Dans la maison : le voyeurisme selon Ozon

Deux ans après le joyeux Potiche, François Ozon nous revient avec un drame captivant adapté d’une pièce espagnole “Le garçon du dernier rang”. C’est l’histoire d’une rencontre étrange entre un professeur de français blasé et un élève à la plume sardonique et efficace qui, dans ses devoirs, dévoile une fascination plutôt malsaine envers la maison et la famille d’un de ses camarades de classe.

Le pitch : Un garçon de 16 ans s’immisce dans la maison d’un élève de sa classe, et en fait le récit dans ses rédactions à son professeur de français. Ce dernier, face à cet élève doué et différent, reprend goût à l’enseignement, mais cette intrusion va déclencher une série d’événements incontrôlables.

Démarrant par une histoire assez banale, en fin de compte, Dans la maison tisse une toile qui embourbe aussi bien les personnages du film que le spectateur, tous unis par le fil de la curiosité plus ou moins déplacée mais tout aussi avide. D’un coté, Claude, l’élève brillant mais inquiétant qui réussit à attirer son professeur, M. Germain, dans son jeu troublant et malsain. A la fois manipulé et complice, le professeur devient rapidement demandeur, accro comme à une drogue, de cette intimité v(i)olée, allant même jusqu’à enfreindre les règles pour avoir une nouvelle dose. L’un nourrit l’autre de son savoir et son expérience, recevant en retour les morceaux choisis de la vie d’inconnus, oscillant entre la fiction et la réalité. A partir de quel moment le fantasme prend-il le pas sur la réalité ?
De l’autre coté, il y a nous, les spectateurs, curieux de savoir jusqu’où cela va aller, impatients de connaître l’issue, pris également dans cette intrigue où la frontière devient mince entre la curiosité et le voyeurisme. Autour d’une mise en scène intelligente, faisant penser à des épisodes de séries (chaque récit se terminant par les mots “à suivre”), Ozon choisit de se concentrer essentiellement sur Claude, brillamment interprété par Ernst Umhauer, qui sera aussi bien le narrateur que le baromètre émotionnel du film. Au fur et à mesure que le professeur s’enlisera dans son addiction, l’adolescent se dévoilera, passant d’un jeune homme perturbé à un jeune garçon sensible.

Dans la maison a tout du huis-clos étouffant, sans vraiment en être un, car si la maison n’est pas le seul lieu film, elle est cependant omniprésente : si les personnages n’y vivent pas, c’est qu’ils y pensent.. Tout est consigné en détail : les lieux, la cellule familiale, les habitudes et les liens des membres de la famille… Trouver le coeur avant d’injecter son venin. Ce film réinterprète l’adage “l’herbe est toujours plus verte chez les autres” et nous confronte à nos démons intimes, l’envie d’être une minuscule souris afin de pouvoir épier la vie des autres sans être pris en flagrant délit, certainement dans le but de normaliser sa propre existence. Malgré tout, Dans la maison nous laisse quelque peu sur notre fin. Y a-t-il un secret à découvrir ? Où est l’intérêt ? Pourquoi avoir choisi cette famille, tout ce qu’il y a de plus banal ? Tant de simplicité risque de desservir ce film, car même si on finit par comprendre le choix de Claude, on aurait pu s’attendre à quelque chose d’un peu plus sulfureux. Au final, la question que l’on pourrait se poser est : Claude était-il bien réel ou n’était-ce qu’en fait l’alter ego du professeur, une sorte de projection tangible née de son ennui, servant à satisfaire sa curiosité et une envie latente de s’extraire de sa routine quotidienne ?
D’ailleurs, la dernière scène du film sème le doute… Ce qu’on pourrait reprocher au film, c’est tout de même cette fin un peu frileuse qui épargne la famille épiée, la laissant en dehors du jeu alors qu’elle en est pourtant l’élément central.

Côté acteur, Fabrice Luchini incarne le professeur, M. Germain, avec brio, comme d’habitude (ou alors mon admiration pour cet acteur m’empêche d’avoir un avis critique). A ses cotés, Kristin Scott Thomas, la femme de M. Germain qui s’entiche également des récits de Claude, l’accompagne et le complète, tentant au départ de résister puis succombant à son tour. Deux acteurs talentueux que l’on ne présente plus. Et bien sûr Ernst Umhauer (Le Moine, de Dominik Moll) électrise le film, je reste marquée par son visage expressif et son regard magnétique, si bien qu’il n’avait pas besoin de prendre la parole pour nous faire partager ses émotions, lors de ses intrusions dans la maison. Emmanuelle Seigner apportera la seule touche de douceur dans ce film qui devient toujours plus sombre de minutes en minutes.

En conclusion, Dans la maison captive et maintient en haleine, peut-être parce que c’est une maison simple et normale. Alors pourquoi vouloir s’immiscer dans ce cocon familial ? Laissez-vous tentez, il y a toujours un moyen d’entrer.

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