Drame, Thriller

[CRITIQUE] Histoires de la Nuit, de Léa Mysius

Le pitch : Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine, Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés…

J’ai découvert la réalisatrice Léa Mysius avec son second film, Les Cinq Diables (2022), sorti cinq ans après son premier long-métrage, Ava. J’avais beaucoup aimé la façon dont le film explorait les non-dits du passé et surtout leur manière de se répercuter sur le présent d’une petite famille. Adapté du roman éponyme de Laurent Mauvignier, paru en 2020, Histoires de la Nuit suit une trajectoire assez similaire et permet à la réalisatrice de rester en terrain connu.

Thriller noir et tendu, Histoires de la Nuit suit une famille dont le quotidien bascule lorsque trois inconnus débarquent chez elle en quête de réponses, ciblant principalement Nora. Comme les personnages secondaires, le spectateur avance d’abord à l’aveugle, tandis que les principaux protagonistes semblent se partager un secret dont on ignore encore tout. Qui sont ces hommes ? Que veulent-ils ? Et surtout, qu’est-ce que Nora refuserait de révéler ?
Le film de Léa Mysius entretient habilement le mystère et fait monter la tension à mesure que le passé se dévoile au compte-gouttes.

Sur ce terrain, l’ensemble est plutôt solide et crée suffisamment d’attente pour donner envie de découvrir ce qui se cache derrière cette étrange intrusion. La mise en scène joue beaucoup sur le sentiment d’étouffement, nous enfermant dans deux huis clos voisins, plongés dans l’obscurité d’une nuit qui semble ne jamais vouloir finir. Léa Mysius installe ainsi un climat d’angoisse et de menace permanent, sans véritable temps mort. Les personnages sont malmenés par leurs visiteurs et, plus les minutes passent, plus toute issue positive semble impossible au fond de cette nuit d’encre.

Le problème, c’est justement que la révélation n’est jamais vraiment à la hauteur de la tension et de la menace déployées jusque-là. À force de faire monter la sauce, Histoires de la Nuit promet quelque chose de beaucoup plus sombre et vertigineux que ce qu’il finit réellement par raconter. Certains personnages sont même littéralement sacrifiés au profit d’une soif d’indépendance, certes habilement transmise de mère en fille, mais qui donne l’impression de faire énormément de bruit pour finalement pas grand-chose.

Car derrière toute cette pagaille, Histoires de la Nuit semble parfois patiner sur le sens qu’il souhaite donner à son récit. En multipliant ses effets, l’ensemble paraît davantage préoccupé par l’idée de durcir le trait du matériau d’origine afin de le rendre plus cinématographique. C’est d’autant plus frustrant que le film m’aura tenue sur le fil du rasoir pendant une bonne partie de son récit, avant de s’étirer jusqu’à un final étonnamment expédié. J’aurais aimé que la révélation soit à la hauteur de l’épaisseur du mystère et que toute cette noirceur débouche sur une conclusion plus tranchée et radicale. À la place, le film se referme sur une trahison assez lambda, laissant une impression d’inachevé. Dommage.

Au casting : la magnétique Hafsia Herzi (La Petite Dernière, La Prisonnière de Bordeaux, Borgo…) continue de faire la gueule, comme dans 90% de ses films 😂 et pourtant ça marche à chaque fois. Ou presque. Autour d’elle, Benoît Magimel (Rosalie, La Passion de Dodin Bouffant, Pacifiction…) se prend pour le Parrain, épaulé par un Paul Hamy (Rapaces, Louise…) en surchauffe et Alane Dehaye. On retrouve aussi Bastien Bouillon (L’Affaire Bojarski, Partir Un Jour, Le Comte de Monte-Cristo…) en mari frustré et un poil castré dans le récit. Au milieu, la jeune Tawba El Gharchi incarne une pré-ado, dont la rébellion se nourrit surtout des non-dits des adultes, ne supportant plus les interdits qu’on lui impose sans explication. En retrait, Monica Belluci (Beetlejuice Beetlejuice, Spectre…) est de la partie et, comment dire, anecdotique.

En conclusion, Histoires de la Nuit réussit donc mieux à installer le malaise qu’à donner du poids à ce qui se cache derrière. Léa Mysius livre un thriller nocturne prenant sur le moment, mais dont les promesses se dissipent malheureusement avec l’aube (ou le générique final). À tenter.

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