Épouvante-horreur

[COUP DE CŒUR] Obsession, de Curry Barker

Le pitch : Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’Obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez !

Pour une fan de ciné, quelque soit le genre, il n’y a que de très rares moments où on repère un film plusieurs mois avant sa sortie et que ce dernier… ne déçoit pas. Et c’est exactement le cas avec Obsession de Curry Barker. J’étais tombée sur la bande-annonce il y a quelques mois et je m’étais dit : « tiens, ça a l’air pas mal ». Même si le concept du vœu qui tourne au cauchemar a déjà été vu et revu, notamment avec I Wish – Faîtes Un Vœu ou encore The Door. Le film de Curry Barker laissait entrevoir quelque chose de plus sombre, plus poisseux, avec une vraie envie de travailler le malaise plutôt que le simple gimmick fantastique.

Et effectivement, si Obsession ne révolutionne pas son point de départ, il l’exploite avec suffisamment de personnalité pour rendre l’ensemble étonnamment captivant. Derrière ce qui pourrait tenir sur un simple post-it – un jeune loser amoureux de sa meilleure amie fait un vœu qui finit par se retourner contre lui – Curry Barker construit un véritable petit cauchemar relationnel, où la romance idéale bascule progressivement dans quelque chose de profondément dérangeant.

Le héros, Bear, fonctionne d’ailleurs très bien parce qu’il est constamment sur une ligne étrange. Un peu lâche, maladroit, socialement paumé, parfois presque inquiétant dans sa posture de mec incapable d’exprimer ses sentiments autrement qu’en fantasmant une version idéale de la fille qu’il aime… mais jamais totalement antipathique non plus. Le film joue habilement avec cette ambiguïté et évite ainsi de transformer son personnage principal en caricature d’ »incel » pur et dur. On comprend sa solitude dès les premières minutes du film, tout en voyant très vite que son désir de contrôle va finir par lui exploser à la figure.

Mais la vraie force du film, c’est évidemment Nikki. Enfin… ce qu’elle devient après le fameux vœu. Curry Barker filme son actrice principale comme une apparition lugubre sortie d’un film de possession. Le regard fixe, les silences étranges, les postures figées dans l’ombre, les comportements qui oscillent entre la petite amie adorable et des attitudes profondément malsaines… tout fonctionne. Le réalisateur joue énormément avec l’obscurité et les contre-jours (même dans l’obscurité) pour rendre son héroïne presque irréelle et surtout inquiétante. Même lorsqu’elle est simplement immobile dans un coin d’une pièce, il y a quelque chose qui met immédiatement en alerte, comme si la normalité s’effritait à chacune de ses apparitions.

Et c’est probablement ce qui fait la réussite du film : Obsession ne fait pas spécialement peur, mais il maintient une angoisse permanente. Une tension bizarre, insidieuse, qui naît du fait qu’on ne sait jamais vraiment comment Nikki va réagir d’une scène à l’autre. La passivité du héros rend l’ensemble toujours plus instable, tant il cherche à faire comme si tout allait bien. Il tente égoïstement de se raccrocher à son fantasme de la copine parfaite, ce qui le rend de plus en plus dérangeant. Le film emprunte énormément aux codes classiques de l’horreur (silhouette dans l’ombre, comportements inquiétants, suspens, montée paranoïaque…) mais il les mélange constamment avec ceux de la romance toxique. Résultat : même quand on pense anticiper ce qui va arriver, le récit trouve souvent une nouvelle manière de déstabiliser et de surprendre, tandis que, paradoxalement, le curseur de l’empathie change en cours de route.

Là où beaucoup de films similaires auraient cherché à construire tout un lore autour de l’objet magique ou de la « malédiction », Obsession fait un choix beaucoup plus simple et beaucoup plus efficace : rester dans l’instant présent, se reposant sur la lâcheté passive du jeune homme. Le film ne s’embarrasse pas d’une enquête inutile pour expliquer l’origine du phénomène. Ce qui compte ici, c’est la descente aux enfers émotionnelle du couple et de la façon dont leur relation ricoche sur leurs entourages (deux rôles secondaires certes accessoires, mais nécessaires), à travers cette relation qui devient progressivement étouffante, invasive, presque maladive. D’abord mignonne et fusionnelle, le semblant de romance tourne à l’obsession et devient rapidement envahissante puis viscérale, comme une emprise palpable.

Il y a d’ailleurs quelque chose d’assez malin dans la façon dont le film détourne le fantasme de la petite amie parfaite. Impossible de ne pas penser par moments à la Ruby Sparks du film Elle S’Appelle Ruby, sauf qu’ici la logique romantique (mais tout aussi désastreuse) laisse progressivement place à un véritable bijou d’horreur psychologique.

Au casting : Michael Johnston (Teen Wolf, Espèces Menacées…) incarne à merveille ce jeune homme à la fois maladroit et exaspérant dans sa façon de laisser les choses empirer. Face à lui, Inde Navarrette (Superman et Loïs, 13 Reasons Why…) est incroyable, captivante et parfaite dans le rôle de cette figure obsessionnelle et dangereuse, tant tout son personnage (et le film en lui-même) repose sur son attitude changeante et inquiétante. Autour d’eux, des seconds couteaux incarnés par Cooper Tomlinson, Megan Lawless (The Hate U Give…) ou encore la participation d’Andy Richter (Madagascar, Monk…), peu mémorables mais nécessaires pour faire office de baromètre émotionnel au spectateur.

En conclusion : j’ai été agréablement surprise… et scotchée. J’ai été saisie par cette ambiance sombre, soulignée par une photographie habilement trouble et une direction d’acteurs franchement solide. Obsession réussit à transformer un concept ultra simple en thriller horrifique oppressant et étonnamment prenant. L’intrigue tient en haleine jusqu’aux dernières minutes et laisse surtout une impression assez rare pour ce genre de film indépendant : celle d’avoir découvert un réalisateur à suivre de très près, dans la lignée d’un Zach Cregger, d’un Ari Aster ou encore un Robert Eggers en devenir. Entre son sens du malaise, sa manière de filmer l’ombre et son approche très sensorielle de la tension, Curry Barker prouve qu’il a largement de quoi sortir du lot. Et honnêtement ? J’ai déjà hâte de voir ce qu’il fera ensuite. À voir.

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