
Le pitch : À Paris, dans le tumulte de la Fashion Week, Maxine, une réalisatrice américaine apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Elle croise alors le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud‐soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant à une autre vie. Entre ces trois femmes aux horizons pourtant si différents se tisse une solidarité insoupçonnée. Sous le vernis glamour se révèle une forme de révolte silencieuse : celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire.
Trois ans après le bouleversant Revoir Paris, Alice Winocour (Proxima, Maryland, Augustine…) revient avec un nouveau film, Coutures, porté par la fabuleuse l’incroyable la superbe la déesse de ma vie Angelina Jolie. Au détour de la Fashion Week parisienne, où les personnes, les nationalités et les chemins se croisent le temps d’une période intense, Coutures suit des tranches de vie de femmes à un tournant : de vie, de carrière, de mental. Au milieu, une réalisatrice indépendante accepte de tourner le film d’un défilé pour une grande maison avant d’enchaîner avec un projet plus personnel. Son quotidien ronronne, structuré, presque maîtrisé, jusqu’à cette terrible nouvelle qui vient tout fissurer et rebattre les cartes.

Avec une distance toujours juste, la caméra d’Alice Winocour s’immisce dans l’intimité à la fois banale et universelle de ses personnages. On peut s’identifier au personnage central comme à cette mannequin soudanaise propulsée presque par hasard sous les projecteurs mais qui rêve d’une vie plus simple, ou encore à cette maquilleuse qui voudrait écrire les vies qu’elle croise plutôt que de rester dans l’ombre. Le film est sobre, cosmopolite et profondément humain. Il parle de rêves et d’espoir, mais aussi de sacrifice, notamment celui fait à la vie de famille quand les carrières mettent des kilomètres entre ceux qui s’aiment. Coutures met en lumière, avec douceur et simplicité, ces instants suspendus où l’on doit choisir : s’abandonner à ce qui arrive ou renoncer à ce que l’on croyait vouloir.

Si le récit paraît simple, la mise en scène est d’une précision folle. Alice Winocour fait parler les corps, les expose, les fragilise, parfois les met à nu pour laisser émerger les doutes, la peur, l’incertitude. Sans forcément connaître le parcours personnel de la réalisatrice, on devine un film intime, inspiré de rencontres et d’expériences vécues (souvent par ses actrices, d’ailleurs), avec cette envie de sublimer l’énergie féminine et d’utiliser aussi bien ses personnages que les étoffes pour matérialiser les décisions et les prises de conscience. Une scène d’orage, notamment, symbolise toute la violence contenue du film. Car sous les accents poétiques et les décors feutrés (jusque dans les locaux de Chanel), Coutures aborde des thématiques difficiles. Le cancer, la mastectomie, le choc du diagnostic posé sans détour, mais aussi l’exil, ces jeunes femmes contraintes de quitter un pays en guerre, loin de leurs familles et de leurs rêves initiaux. Le titre n’a rien d’anodin : la couture, c’est relier deux étoffes, réparer une déchirure, reconstruire à partir de fragments.

Au casting, Angelina Jolie (Maria, Les Éternels, Maléfique : Le Pouvoir du Mal…) est superbe et magnétique – oui, j’ai un léger parti pris, mais il serait malhonnête de nier à quel point elle transcende le film. Pas seulement par son aura hollywoodienne, mais parce qu’elle ose une vulnérabilité rare, d’autant plus touchante que cette bataille contre le cancer fait écho à sa propre histoire. À ses côtés, Anyier Anei impose une présence calme, partagée entre l’émerveillement et le déchirement de sa propre histoire, une histoire qui est également proche de la sienne, elle-même mannequin Sud-Soudanaisse réfugiées au Kenya. Autour d’elles, on retrouve Ella Rumpf (Des Preuves d’Amour, Grave…), Garance Marillier (Grave, Titane…), Vincent Lindon (Jouer avec le Feu, Titane…) et, arf, Louis Garrel (Chien 51, Arco…), que je ne portais déjà pas particulièrement dans mon cœur.
En conclusion, Coutures est un film délicat et bouleversant, qui ne cherche jamais l’esbroufe, même avec une superstar en tête d’affiche. Il ne brille pas par le spectaculaire mais par la justesse, par ces silences, ces regards, ces gestes qui recousent doucement des vies en morceaux. Un très beau film, tout en retenue, qui confirme qu’Alice Winocour sait capter les tempêtes intérieures comme peu de cinéastes aujourd’hui. À voir.

