Rengaine : Un monde en « noir et beur » dur et dérangeant

Dur comme la pierre, Rengaine n’a rien du conte de fées. Aussi sombre et dangereux que le sujet qu’il traite, Rengaine fait l’effet d’un coup de poing. On en ressort estomaqué, chamboulé, choqué… Que l’on soit de nature tolérante ou pas, ce film ne vous laissera certainement pas indifférent. Rachid Djaïdani nous offre un film puissant et brut.

Le pitch : Dorcy est Noir et chrétien. Il aime Samia, une jeune femme Maghrébine, et veut l’épouser. Sauf que Samia a 40 frères et rapidement, la nouvelle viendra aux oreilles de Slimane, le grand frère traditionnel et buté : pas de mariage entre les Noirs et les Arabes. Ce dernier part alors à la recherche de Dorcy afin d’empêcher ce mariage…

Sur un air qui qui pourrait vaguement rappeler l’histoire de Roméo et Juliette, Rengaine met à nue une vérité implicite et dénonce le racisme sous toute ses formes, ici souvent déguisé en conviction religieuse. Alors que Dorcy et Samia vivent leur amour avec insouciance, nombreux sont ceux qui se permetteront de juger et de crier au scandale. Toujours la même rengaine : des opinions apprises par coeur, affirmées et arrêtées, assénées comme si elles se suffisaient à elles-mêmes, par habitude et sans même chercher à comprendre. Les Noirs et les Arabes ne se mélangent pas, un point c’est tout.

On est loin de l’histoire à l’eau de rose, chez Djaïdani, c’est même tout le contraire. Rengaine se focalise sur le parcours de Slimane et appuie là où ça fait mal, le respect (aveugle) de traditions (datées ?), la place de Samia au sein de cette immense fratrie tout en exacerbant l’absurdité de ce rejet si violemment exprimé. Injuste et sélectif, le monde de Slimane se superpose à celui de Dorcy, doux artiste rêveur, inconscient des ségrégations qui l’entoure et qui se retrouvera malgré lui confronter à ces idées extrêmes. Deux mondes qui évoluent en parallèle, l’un est fermé et intransigeant, tandis que l’autre est plus ouvert et un peu lunaire.

Rengaine dérange par sa brutalité et sa dureté face à un sujet souvent laissé de coté ou carrément édulcoré dans des films plus lisses (Il reste du Jambon, d’Anne Depetrini en 2010 ou encore Mauvaise foi de Roschdy Zem en 2008) mais jamais abordé de manière aussi frontale. L’odyssée de Slimane, suivie par une caméra fougueuse et intimiste qui colle aux visages comme les idées collent à la peau des intolérants, nous dévoile un monde vu avec des oeillères et figé, où même ses propres sentiments n’ont pas leurs places.

Rengaine ne prend aucun parti, laissant le spectateur libre de se faire son opinion. Néanmoins, le film n’épargne aucune communauté ni aucun genre, Rengaine livre une vérité acerbe et violente dans son développement, que ce soit par l’image ou les dialogues (vocabulaire “de rue”), portant un regard impitoyable sur ses personnages réalistes. La mise en scène est surprenante, le chaos ambiant donne l’impression d’avoir affaire à un film amateur alors qu’au final Rachid Djaïdani, récompensé au Festival de Cannes, au Festival de Deauville et au Festival international du film indépendant de Bordeaux, décrit parfaitement son propos par ses gros plans et cette caméra faussement instable représentants, je pense, l’esprit étroit et étriqué de cette rengaine toujours injustifiée. Djaïdani fait preuve d’originalité à travers une scène tendue et insoutenable qui trouve si bien sa place dans le film que l’on comprend au dernier moment à quel point Rengaine a réussi son coup, en nous enfonçant dans ce monde noir et inquiétant.

Coté acteurs : Slimane Dazi (vu dans Un Prophète, en 2009) incarne Slimane, ce grand frère inquiétant avec brio et une certaine froideur qui ajoute de l’intensité à son rôle. A ses cotés, une pléiade de comédiens, tantôt drôles, tantôt détestables, dans lesquels on retrouve Stéphane Soo Mongo aka Dorcy, le léger rayon de soleil du film qui nous arrachera un sourire (crispé) de temps à autre.

Au final, l’avis que l’on se fait de Rengaine dépend des propres convictions. Pour ma part, étant à 100% pour le métissage, Rengaine m’a plutôt bousculée par sa rudesse criarde et je lui en ai voulu de m’avoir montré un monde auquel je n’adhère pas. Rengaine agresse mais fait finalement écho à des propos que j’ai pu entendre. Le fond de vérité de ce film est indéniable et l’absence de parti pris de Djaïdani renforce le message du film : fort et perturbant.

Il faut, cependant, du temps pour le digérer et les âmes sensibles devraient s’abstenir.

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