[CRITIQUE] Maléfique : Le Pouvoir du Mal, de Joachim Rønning

Plus sombre et moins naïf, Maléfique : Le Pouvoir du Mal explore les origines de son personnage principal, entre trahisons et confrontations. Joachim Rønning creuse les tensions entre les humains et les créatures fantastiques pour étoffer l’imaginaire du conte dans une facette plus dramatique et boostée par de l’action bienvenue qui détonne avec le caractère romantique de l’histoire initiale. Si cet objectif cohabite parfois mal avec les ambitions familiales de Disney, Maléfique : Le Pouvoir du Mal reste néanmoins une suite intéressante, plus mature et visuellement inventive.

Le pitch : Plusieurs années après avoir découvert pourquoi la plus célèbre méchante Disney avait un cœur si dur et ce qui l’avait conduit à jeter un terrible sort à la princesse Aurore, « Maléfique : Le Pouvoir du Mal » continue d’explorer les relations complexes entre la sorcière et la future reine, alors qu’elles nouent d’autres alliances et affrontent de nouveaux adversaires dans leur combat pour protéger leurs terres et les créatures magiques qui les peuplent.

Près de cinq ans après Maléfique de Robert Stromberg, qui revisitait l’histoire de La Belle au Bois Dormant du point de vue de la méchante fée, les studios Disney proposent une suite explorant l’univers fantastique à peine effleuré à l’époque. Derrière la caméra, c’est Joachim Rønning qui prend la relève (co-réalisateur de Pirates des Caraïbles : La Vengeance de Salazar) et poursuit donc en solitaire l’exploration des zones obscures des films Disney. Ce qui est intéressant dans ce nouveau film, c’est justement le fait d’étoffer le personnage de Maléfique, la méchante fée la plus charismatique des contes adaptés par Disney, de ses origines à ses motivations. Alors qu’Aurore s’apprête à épouser le prince Philippe, les événements se bousculent, provoquant à la fois une trahison et le réveil d’une guerre qui bouillonnait en sous-sol entre les créatures magiques et les humains.

C’est donc l’occasion de découvrir que Maléfique n’est pas la seule fée, mais également d’explorer les conflits et la légende qui entourent son histoire. Alors qu’on aurait pu attendre un film centré autour du jeune couple et de Maléfique, Joachim Rønning évite intelligemment de tomber dans le panneau. Évidemment, on est bien loin de la profondeur dramatique d’un film que Joker, cela reste un Disney – mais si Maléfique : Le Pouvoir du Mal conserve l’ADN des studios en traitant ses sujets favoris, à savoir le pont entre les différences, la tolérance et bien sûr, l’amour, le film va d’abord puiser dans la part d’ombre de son récit. Le bémol, c’est que le public plus averti repérera les ficelles narratives à l’avance, ce qui peut gâcher le plaisir puisqu’en découvrant la source des pouvoirs puissants de Maléfique, on comprend rapidement l’issue du film.
De même, les intentions des antagonistes sont vieilles comme le monde et toujours plus manichéennes, bien qu’ici, le film de Joachim Rønning affiche quasiment que des femmes en première ligne. Et pourtant, le film parvient à pallier aux limites imposées par son étiquette Disney : bien que l’imagerie soit bien plus sombre et un chouilla violente pour un public jeune, Joachim Rønning choisit judicieusement ses armes pour contourner le challenge en truffant le monde des fées de personnages nombreux et accessoires – dont certains poussivement ajoutés uniquement pour cocher la case de la mignonnerie – mais suffisamment présents pour que la confrontation finale fasse son effet, tandis que la magie permet d’alléger le visuel à travers des éclats de couleurs bien choisies.

L’inconvénient, en étant exigeant, c’est que l’intensité dramatique recherchée ne fonctionne pas tout-à-fait car le film ne cesse d’osciller entre son coté dark et la magie Disney – ce qui était probablement plus facile avec un Pirate des Caraïbes ayant déjà un aspect morbide avec ses habituels morts-vivants. L’avantage, c’est que le film reste accessible au tout public et permet d’aller plus loin dans le récit en proposant un vrai champ de bataille dans un film estampillé Disney, ainsi que des méchants caractéristiques – comme la femme de main de la Reine Ingrith qui fait tout pour être détestable (scène de l’orgue). L’inconvénient c’est que le prétexte de vouloir explorer le monde magique de Maléfique permet surtout au film de disposer d’un nombre de personnages inutiles dont les mésaventures et/ou défaites glisseront sur la trame sans véritablement laisser de trace.
En étant moins exigeante, et pour être tout à fait honnête, je m’attendais à bien pire vu le peu de communication autour du film (comparé à la sortie du premier film en 2014), j’ai bien aimé Maléfique : Le Pouvoir du Mal. Joachim Rønning livre un film simple, bien rythmé et efficace, tandis que visuellement, l’ensemble donne toujours envie de rêver et de s’envoler aux cotés de Maléfique. Les effets spéciaux sur les scènes de vols, les ailes ou les sorts magiques sont réussis et sans esbroufe, tandis que les costumes collent parfaitement aux personnages, mixant agréablement la noirceur de Maléfique, la pureté d’Aurore et la quête de pouvoir de l’ennemie des deux. Contrairement à un film comme Le Chasseur et la Reine des Glaces, j’apprécie la simplicité des choix de costumes et de décors ce qui évite la surenchère dans un film déjà bien chargé en effets numériques – même si on est bien en dessous de la beauté du premier film Maléfique.

Au casting justement, la belle Angelina Jolie (D’abord Ils Ont Tué Mon Père, Kung Fu Panda 3, Vue Sur Mer...) revêt à nouveau les cornes de Maléfique, toujours aussi élégante et charismatique, tandis qu’à ses cotés, Elle Fanning (Teen Spirit, Galveston, Mary Shelley…) reste également dans le registre virginal dans lequel elle excelle, où son apparence angélique est sublimée à chaque plan. Nouvelle venue en tête d’affiche, Michelle Pfeiffer (Ant-Man et la Guêpe, Mother!, Le Crime de l’Orient-Express…) incarne la future belle-mère, l’actrice est à l’aise dans son personnage obscur. Face à ce trio de caractère qui s’impose pendant tout le film, on découvre Chiwetel Ejiofor (Le Roi Lion, Doctor Strange…) et Ed Skrein (Alita : Battle Angel, Deadpool…) dans des rôles secondaires, Sam Riley (Free Fire, Radioactive…) reprend son rôle de Diaval, en parallèle à l’autre bras droit du film incarné par Jenn Murray (Brooklyn, Les Animaux Fantastiques…), Harris Dickinson (Darkest Minds : Rébellion…) joue les princes charmants à la chemise ouverte – mais sans chaîne en or qui brille – tandis que le trio Imelda Staunton, Juno Temple et Lesley Manville incarnent à nouveau les trois bonnes (et inutiles) fées.

En conclusion, contrairement à ce que le manque de promotion autour du film semble indiquer, Maléfique : Le Pouvoir du Mal propose une suite conquérante, malgré ses difficultés à explorer ses ambitions noires dans un moule contraint par les ambitions familiales de Disney. Joachim Rønning signe néanmoins un divertissement solide, entraînant et visuellement plaisant devant lequel j’ai passé un bon moment – quitte à fermer les yeux sur les nombreuses ficelles du scénario. Bon, et peut-être aussi parce que je voue un culte à Angelina Jolie, allez savoir… 🙂 À voir !

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