[CRITIQUE] The Hate U Give – La Haine Qu’on Donne, de George Tillman Jr.

Le pitch : Starr est témoin de la mort de son meilleur ami d’enfance, Khalil, tué par balles par un officier de police. Confrontée aux nombreuses pressions de sa communauté, Starr doit trouver sa voix et se battre pour ce qui est juste.

Adapté du roman éponyme – et fictif – d’Angie Thomas, The Hate U Give – La Haine Qu’on Donne (THUG en plus court) raconte comment la vie d’une jeune afro-américaine a été chamboulée par la mort de son meilleur ami, tué lors d’un contrôle de police. Sur les traces de films tel que Fruitvale Station de Ryan Coogler (2014) ou du plus récent Detroit de Kathryn Bigelow (2017), le film de George Tillman Jr. (Les Chemins de la Dignité, Faster, Barbershop 3…) brasse de nombreux sujets sociaux qui font débat aujourd’hui.

The Hate U Give met un point d’honneur à montrer les injustices et la discrimination raciale qui perdurent aujourd’hui, avec une séquence d’ouverture frissonnante où un père explique à ses enfants comment bien se comporter en cas de contrôle par la police. Une discussion qui donne d’emblée une tonalité glaçante, illustrant le climat mêlant inquiétude, peur et danger dans une réalité bien palpable.

Ensuite, en suivant le parcours de Starr, une adolescente afro-américaine, The Hate U Give continue de développer des thématiques : la notion d’être Noir « dans un monde de Blancs » (comme le scandait l’excellent Dear White People) est explorée à travers son sentiment de non-appartenance aux différentes communautés dans lesquelles elle évolue, ayant d’une part son univers black (son quartier, ses amis, sa culture…) et de l’autre, sa facette temporisée (son école privée, ses camarades et petit-ami, son attitude…). Une thématique plus accessible pour ma part, car encore aujourd’hui, le ghetto (ou la banlieue pour la France) a des airs de cul-de-sac tant les portes semblent fermées à tout jamais pour qui souhaitent évoluer et traduisant à merveille cette personnalité dissociée que les ressortissants de l’immigration et/ou banlieusards apprennent souvent à développer (je parle d’expérience :P). Ce déséquilibre identitaire complexe et souvent méconnu permet de mieux comprendre le parcours de Starr ainsi que de comprendre son positionnement lorsque le drame surgit.
Car The Hate U Give démarre au moment où tout bascule. L’erreur du policier et la colère de la famille se retrouvent soudainement confronté à une menace taboue, les dealers de drogues du quartier, alors que le film cherche à faire entendre la voix de l’héroïne. C’est pourtant là que les choses se corsent.

D’un côté, George Tillman Jr. jongle avec des thèmes forts et collent pas mal de frissons en dénonçant des réalités qui font froid dans le dos. Les interrogatoires policiers qui cherchent à transformer une victime en coupable, le racisme ordinaire qui filtre à travers les échanges, le sentiment d’insécurité ambiant autour d’une famille soudée et portée par un père qui voit son passé revenir le hanter : The Hate U Give a énormément de choses à dire et semble vouloir se porter volontaire pour donner de la voix à une minorité incomprise. Le film cherche la réaction et scrute la moindre émotion qu’il communique au spectateur sans effort, alors qu’il tisse une trame teinté d’injustice et de confrontations.

Mais d’un autre côté, The Hate U Give s’embourbe. Au-delà du film que George Tillman Jr. en fait des tonnes et frôle souvent le mélo, le récit s’enlise et finit par aller à l’encontre des prémices suggérés par l’intrigue en changeant de cible en cours de route, pour accuser la communauté qu’il représente de créer ses propres problèmes. Certes, fondamentalement et dans ce cas présent, ce n’est pas faux, mais The Hate U Give était présenté comme un drame dénonçant les injustices liés au racisme et au « white privilege ». Au lieu de ça, je me suis retrouvé devant un énième film qui tente d’expliquer la « blackness » (wut ?) et s’enfonce dans ses propres clichés potentiellement pour plaire à tout le monde (enfin, un certain monde) et éviter d’en vexer certains. George Tillman Jr. choisit la facilité, probablement pour assurer l’accès mainstream de son film sur tous les écrans, ce qui dessert l’intérêt général du film et anéantit l’impact voulu. En lieu et place d’un film dénonciateur, The Hate U Give se transforme en film complice qui se rue dans des portes grandes ouvertes pour mieux courber l’échine afin de quémander l’approbation du « bossman ».

Du coup, malgré ses efforts pour égrainer une trame actuelle, le film refuse de se positionner sur son sujet premier, à savoir l’absence de conséquences lorsqu’un policier tue un jeune Noir non armé, malgré l’admission révoltante d’une société qui participe activement à entériner une forme de discrimination (notamment la scène où le personnage de Common, policier également, admet qu’il agirait différemment face une personne selon sa couleur). La facilité, c’est finalement de jouer le jeu des détracteurs en déplaçant le curseur sur des problèmes qui gravitent autour des personnages qui citent Martin Luther King à tour de bras tout en faisant des marches blanches toutes les cinq minutes, et de pointer du doigt les dealers de drogue qui mettent en danger des innocents – alors que ça n’a fondamentalement aucun rapport avec la mort de Khalil, au final – transformant petit à petit ses derniers en risque. The Hate U Give botte en touche avec une conclusion fastoche et moralisatrice autour de la haine qu’on transmet (comme le titre l’indique) autour de soi, au lieu de tendre l’autre joue. Moui, en attendant, reste un adolescent qui est mort parce qu’il tenait une brosse à cheveux et tout le monde s’en fiche puisque oh ! regardez, y a un dealer de drogue qui fait peur.

Au casting, du beau monde se bouscule (en espérant potentiellement participer à l’avènement du nouveau Selma). Globalement, l’ensemble reste solide, surtout Russell Hornsby (Creed 2, Fences…) qui donne le ton au film et est touchant dans son rôle de père dur à cuire. En tête d’affiche, c’est Amandla Stenberg (Darkest Minds : Rébellion, Everything Everything…) qui incarne Starr, convaincant malgré une écriture qui finit par rendre son personnage mièvre. Regina Hall (Girls Trip…) et Common (John Wick 2, Selma…) sont également présents, tandis qu’on retrouve beaucoup d’autres visages connus : Anthony Mackie (Avengers Infinity War, Detroit…) délaisse ses ailes de super héros pour jouer les gangsters, Issa Rae (Insecure…) est à l’aise dans son rôle d’activiste, tandis que Algee Smith (Detroit…), Sabrina Carpenter (Horns…) ou encore K. J. Apa (Riverdale…) complètent un ensemble dense.

En conclusion, si The Hate U Give partait de bonnes intentions, le film finit par se transformer en girouette à travers une histoire qui finit par desservir la communauté qui est sensée être représentée. Dommage, car George Tillman Jr. livre un drame souvent émouvant, qui met en évidence l’injustice d’un système judiciaire défaillant tout en omettant pas les problèmes multiples de la société actuelle (les ghettos, le « white privilege », la discrimination et le racisme ordinaire…). Cependant, parmi ses nombreux fils conducteurs, The Hate U Give finit par céder à la facilité et renonce à son format dénonciateur pour livrer un récit formaté afin de plaire à tout le monde, ou presque. A tenter, même si, sur des sujets similaires, on trouve bien mieux.

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