelle, qui donne au récit une couleur inattendue. Un féminisme grinçant, imparfait et presque primal, où chaque femme navigue selon ses armes : pouvoir social, sexualité, apparence ou influence.

Un virage thriller à mi-saison qui chamboule

La série tease un meurtre dès le début et évoque vaguement une disparition, mais prend le temps de poser son univers. Puis en cours de route, c’est la bascule. Fini la belle vie entre copines, toy boys et armes à feu : un cadavre, une enquête double et pas mal de révélations viennent encore plus creuser le fossé entre les apparences poudrées et la réalité des personnages.

Le glamour s’évapore peu à peu et laisse place à un thriller plus sombre, révélant les peurs qui animent chaque personnages. La peur de voir son passé révélé, de perdre l’amour de sa vie ou le respect de ses pairs viennent amplifier toutes les manipulations et les secrets mortels qui font un effet boomerang aux milieux de ces alliances toxiques. L’héroïne se retrouve prise dans un piège qui se referme à vue d’œil, et le rythme s’emballe sans prévenir.

Résultat : je me suis retrouvée à enchaîner  les derniers épisodes sans respirer, jusque tard dans la nuit !

Un casting étonnant et rafraîchissant

Le casting a également été une agréable surprise : notamment retrouver Brittany Snow (Pitch Perfect, Murdaugh Murders, Almost Family…) en premier rôle, parfaite avec ses airs de biche égarée prise entre les phares, face à une Malin Åkerman (Dollface, Rampage – Hors de Contrôle…) excellente en mante religieuse – ce que m’étonne d’autant plus, vu que je l’ai toujours trouvée un peu médiocre jusque là. Autour d’elle, Jaime Ray Newman (MK Ultra, Little Fires Everywhere…), Katie Lowes (Scandal, Inventing Anna…) et Chrissy Metz (This Is Us…) complètent un ensemble féminin aux petits oignons, jonglant habilement entre les sous-intrigues de la série.

Quelques hommes sont au rendez-vous en arrière-plan : Dermot Mulroney (Secret Invasion, Scream VI…) en politicien aux dents longues, Evan Jonigkeit (La Proie d’une Ombre, Archives 81…) en mari lâche et paternaliste ou encore George Ferrier (Juniper…) en toy boy pathétique.

Verdict ?

Courte avec seulement 8 épisodes, mais addictive, irrévérencieuse, parfois clichée mais toujours efficace, la série The Hunting Wives tire le meilleur de son univers féminin délicieusement over-the-top pour livrer un thriller accrocheur et venimeux. Entre parties de chasse et parties de jambes en l’air, la série pulvérise le vernis puritain pour cocher toutes les cases du plaisir coupable… mais totalement assumé. Vivement la saison 2 !

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