Épouvante-horreur

[CRITIQUE] Primate, de Johannes Roberts

Le pitch : Des vacances sur une île tropicale tournent mal lorsque Ben, un chimpanzé adopté par une famille, devient soudainement violent après avoir été mordu par un animal enragé.

Oubliez César, le leader charismatique de La Planète des Singes (2.0) ou encore King Kong, le roi des Titans : avec Primate, Johannes Roberts (The Door…) compte bien dynamiter le panthéon des icones simiennes. Si le chimpanzé est proche de l’humain, le film rappelle qu’en terme de force physique et d’agilité, l’animal nous surpasse… surtout quand il est enragé.

Sur cette photo, Ben est dans sa version « normale ». Avec cette tête déjà bien flippante, donc.

Après des huis clos sous-marins étouffants (47 Meters Down et sa suite) et des reboots discutables (Strangers : Prey at Night, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City…), le réalisateur britannique revient à ses premières amours. Probablement inspiré par l’histoire vraie du chimpanzé Travis et boosté par l’imaginaire collectif lié à la rage (merci Stephen King et son flippant Cujo), Primate vient titiller le sentiment d’inconfort face à cet animal en le présentant d’abord comme un animal de compagnie inoffensif avant de le transformer en tueur sanguinaire.

Simple et efficace, le film de Johannes Roberts va droit au but en posant son cadre idyllique et ses personnages interchangeables dont on devine le sort final dès l’introduction. Primate ne s’encombre pas du fond et se concentre sur l’essentiel : installer une menace et faire monter la pression. Le film s’impose comme un screamer nerveux, qui au-delà de la scène d’ouverture déjà bien ragoûtante, joue du malaise ressenti face à ce singe domestique. S’il ne s’y attarde pas trop, Johannes Roberts joue avec le spectateur qui sait très bien pourquoi il a signé alors que les personnages considère le singe comme une peluche, malgré sa taille considérable et des crocs prometteurs.

L’intelligence du film, c’est d’avoir su résister à l’envie de donner dans la boucherie démonstratif et la surenchère d’hémoglobine. Comme dans ses films 47 Meters Down, le réalisateur laisse la menace s’amplifier et devenir omniprésente. Le frisson vient surtout de l’attente et de l’anticipation, moins du passage à l’acte, tandis que les personnages se retrouvent piégé face à un animal imprévisible et bien décidé à les massacrer. J’ai aimé le caractère un poil sadique et la touche d’humour noir qui traverse le film, qui s’ajoute au stress palpable qui émane de l’ensemble (la scène du rire, celle du lit… j’en dis pas plus).

Évidemment, tout n’est pas irréprochable. Dès les premières minutes, et très probablement à cause du pitch, le singe n’inspire jamais vraiment confiance. Difficile de savoir jusqu’où Johannes Roberts a eu recours aux effets spéciaux et à la motion capture pour donner vie à son chimpanzé, mais son faciès peu engageant n’aide clairement pas. D’ailleurs, plus le film avance, plus son apparence devient approximative (sans parler d’un léger problème de cohérence sur sa taille, qui semble varier jusqu’à la fin), comme une référence directe au film Cujo sorti en 1983 où le chien ne ressemblait plus à rien vers la fin. Disons toutefois que cet aspect un peu bancal renforce malgré tout le sentiment de danger et d’anormalité.

Là où Primate perd surtout des points, c’est du côté de l’écriture des personnages. Si le film regorge de bonnes idées et tient globalement ses promesses, le manque caricatural de jugeote des protagonistes finit par agacer ( l’idée pourtant évidente d’utiliser les braseros du jardin comme torches ne leur traverse jamais l’esprit, par exemple). À cela s’ajoutent des personnages introduits en cours de route uniquement pour rajouter du spectacle, parce qu’une bonne partie du casting est expédiée beaucoup trop vite.
Ceci dit, je n’attendais pas un grand film. Et Primate a au moins la très bonne idée d’être court (1h29) : c’est rapide, efficace, et suffisamment satisfaisant pour les amateurs de frissons faciles qui savent exactement ce qu’ils viennent chercher. Certains diraient que cela aurait pu être un court-métrage mais bon, ne nous leurrons pas : un tel court métrage serait devenu un long en très peu de temps.

Au casting, peu de visages connus : Troy Kotsur (Coda, Foundation…) joue les pères absents, tandis que Johnny Sequoyah (Believe, Dexter : New Blood…) et Jessica Alexander (La Petite Sirène, The Beauty…) leadent la chair à paté interchangeable, incarnée par Victoria Wyant (À Contre-Sens : Londres…), Benjamin Cheng et Gia Hunter (Sherlock & Daughter…). A noter que l’acteur Miguel Torres Umba est crédité pour le rôle de Ben, le singe, pour  la motion capture.

En conclusion, Primate est une série B animale sans illusion de grandeur, mais suffisamment tendue, cruelle et consciente de ses limites pour faire le job. À voir.

PS : Détail assez amusant au passage : en anglais, Primate s’écrit exactement comme en français, mais ne se prononce pas du tout pareil. On dit « pry-mate », avec « pry » comme le verbe to pry qui signifie fouiner, soulever, forcer ou être indiscret et « mate » qui peut vouloir dire pote ou partenaire. Pris littéralement, « to pry a mate » pourrait presque se traduire par « malmener un pote », « fouiner dans un proche » ou « mettre quelqu’un en pièces »… ce que le singe finit, d’une certaine manière, par faire. Enfin bref… je me comprends !

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