
Le pitch : Gemma, une jeune mère élève sa fille dans la maison de son enfance. Elle découvre qu’elle peut voyager dans le Lointain, ce royaume purgatoire des âmes perdues au cœur de l’univers d’Insidious. Lorsqu’une entité malveillante s’en prend à elle, Gemma révèle un pouvoir qui change tout : elle ne se contente pas d’entrer dans le Lointain, elle peut ramener dans le monde réel ce qui s’y trouve. Une fois que les démons prennent conscience de son pouvoir, notre monde devient alors leur terrain de jeu.
Le temps passe vite et mine de rien, cela fait déjà trois ans que le cinquième opus de la franchise Insidious, The Red Door, est sorti. Pour ce nouveau film, c’est le réalisateur Jacob Chase, repéré grâce à son court puis long-métrage Come Play (2020, ouep, en plein Covid), qui s’attelle à la lourde tâche de faire durer le cauchemar éveillé de la franchise.

Laissant de nouveau la famille Lambert de côté, Insidious : L’Invasion du Lointain s’intéresse à une autre histoire, prenant ses racines dans les traumatismes d’enfance de son héroïne. Entre une mère flippante et une grande baraque inquiétante, le film pose d’emblée une ambiance incertaine et malaisante, grâce à un cadre sombre et anxiogène. Une entrée en matière judicieuse car, si le récit soulève rapidement de nombreuses questions quant aux choix de vie du personnage principal (pourquoi rester dans cette maison, principalement ?), le scénario comble progressivement les trous sans jamais avoir à forcer le trait. J’ai ainsi apprécié ces savoureux moments où l’on observe un personnage agir avant de se dire, quelques scènes plus tard : « Ah, c’est donc pour ça qu’au début… ».

Mais avant d’en arriver là, Jacob Chase prend le temps de mettre en place son intrigue. Quelque part entre rêves lucides et cauchemars éveillés, la frontière entre la réalité et l’invisible se fragilise à mesure que le film avance, donnant lieu à plusieurs scènes réussies qui parviennent à faire monter le tensiomètre de quelques crans. Là où le réalisateur se montre plutôt audacieux, c’est lorsqu’il va puiser dans l’horreur ordinaire : Gemma étant dentiste, certains passages jouent naturellement avec des terreurs très rationnelles avant de basculer dans le surnaturel. Et autant dire que certaines scènes sont difficiles à regarder… et ne donnent franchement pas envie de prendre rendez-vous chez le dentiste !
Insidious : L’Invasion du Lointain attise ainsi l’angoisse et l’incertitude à mesure que son héroïne perd pied, oscillant entre malaise et imagerie un peu cracra. Une approche qui crée une boucle judicieuse avec l’introduction du film, tout en donnant progressivement son sens à cette fameuse « invasion » du Lointain.

J’ai surtout apprécié l’application apportée à une intrigue solide et engageante. Jacob Chase place ses pions tout au long du récit avant de les assembler peu à peu, du mystérieux trio flippant à la relation mère-fille qui se dégrade et semble reproduire les traumatismes du passé. Insidious : L’Invasion du Lointain tient relativement bien la route tout en conservant l’ADN de la saga, depuis ce Lointain qui regorge toujours de créatures peu ragoûtantes jusqu’au retour d’Elise qui, telle une super-héroïne, hante désormais littéralement la franchise. L’ensemble fonctionne simplement et sans effort particulier, porté par une intrigue bien ficelée et quelques moments d’angoisse efficaces, même si le dénouement perd en force lorsque le frisson cède progressivement sa place à une forme d’action plus conventionnelle et un poil contemplative.

Au casting : Si Lin Shaye (Insidious : The Red Door, The Grudge, Ouija : Les Origines…) est l’apparition incontournable des films Insidious, le film est portée par la méconnue Amelia Eve (The Haunting of Bly Manor…) qui, au-delà de sa ressemblance troublante avec Naomi Watts, livre une jolie performance à la fois captivante et angoissante. À ses cotés, la jeune Island Austin occupe l’affiche avec Maisie Richardson-Sellers (The Kissing Booth, Nine Perfect Strangers…) et Brandon Perea (Nope, Twisters…) en side-kicks plus ou moins utiles. À noter également le retour de quelques « visages » connus de la franchise, ce qui ajoutent un peu plus de frissons aux nouvelles créatures qui animent l’histoire en cours. Bref, il y a de quoi bien dormir après tout ça.
En conclusion, Insidious : L’Invasion du Lointain ne réinvente pas la franchise, mais exploite efficacement son univers grâce à une intrigue suffisamment solide et quelques belles montées d’angoisse. Un nouvel opus sympathique qui aurait néanmoins gagné à préserver jusqu’au bout le malaise installé durant sa première partie. À voir.

