Épouvante-horreur, Thriller

[CRITIQUE] Scream VI, de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin

Et de 6 ! Comme on arrête pas une machine qui marche, Ghostface est de retour. Nouveau film, nouvelles règles et nouveaux dangers : Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin se rattrapent avec un nouveau chapitre plus mature, plus gore et bien plus efficace que le précédent. Scream VI a-t-il sa place parmi les meilleurs films de la saga ? C’est fort possible…

Le pitch : Après avoir frappé à trois reprises à Woodsboro, après avoir terrorisé le campus de Windsor et les studios d’Hollywood, Ghostface a décidé de sévir dans Big Apple, mais dans une ville aussi grande que New-York personne ne vous entendra crier…

Pour être tout à fait honnête, ce nouveau chapitre de Scream ne me disait rien qui vaille. Le film précédent, présenté comme un remoot (soft reboot / remake, dans le film « requel »), m’avait déçue par son orientation Gen Z agaçante et peu subtile qui affadissait l’héritage de la saga laissé par Kevin Williamson et Wes Craven. Ajoutons à cela, le duo de réalisateur Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin était également de retour derrière la caméra, ainsi que le détournement de la tagline de mon film préféré sur les affiches françaises, et il n’en fallait pas plus pour me faire douter sur le retour de Ghostface.
Et bien tenez-vous prêts : Scream VI se révèle être une si bonne surprise qu’il pourrait bien être l’un des meilleurs films de la saga ! Que vous soyez team Scream 1, Scream 2 ou Scream 4, voici un nouvel opus qui va faire débattre sur le podium, tant il a su corriger et apprendre des erreurs du film précédent.

Le passé est d’ailleurs le maître-mot de ce film alors que nos héros, ici installés à New York, portent toujours leurs cicatrices plus ou moins littérales des événements de Woodsboro. Ce première suite post-« requel » arbore fièrement son étiquette franchisée et va s’amuser à déjouer les codes installés par les précédents films. En effet, Scream VI va surprendre dès l’ouverture du film pour mieux rebattre les cartes. Si, comme d’habitude, tous les personnages sont suspects, le film de Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin affiche clairement sa volonté d’épargner aucun des personnages centraux – et ça tombe bien puisqu’après Scream 5, on y était pas forcément attaché.

Retrouvailles, donc, avec les quatre réchappés du film précédent : les sœurs, Samantha et Tara, et les jumeaux, Mindy et Chad, qu’on avait tous oublié (si, si, avouez-le), alors qu’ils évoluent au coeur de la vie étudiante. Dès le début, Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin multiplie les clins d’œil à Scream 2 pour mieux camoufler la présence de ce coup double particulier. Et ça marche ! alors que l’ombre de Ghostface semble rôder dans tous les recoins, Scream VI enchaîne les séquences de frissons avec un rythme suffisamment soutenu pour maintenir le spectateur en haleine. Même en connaissant les artifices de la saga, je me suis surprise à serrer la mâchoire au fur et à mesure que la musique de suspens s’intensifiait, tandis que la violence des scènes de mises à mort est particulièrement graphique. Certes le film reste interdit seulement au moins de douze ans, mais les réalisateurs ont bien compris que la scène finale de Scream 5 avait beaucoup plu… pourquoi ne pas la multiplier ?

Rapidement le whodunnit s’intensifie, même si l’effet Scream annihile toute enquête possible : après 5 films, le spectateur sait qu’il suffit d’attendre la révélation de fin, car les films n’ont jamais chercher la cohérence entre les capacités physiques de Ghostface et l’allure du ou des tueurs lorsqu’ils tombent le masque. En effet, le succès de la franchise repose sur son coté fast-food qui délivre de l’horreur rapide et satisfaisante sur le moment, quitte à précipiter ses personnages dans des décisions ou détours totalement illogiques. Le but étant d’enivrer le spectateur et l’empêcher de trop réfléchir en cumulant les rebondissements. Là encore, Scream VI fait bien le job alors que les personnages transformés en passoire tombent comme des mouches les uns après les autres.

Cerise sur le cheesecake : alors que le film précédent voulait séduire la jeune génération, il a créé des personnages relativement tête-à-claques qui au lieu de se moquer de la Gen Z les rendaient surtout antipathiques. Entre l’étalage de savoir complaisant sur le cinéma horrifique et une pincée surfaite de « woke » inutile, le dernier Scream n’a pas réussi à m’attacher à ce nouveau groupe et seule la présence du casting original semblait réussir à sauver l’ensemble. Scream VI veille à ne pas reproduire les mêmes erreurs : du casting orignal, il ne reste que Gale Weathers (Courteney Cox), et pourtant le ton du film replace habilement son curseur et s’adresse, avec justesse, à ceux qui ont grandi avec la saga.

Résultat, le ton est plus mature, plus sombre et la musique identifiable est là (le thème de Marco Beltrami et la chanson de Nick Cave and The Bad Seed « Red Right Hand » – que certains reconnaîtront grâce à Peaky Blinders, mais qui est présente dans tous les films Scream). L’utilisation de d’une grande ville comme New York, de sa jungle urbaine à son métro souterrain permet au film de s’émanciper de sa touche provincial et noyer les héros du film dans un anonymat de tous les dangers. De plus, les références meta sont bien mieux distillées au cours de l’intrigue. Bien sûr il y a toujours la partie d’explications obligatoires (pour ceux qui prennent le train en route), mais le reste de la mise en abîme est bien plus subtile : de Scream 2 aux clins d’oeils aux classiques et néo-classique d’horreur, de Halloween de John Carpenter jusqu’à Us de Jordan Peele, Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin ont bien fait leurs devoirs !

Dans l’ensemble, ce Scream VI fait oublier la déception du film précédent en livrant un opus plus brutal, mêlant les codes du slasher et des teen horror movies, tout en se dépatouillant de l’aspect propret du cinéma horrifique des années 2010. Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin opère un retour salvateur et intelligent aux origines – à l’époque où les années 90 étaient moins frileuses – en imposant une imagerie plutôt gore qui va solidifier l’efficacité du film.

Comme d’habitude, il faudra composer avec le côté expéditif de la trame qui entraîne les personnages dans des pièges béants, les prises de décisions ubuesques (on se demandera parfois pourquoi il n’y a que deux policiers dans tout New York…) ou encore les faux raccords jour/nuit, mais cela fait partie également de l’ADN de la saga. À partir du moment où un couteau peut transpercer le squelette humain comme du beurre, il ne faut pas non plus chercher la crédibilité à tous les étages. Là où le film assure bien les ficelles de l’héritage Craven/Williamson, c’est en parvenant à conserver une tension accrocheuse du début à la fin, si bien que les défauts du scénario font plutôt sourire, et ce, jusqu’au big reveal qui, au-delà de faire tomber le ou les masque(s), atteint son point final avec la révélation autour des motivations du ou des tueur(s).
Seul bémol, je continue de m’interroger sur la stabilité psychologique des victimes survivantes du ou des tueurs.

Au casting, on reprend les mêmes, on rajoute du neuf et on recommence : Courteney Cox (Shining Vale, Cougar Town…) s’accroche, mais son personnage laisse la place à la nouvelle génératin. On retrouve donc Jenna Ortega (Mercredi, X, The Babysitter 2…), Melissa Barrera (D’où L’on Vient, Respirer…), Jasmin Savoy Brown (Yellowjackets, Final People…) et Mason Gooding (How I Met Your Father, Love, Victor…) dans ce doublé fraternel, tentant d’échapper à Ghostface tout en essayant de trouver qui peut bien se cacher derrière le ou les masques. Notons au passage le potentiel de Melissa Barrera qui mériterait à elle-seule un spin-off (si son personnage survit). Hayden Panettière (Scream 4, Nashville…) est également de retour, pour une raison improbable, tandis que Skeet Ultrich continue de hanter les parois réfléchissantes. Prétendants pour jouer de la chair à paté : Dermot Mulroney (Hanna, La Montagne Entre Nous…) s’invite à la fête, tandis que de nouveaux visages complètent un second plan plus ou moins anecdotique : Liana Liberato (Light as a Feather…), Jack Champion (Avatar : La Voie de l’Eau…), Devyn Nekoda (Ginny and Georgia…) ou encore Josh Segarra (She-Hulk…). Pour le fun, les réalisateurs retrouvent aussi, brièvement, Samara Weaving (Wedding Nightmare, Babylon…).

En conclusion, après un cinquième volet décevant, le duo Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin rectifie le tir avec un Scream VI à travers un slasher accrocheur, plus mature et bien plus violent. Ne vous fiez pas à l’interdiction au moins de douze ans, certaines images peuvent déranger les plus sensibles (coups de poignards à répétitions, gros plans sur les plaies…). Bref, c’est fun, gore et réussi : à voir !

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