
Une semaine après la sortie du discutable Paranormal Activity 4, le très attendu Sinister débarque enfin sur nos écrans. Grâce à un acteur reconnu en tête d’affiche, Ethan Hawke, Sinister s’accordait une rassurante crédibilité d’office et s’annonçait déjà comme LE film d’horreur à voir, bien plus mature et angoissant que la soupe pour teenager qui nous est servie de nos jours. Verdict ? Sinister est clairement flippant… pendant les 2/3 du film. Après c’est la cata.
Le pitch : Ellison est un auteur de livres à succès où il enquête sur des crimes non résolus. En emménageant dans la maison où une famille entière a été assassinée, à l’exception d’une petite fille portée disparue, il ne tardera pas à découvrir une boite contenant des films en super 8. Dans chaque film, une famille différente y est assassinée. Rapidement, Ellison enquêtera sur l’origine de ces meurtres, au risque de mettre sa famille en danger…
Malgré le succès controversé de films d’horreur “kikoolol” tels que Paranormal Activity où l’idée originale du “found footage” est joyeusement saccagée et où l’angoisse se résume à filmer une pièce sombre pendant des heures en attendant fébrilement qu’une porte s’ouvre (même pas en grinçant), Scott Derrickson, le papa de L’Exorcisme d’Emily Rose (2005), prend le risque de revisiter les codes du cinéma d’horreur. Pourquoi le risque ? Tout simplement parce qu’aujourd’hui, n’importe quel film dit d’horreur démarre au quart de tour et n’hésite plus à mélanger les genres (gore, slasher, survival) pour épater la galerie et laisser un souvenir marquant. Sinister n’est pas de ce bord-là, non monsieur.
Plus adulte, plus sombre, plus angoissant, Sinister joue avec nos peurs intimes en imposant une atmosphère dérangeante et secrète au sein d’un décor faussement banal (le cocon familial). Mais plutôt que de nous en mettre plein la vue dès les premières minutes, Sinister prend son temps et tisse tranquillement sa toile, sans omettre de nous faire sursauter de temps à autres avant d’entamer le plat de résistance. En s’inspirant largement des grands classiques (Amityville, The Haunting…), on y retrouve les éléments-clé du film d’épouvante, tels que la grande maison familiale et sa pièce effrayante par définition (ici, le grenier), une présence intangible et effrayante, une porte qui bouge ou un gros plan faussement mal cadré pour qu’on ne puisse pas louper ce qu’il va se passer en arrière-plan… Et surtout une BO obsédante qui accompagne parfaitement le film (bon, ok, c’est un peu pareil dans Insidious, normal c’est la même équipe). Sinister abat ses cartes les unes après les autres et le frisson est au rendez-vous. Tout y est et plus, Scott Derrickson a manifestement fait ses devoirs et ça marche. Entre curiosité et trouillomètre dans le rouge, on est pris immédiatement conquis par Sinister et sensibles au moindre (re)bondissement.
Doté une mise en scène efficace, même si parfois attendue, Sinister revisite également le found footage sous un autre jour, intelligemment intégré dans la trame du film cette fois pour ajouter une touche d’angoisse. Le choix des vidéos en super 8 n’est certainement pas anodin, le grain et l’instabilité de l’image captivent et nous font participer en nous poussant à fouiller les détails, tout en donnant un coté old school au film. Bien joué, encore une fois.
Malheureusement, à force de jouer les bons élèves (ou de pomper sur les autres, au choix), Sinister devient de plus en plus prévisible et à partir du moment où on arrive à deviner la suite, la magie s’arrête. Pourtant Sinister grouille d’idées intéressantes, jamais exploitées car les scènes effrayantes se succèdent sans se rejoindre et les débuts de réponses sont abandonnés en cours de route (les peintures de sa fille ou les terreurs nocturnes de son fils, par exemple). Petit à petit, on finit par se lasser de la bêtise du personnage et de ses réactions stupides (allume la lumière !!). Après avoir lanterner pendant près d’une heure en enchaînant vidéos sur vidéos, coupures d’électricité et du blabla inconsistant, Sinister réalise soudain qu’il ne va nulle part et se décide enfin à passer la seconde pour entamer un dénouement hâtif et bien en deçà de nos espérances. Le twist final est un flop déconcertant et ne surprend plus personne, d’une part parce que sa narration s’embourbe dans une légende surnaturelle et hasardeuse (tiens, comme Insidious !) mais aussi parce que c’est trop facile de terminer sur une fin aussi bâclée… Pire, on a finalement pas de véritable réponse sur l’origine du mal qui hante le film, ce qui laisse finalement un goût amer car si la première partie du film est plutôt flippante, la conclusion (ou son absence d’ailleurs) gâche presque tout. Sans parler de la toute dernière image, téléphonée au possible, nous rappelant finalement que le producteur de ce film a également pondu des bouses (Paranormal Activity, donc). Une demi-heure supplémentaire n’aurait peut-être pas été de trop, histoire d’étoffer un peu plus le scénario.
Coté casting : bien évidemment Ethan Hawke porte le film sur ses épaules et s’en sort à merveille. C’est d’ailleurs l’un des rares points positifs du film… Le reste du casting fait acte de présence. Au risque de spolier le film, je suis déçue, après coup, de la prestation de Clare Foley dont le personnage (Ashley) aurait mérité d’être plus approfondi.
En conclusion, tout comme l’a été Insidious l’année dernière, Sinister a failli être le film d’horreur de l’année et se rate de peu, malgré une première partie réussie, en se vautrant pendant la dernière ligne droite. Heureusement, le film sera très certainement sauvé par la polémique qui traîne autour de Paranormal Activity 4 et surtout, par tout les ados en mal de sensations fortes qui en rajouteront une couche en hurlant toutes les cinq minutes…

