Épouvante-horreur

[CRITIQUE] Resident Evil, de Zach Cregger

Le pitch : Bryan, coursier médical, s’engage dans une course effrénée pour survivre, alors qu’autour de lui le monde s’enfonce dans un chaos total.

Cela fait 24 ans que la première adaptation de Resident Evil est apparue sur nos écrans. Dans les années 90-2000, bien avant que Hollywood ne se passionne pour les super-héros, les studios adaptaient déjà à tour de bras les jeux vidéo à succès : Street Fighter, Tomb Raider, Silent Hill, Hitman, Prince of Persia… Beaucoup se sont crashés en plein vol, rares sont ceux qui ont durablement marqué les esprits. Plus rares encore sont ceux qui peuvent se targuer de la longévité et de la rentabilité de Resident Evil, malgré la qualité très discutable de ses adaptations.

De 2002 à 2017, la franchise est portée par le duo Milla Jovovich/Paul W. S. Anderson (mariés ensemble depuis 2009 au passage) et développe, autour du personnage inédit d’Alice, six films à l’histoire parallèle aux jeux. Umbrella Corporation, virus, zombies et créatures sont bien au rendez-vous, mais les films deviennent rapidement leur propre caricature : ralentis à outrance, personnages en carton, jeux d’acteurs discutables et scénarios aussi épais que du fil dentaire… Les films étaient souvent plus proche du nanar que du succès attendu.

Pourtant, Resident Evil continue de rapporter de l’argent et se décline en parallèle en films d’animation liés aux jeux, de Degeneration (2008) à Death Island (2023), ainsi qu’avec la série Infinite Darkness (2021). Toujours en 2021, Welcome to Raccoon City tente de relancer la franchise au cinéma en revenant davantage aux jeux, sans parvenir à lancer la saga. Netflix s’y essaie à son tour avec une série live-action en 2022, annulée après seulement huit épisodes. 2 décennies plus tard, Resident Evil aura donc tout essayé : personnages originaux ou issus des jeux, blockbuster d’action, horreur, animation, cinéma ou série… À force, l’annonce d’un énième film cette année n’avait franchement plus de quoi provoquer l’excitation.

Par contre, le réalisateur choisi, lui, m’a fait dresser une oreille attentive. En effet, pour ce nouvelle opus de Resident Evil est réalisé par Zach Cregger, une étoile montante du cinéma d’horreur récent après le succès des films Barbare (2022) et Évanouis (2025).

En tapant dans le haut du panier, le studio derrière la franchise vise le haut du panier et une réconciliation brute entre Resident Evil et l’horreur. Est-ce que ça a marché ? La réponse est un grand oui. Grande consommatrice de films d’horreur, rares sont ceux qui parviennent aujourd’hui à me surprendre (surtout avec un concept aussi classique) au point de me faire sursauter et, je l’avoue, crier. Et pas simplement à coups de jumpscares faciles, comme un téléphone qui sonne brutalement, mais en installant une véritable atmosphère haletante et anxiogène. Et ça, Zach Cregger sait particulièrement bien le faire. Avec son concept original, éloigné de l’intrigue des jeux vidéo tout en baignant pleinement dans leur univers, ce nouveau Resident Evil propose un cocktail survivaliste et horrifique particulièrement efficace, qui maintient en haleine du début à la fin.

Par moments, j’ai presque eu l’impression de tenir la manette tant la mise en scène emprunte aux codes du jeu vidéo. On suit un coursier chargé d’effectuer une livraison à Raccoon City, dans ce qui ressemble rapidement à une véritable mission : survivre, explorer, récolter des indices ou des armes, franchir les obstacles, puis passer à l’étape suivante. Le film épouse tellement cette logique vidéoludique que même certaines décisions potentiellement illogiques du héros finissent par passer naturellement : il n’agit plus seulement comme le personnage d’un film d’horreur, mais comme un avatar que l’on accompagnerait de niveau en niveau.

Visuellement, le film baigne dans un univers nocturne et poisseux, où Zach Cregger exploite intelligemment les zones d’ombre pour faire monter la tension ou laisser l’imagination du spectateur combler les trous. Le hors-champ devient parfois plus inquiétant encore que ce qui apparaît à l’écran. Les effets visuels, mélange de motion capture et de CGI, donnent notamment vie à plusieurs créatures issues des jeux, sans pour autant laisser les néophytes sur le carreau.

Dense, flippant mais aussi particulièrement fun, ce nouveau Resident Evil trouve un bel équilibre entre survival horror, action et humour. Quelques touches comiques salvatrices permettent de relâcher ponctuellement la pression, tandis que la ténacité improbable de son héros participe largement au plaisir. J’ai passé la moitié du film en apnée et l’autre les yeux écarquillés.
Autant j’avais trouvé, avec le recul, Évanouis un poil surcoté, autant cette fois, je valide Zach Cregger les yeux fermés. Et il fallait bien ça pour ressusciter une franchise qui revient de très, très loin ! Le public semble d’ailleurs être au rendez-vous : avec environ 108 millions de dollars récoltés dans le monde pour son premier week-end, le film signe le meilleur démarrage de la franchise. Quelle belle époque pour être fan de films d’horreur !

Au casting : Austin Abrams (Évanouis, Scary Stories, Dash & Lily…) porte le film sur ses épaules quasiment en solitaire, conquérant dans son rôle de coursier vaillant, accessible dans ces moments de frousse ou de fragilité. Personnellement j’aurai baissé les bras bien avant 😂 À l’affiche, quelques visages familiers viennent animer la trame comme Paul Walter Hauser (The Naked Gun, Vice-Versa 2…), Zach Cherry (Fallout, Severance…) ou encore Kali Reis (True Detective, Reconnu Coupable…), tandis que Sara Paxton (Barbare, Évanouis…) et le réalisateur Zach Cregger font des apparitions vocales.
Et un grand bravo aux cascadeurs et danseurs qui ont donné vie à de nouveaux cauchemars sur (multi)pattes.

En conclusion, Resident Evil retrouve enfin l’horreur, la tension et surtout le plaisir de jeu qui lui manquaient sur grand écran. Zach Cregger ne se contente pas de ressusciter la franchise : il lui offre probablement sa meilleure adaptation à ce jour. À voir !

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