Elle s’appelle Ruby – Faussement léger, vraiment bien foutu !

Bien foutu, agréable et léger… Voici les premiers mots qui me sont venus à l’esprit après avoir vu ce film. Mais ne vous méprenez pas sur le terme “léger”, car si on passe un très bon moment, on découvre finalement que Elle s’appelle Ruby est un doux virus qui s’insinue lentement tout au long du film, pour enfin apporter le coup de grâce au dernier moment. Léger, mais brillant.

Attendu au tournant après l’extraordinaire Little Miss Sunshine (2006), le duo Dayton-Faris prouve ici qu’ils n’ont rien perdu de leur goût pour la dissection des relations humaines. Dans leur précédent film, Dayton-Faris analysaient les liens du sang à travers une famille dysfonctionnelle, drôle malgré elle, pourtant très attachante ; dans Elle s’appelle Ruby se démarque et s’attarde sur une notion universelle, l’amour, toujours à travers un personnage tourmenté qui tombe amoureux d’une chimère qu’il a créée de toutes pièces.

Solitaire et renfermé, Calvin, écrivain à succès, est dépeint comme un homme discret et meurtri par une double tragédie (la mort de son père suivie par la rupture avec sa dernière petite-amie de longue date). Dans ce personnage marginal se cache une sensibilité mise à mal par la peur omniprésente de l’échec et du rejet, si bien qu’il a fini par s’isoler du monde, dans sa grande maison reflétant son succès passé mais aussi le vide de sa vie affective. Poussé par son psy, il se décidera à écrire sur cette fille dont il a rêvé, cette fille parfaite et idéale, orpheline et traînant de sacrés bagages, Ruby. Tout en l’inventant, Calvin tombera amoureux de Ruby et cette dernière prendra soudainement vie. Passé l’effet de surprise, Calvin choisira alors de poursuivre la relation qu’il entretenait avec cette dernière dans ses rêves.

Elle s’appelle Ruby pourrait passer pour une comédie romantique légère et sombrer dans le piège facile du conte de fée médiocre, s’il n’y avait pas eu à la barre des as de la narration et de la mise en scène subtiles et rythmées, qui ne perdent jamais de vue l’idée principale de cette fable originale. Rapidement, on se rend compte que leur histoire ne tient que sur un fil ténu : la volonté de Calvin a vouloir retenir dans sa bulle une personne qui a, tout d’un coup, son identité propre et qui ne dépend plus de son bon vouloir pour exister. Comment retenir un oiseau en cage quand il est fait pour voler ? *moment lyrique*

Petit à petit, on découvre une relation à sens unique, qui ne tient absolument pas compte des sentiments de l’autre, ce qui est totalement contradictoire avec la volonté du jeune homme de vouloir partager un sentiment amoureux avec Ruby. Alors qu’elle est pourtant devenue réelle, Ruby ne restera finalement qu’un fantasme modelé par Calvin, une projection de son désir, une marionnette ventriloque à qui il soufflera ses répliques. Qui est Ruby ? La femme de ses rêves ou la version de l’amour idéalisé de Calvin ?

Elle s’appelle Ruby nous renvoie à nos propres interrogations : l’homme/la femme parfait(e) dont nous rêvons nous conviendrait-il/elle réellement s’il venait à exister ? Aimons-nous la personne pour ce qu’elle est ou pour l’image qu’elle renvoie de nous-même ? Quel est l’équilibre idéal dans un couple entre notre conception idéale de l’amour et la réalité ? Et bien sûr, faut-il façonner l’être aimé afin qu’il se rapproche de notre idéal (ou se changer soi-même pour être en adéquation avec l’idéal de l’autre) ou bien l’accepter tel quel en prenant le risque de le perdre un jour ou l’autre ? L’amour, aussi magique soit-il, reste une chose bien complexe et fascinante : comment réunir deux personnes différentes autour d’un même sentiment, aussi fort soit-il ?

Le film nous offre quelques éléments de réponses (ou de réflexion) au cours de cette exploration ingénieuse et tumultueuse des différents stades de la relation amoureuse (la rencontre, le premier baiser, la vie de couple, les doutes, etc) entre le rêve et la réalité, allant même jusqu’à en inverser certains, ce qui donnera en fait toute son ampleur  et sa justesse au film, se concluant sur une fin qui, habituellement pourrait être jugée facile, mais qui finalement devient logique. On est bien loin des comédies romantiques habituelles, Elle s’appelle Ruby colle au maximum à la réalité loin des paillettes et des sourires ultra-bright, ce qui permet au spectateur de mieux s’identifier aux personnages surexposés et donc de s’y attacher (je ne peux m’empêcher de penser au film 5 ans de réflexion, de Nicholas Stoller, qui, dans une perspective bien différent, avait également ce réalisme rassurant).

Coté acteurs, on retrouve Paul Dano, découvert en pleine crise d’adolescence dans Little Miss Sunshine, beaucoup plus bavard et expressif, pour notre plus grand plaisir, accompagné par Zoe Kazan, géniale dans le rôle surprenant de la pétillante Ruby. Annette Benning et Antonio Banderas sont les surprises du casting, incarnant la mère et le “beau-père” de Calvin, les parents décalés et Chris Messina est le frère, Harry, le confident incrédule (et un peu jaloux ?).

En conclusion, même si Little Miss Sunshine est largement au dessus, Elle s’appelle Ruby n’a pas à rougir tant le film charme et interpelle aussi bien par sa simplicité que par son ingéniosité  laissant le spectateur repartir avec un sourire aux lèvres. Un vrai feel-good movie, comme on dit.

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