[CRITIQUE] La Proie d’une Ombre, de David Bruckner

Cauchemar éveillé ou hallucination mélancolique, le film La Proie d’une Ombre se définit à travers les étapes du deuil pour offrir une séance frissonnante, portée par une Rebecca Hall subtile et une mise en scène inventive. Simple et efficace, le film de David Bruckner est une bonne surprise horrifique qui tient ses promesses.

Le pitch : Déchirée par la mort brutale de son mari, Beth se retrouve seule dans la maison au bord du lac qu’il avait construite pour elle. Elle s’efforce de faire face, mais d’inexplicables cauchemars font leur apparition. Dans de troublantes visions, une présence insaisissable semble l’appeler. Contre l’avis de ses amis, Beth commence à fouiller dans les affaires de son mari, en quête de réponses. Elle va découvrir des secrets aussi étranges qu’inquiétants, et un mystère qu’elle va, malgré les risques, tenter d’élucider…

Après avoir fait ses armes dans le cinéma d’angoisse en participant à des œuvres collaboratives (V/H/S, The Signal, Southbound), David Bruckner a livré un premier long-métrage que vous avez probablement découvert sur Netflix il y a quelques années, Le Rituel, un buddy movie horrifique où des amis se retrouvent en Suède pour une randonnée mortelle. Pour ma part, je n’avais pas vraiment accroché à ce film à cause de son coté un poil trop mou et contemplatif, mais La Proie d’une Ombre a su retenir mon attention, notamment grâce à l’actrice Rebecca Hall que je trouve trop rare sur le grand écran.

Dans une certaine mesure, l’installation du film La Proie d’une Ombre peut faire penser à Malignant, avec son personnage endeuillé qui commence à voir et à entendre des choses insensées. Mais la ressemblance s’arrête là, puisque le film de David Bruckner se dessine à travers la tristesse de son personnage, hésitant entre l’hallucination et la folie pour expliquer les phénomènes. Rapidement, le film ajoute une nouvelle strate à son intrigue pour permettre à son personnage d’aller plus loin dans sa quête de vérité, alors que le mari perdu révèle une part d’ombre inexplorée jusque là. La Proie d’une Ombre allie subtilement l’évolution de son récit avec les étapes du deuil, entre douleur et acceptation, en passant par la colère et la dépression, si bien qu’en tant que spectatrice je suis restée dans le flou pendant un bon moment quant à la nature des phénomènes qui venaient secouer une trame plutôt lente et sombre.

En effet, La Proie d’une Ombre est loin des films démonstratifs et truffés de jumpscares qui ont inondé nos écrans ces dernières années. David Bruckner préfère un format à l’ancien, plus lent et plus rythmé par le suspens frissonnant alors que sa mise en scène installe habilement chaque moment de frayeur. Le réalisateur joue avec son environnement, entre les jeux de miroirs, d’ombres ou de superpositions des champs. L’ambiance du film est très sombre, presque monolithique, comme un long rêve ou cauchemar sans issue, souligné par une musique lancinante qui vient accentuer la fébrilité du personnage principal. J’ai apprécié les scènes où l’arrière-plan se révèle de manière inattendue pour mieux nous faire sursauter : le film fonctionne grâce à sa façon de surprendre autrement qu’avec des portes qui claquent ou autres jumpscares trop usés.

Si j’ai apprécié la simplicité de La Proie d’une Ombre, c’est également son point faible. David Bruckner ne cherche pas le sensationnel mais plutôt à raconter une histoire qui se regarde pelotonné dans le noir, cherchant plus à créer des émotions qu’à faire sursauter à travers une atmosphère lugubre, entachée par la perte d’un être cher et le sentiment de trahison doublé d’un lourd secret. Proche du thriller psychologique, le film a tendance à s’enliser dans la noirceur de son récit à la manière des séries anthologiques The Haunting, créant un sentiment de longueur dû à un ensemble relativement lymphatique.
Cependant, le film est efficace, original sans pour autant détonner dans le genre horrifique et j’ai surtout apprécié le fait qu’il ne cherche pas à tout expliquer, laissant la place au spectateur de choisir sa vérité en fin de route.

Au casting : Rebecca Hall (Tales From The Loop, Godzilla vs Kong, Teen Spirit…) porte le film sur ses épaules, tant son personnage et ses émotions influent sur la course tranquille du film. Autour d’elle s’articule un casting inégal de personnages plus ou moins importants à la trame, dont Stacy Martin (The Lobster, Dernier Amour…), Evan Jonigkeit (The Empty Man, Frontier…), Vondie Curtis-Hall (le réalisateur de Glitter !) ou encore Sarah Goldberg (The Report…).

En conclusion, j’ai beaucoup aimé La Proie d’une Ombre pour son atmosphère lugubre et la réalisation de David Bruckner qui s’inspire de son décor pour créer des effets flippants. Si l’ensemble est relativement simple et classique, La Proie d’une Ombre reste un objet horrifique efficace qui saura faire son petit effet. À voir.

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