Épouvante-horreur, Sci-fi

[CRITIQUE] Nope, de Jordan Peele

Le pitch : Les habitants d’une vallée perdue du fin fond de la Californie sont témoins d’une découverte terrifiante à caractère surnaturel.

Parmi les films attendus cette année, Nope figurait assez haut dans la liste. Et pour cause, le film est précédé par l’excellent Get Out et le discutable Us qui ont contribuer à faire passer le réalisateur Jordan Peele en un simili-virtuose du cinéma d’horreur à la fois flippant et porteur d’un message.
Pour ma part, je vous l’annonce dès maintenant : je n’ai ni été bluffée ni conquise par le cinéma de Jordan Peele. Certes Get Out était un film génial qui parlait de racisme ordinaire de manière intelligente et originale sur fond d’horreur et de survival, mais Us n’a pas réussi le même tour de force avec ses doubles improbables et une intrigue peu crédible. Le monde cinéphile étant toujours en quête de nouveaux génies qui nous tireraient hors de cette ère submergées de reboots, remakes, préquelles/séquelles et autres adaptations, tout ce que touche Jordan Peele semble devenir de l’or. Sur petit écran, son reboot/remake (sic) de La Quatrième Dimension convainc à moitié mais Lovecraft Country fait des émules, tandis que le nom du réalisateur est accolé au remoot de Candyman. Personnellement, aucun des projets qui ont suivi Get Out ne m’ont séduit et j’admets que j’étais assez sceptique en allant découvrir Nope au cinéma.

Comme dans son précédent film, Jordan Peele propose une introduction cryptique et pleine de mystère, avant de dévoiler son propos sur fond de menace extra-terrestre. Derrière la volonté des protagonistes de vouloir filmer le fameux phénomène, Nope cherche à cristalliser une société devenue plus friandes d’images chocs que d’expériences qui demandent un minimum de travail et de savoir-faire. Le trait est accentué en proposant comme décor un décor westernisant, loin des grandes villes comme pour prouver que le méchant monde capitaliste et avide de spectacle a contaminé le fin fond de nos campagnes, tandis que l’Homme continue de se faire du fric sur le dos des plus faibles – qu’il s’agisse du premier homme Noir qui se cache derrière la première image animée du cinéma ou d’un singe exploitée pour la télévision et qui finit par péter un plomb (histoire tragiquement inspirée par l’histoire vraie du chimpanzé Travis). C’est donc des personnages dont l’entreprise familiale est à la dérive que va suivre Jordan Peele, alors qu’ils s’échinent à capture l’image qui pourrait les rendre riche, puisque le sensationnel reste plus longtemps dans les mémoires que le nom des victimes, n’est-ce pas ?
Et c’est ainsi que Nope nous enferme dans son piège « Shyamalanisant » qui dévoile bien trop vite ses billes, pour mieux surfer sur du vide pendant un peu plus de deux heures.  

L’intrigue et ses sous-entendus sur le « star system » et l’argent facile à tout prix est affriolant, oui mais voilà, une fois les bases posées, Nope n’a rapidement plus rien à proposer et tourne en rond au gré d’une soucoupe volante aux allures de raie manta (ou de drap housse accroché sur un étendoir en pleine tempête). Le problème de Jordan Peele post-Get Out, c’est que dès qu’il a une idée, il l’explose dès la première partie de son film et se repose dessus jusqu’au bout pour faire courir ses personnages aux talents inégaux (je reviendrais sur Keke Palmer plus tard). Là où son premier film était truffé de rebondissements surprenants et ingénieux du début à la fin, Nope est presque l’inverse et n’essaie même plus de faire frissonner (en dehors d’une scène plutôt sympatoche), tant le réalisateur se focalise sur ses essais de styles derrière la caméra. Chance du débutant ou Jordan Peele n’a déjà plus d’imagination ? Seulement, si Nope est relevé par des plans intéressants (prises de vues larges sur un désert au vide métaphorique où la menace se cache dans le paysage…), je reste sur ma faim car, personnellement, je reste plus sensible à une histoire bien ficelée qu’à des fonds d’écrans stylisés.

Nope cherche donc à fasciner avec la présence indicible d’une menace qui rôde dans les airs, tandis que le duo (bientôt trio, puis quatuor) cherche à piéger le phénomène pour le mettre dans la boite… Mais entre l’attitude exagérée des uns (*tousse* Keke Palmer *tousse*) et le calme quasi-apathique des autres, les personnages de Nope sont plus antipathiques qu’attachant, tandis que le récit s’étire vers un final qui met bien trop de temps à venir. Jordan Peele livre un film extrêmement contemplatif, cherchant vainement à construire de la tension à travers la lenteur de son intrigue.
Cependant, là où le réalisateur a bien compris le système, c’est qu’il a délaissé le frisson pour la science-fiction (soi-disant horrifique, lol). Je pense que parmi ses maîtres-à-penser doit se trouver un certain Denis Villeneuve, car la minceur du scénario de Nope est masquée derrière une réalisation plus soignée, composée par des plans souvent superbes à la photographie soignée. Malgré mon ennui général, j’ai pu me consoler avec l’esthétique inspirée du film, de ses plans larges à ses superpositions, en passant par des points de vue judicieux qui étoffent les creux béants du scénario.
Mais si j’ai cité Denis Villeneuve, c’est parce que pour moi, le cinéma SF de ce dernier (Premier Contact, Blade Runner 2049 et Dune) se répètent dans des plans vastes sur des paysages souvent hostiles, inhabitables ou désœuvrés. Cela ne remet pas en cause la qualité de la mise en scène de ces films, mais le coté froid, épuré et vide de ces tableaux – aussi beaux soient-ils – rend souvent le résultat aussi impersonnel que les nombreux fonds d’écrans photoshopés qu’on peut facilement trouvés sur Google Images. Jordan Peele suit les traces de Denis Villeneuve et livre un Nope aseptisé et clinique (pour ne pas dire scolaire).

Alors oui le film est beau et le postulat de départ est intéressant (le spectaculaire, aussi graphique ou choquant soit-il, restera toujours plus en mémoire que des efforts plus discret pour faire avancer le monde), mais la réalité c’est que Nope s’essouffle au bout d’une heure pour s’évaporer dans un film de plus en plus contemplatif et qui n’a plus grand chose à raconter à part la course obsessionnelle des personnages pour obtenir les images rêvées (et l’argent/célébrité qui ira avec). Là où beaucoup crie au génie, je serai peut-être la seule pèquenaude à y voir du vide et un réalisateur bien trop surestimé (notamment par rapport à sa filmographie plutôt mince). Nope coche peut-être toutes les cases sans effort, mais je note tout de même un certain manque de crédibilité générale de l’histoire : malgré les disparitions et les chutes d’objets, personne n’autre (amateur ou pro) ne cherchent à enquêter sur le sujet, pas même le gouvernement ?
J’en ai un peu assez de cette imagerie froide et sans saveur qui se photocopie de films en films, pour raconter des histories qui enfoncent des portes ouvertes dès l’introduction (le méchant monde d’aujourd’hui est de plus en plus capitaliste et individuel, quelle découverte !). Hier, la science-fiction faisait rêver ou flipper, puisque les cinéastes de l’époque imaginait déjà un futur devenu désastreux à cause de l’Homme ; aujourd’hui la SF ne semble vouloir que disséquer les travers du présent… Non merci.  

Au casting, j’aime beaucoup Daniel Kaluuya (Judas and the Black Messiah, Les Veuves, Queen and Slim…), mais ici il m’a fait penser à une extension du Walter dans Get Out (le jardinier mutique), dans un personnage introverti et observateur qui doit bien plus son caractère attachant à l’acteur qu’au personnage en lui-même. Ou alors il imite Ryan Gosling dans 90% de ses rôles depuis Drive, je sais pas… Face à lui, Keke Palmer (Scream: Resurrection, Queens…) est en surcharge et en fait des caisses tout au long du film, elle y est carrément agaçante. Autour d’eux, Steven Yeun (The Walking Dead, Minari, Sorry To Bother You…) dans un personnage secondaire qui n’a rien appris de ses traumas d’enfance, tandis que Michael Wincott reprend du service pour choper un alien (référence à Alien, La Résurrection hihihi) et Brandon Perea fait ses premiers pas sur grands écrans – sans que son personnage soit vraiment justifié. À l’affiche également, on retrouve, entre autres, Wrenn Schmidt (For All Mankind…), Keith David (Greenleaf…) et un quasi caméo de Barbie Ferreira (Euphoria…). 

En conclusion, le nouveau film de Jordan Peele s’avère être le nouveau fantasme brumeux d’un énième réalisateur surestimé, qui s’avère laborieux une fois l’intrigue dévoilée. Malgré une mise en scène inspirée, c’est un grand Nope pour moi, où alors que le dit le titre québécois « Ben non ». À tenter. 

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