Hitchcock : Un trésor inexploité

Affiche Hitchcock, de Sacha Gervasi (2013)

Affiche Hitchcock, de Sacha Gervasi (2013)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat de Hitchcock est plutôt inattendu et curieux. Comme d’autres biopics précédents (Lincoln, My week with Marylin…), le film se consacre à un épisode en particulier de la vie d’Alfred Hitchcock. Ici, Sacha Gervasi, pour son premier long-métrage, s’attaque à un monstre avec un grand M et choisit de mettre en boîte un des moments les plus marquants de la carrière du célèbre cinéaste, à savoir la réalisation du cultissime Psychose. Si le film n’est pas vraiment à la hauteur de l’homme aux multiples facettes, il tente tout de même de susciter l’intérêt du public là où on ne s’y attendait pas, en multipliant les storylines anecdotiques autour du « film dans le film » avec des touches d’humour et de romance. Manque de connaissances sur le sujet ou envie d’attirer un large public ? Quoiqu’il en soit, Sacha Gervasi risque de s’attirer les foudres des fans d’Hitchock en désacralisant ainsi le mythe qui entoure le Maître du Suspens. Si vous vous attendiez à comprendre l’homme derrière la caméra, il vous faudra plutôt louer (ou acheter) un ou plusieurs de ses films cultes, si ce n’est pas déjà fait. Tenez-vous bien, avant de lire la suite, sachez ceci : Hitchcock est en fait une comédie !

Le pitch : Juste après la sortie de son dernier film à succès, La Mort aux Trousses, Alfred Hitchcock est à la recherche d’un nouveau projet risqué et différent. Lorsqu’il découvre l’histoire d’un meurtrier en série, il décide alors de réaliser Psychose contre l’avis de tous…

Hitchcock, c’est un peu le film qu’on appréhendait et, au vu de sa popularité en dent de scie, il y avait de quoi… Déjà parce qu’un biopic a toujours ce coté romancé qui fragilise sa crédibilité, mais aussi parce qu’Alfred Hitchcock était un homme à part, un génie mystérieux et perspicace ainsi qu’un fabuleux narrateur. Alors comment réduire sa vie, sa carrière légendaire et ses névroses en un seul film (d’une heure et demie) ? Quand le choix d’Anthony Hopkins pour le rôle-titre s’est confirmé, le doute a enflé : la ressemblance n’était pas évidente. Puis les premières photos sont sorties et le soulagement a été général : la ressemblance était là et, je peux le dire tout de suite, cela se confirme dans le film malgré certains gros plans malheureux. Il ne restait plus qu’à caser un scénario, adapté du livre de Stephen Rebello « Alfred Hitchcock and the Making of Psycho » et laisser faire la magie de l’écriture. A priori.
Rapidement, les premiers retours de la presse furent assez peu élogieux et quand le film a carrément été oublié des Golden Globes et des Oscars, le malaise s’est confirmé. « Pire », la prestation Helen Mirren, qui joue la femme d’Alfred Hitchcock, a été encensée et l’actrice a été nommée plusieurs fois tandis que le film en lui-même se contentera d’une nomination dans la catégorie « Meilleurs maquillages » aux Oscars. Où est donc passé Alfred Hitchcock ?

« You may call me Hitch, hold the cock. »

Autant dire que je m’attendais à du très mauvais, mais j’espérai avoir été trop influencée.
Hitchcock se révèle objectivement intéressant, entraînant et sympathique, tout en dressant un portrait humain du Maître, peut-être un peu trop d’ailleurs, et en titillant du bout du doigt certains dessous de tournage de Psycho, le fil conducteur du film. En parallèle, Hitchock s’attarde également sur la relation entre ce dernier et sa femme Alma, révélant ainsi la forte influence qu’avait cette dernière sur le réalisateur. Si on adhère à cette comédie officieuse, totalement dénuée de charme à cause d’une mise en scène simpliste, alors on peut facilement s’attacher au personnage clownesque et facétieux qui nous est présenté. Bon élève, Sacha Gervasi a fait ses devoirs (probablement sur Wikipédia) et se contente de lancer plusieurs hameçons en même temps en attendant d’avoir un prise. Au final, il a surtout réalisé l’exploit (et ce n’est pas tellement positif) de transformer un biopic sur Alfred Hitchcock, c’est-à-dire le réalisateur spécialisé dans les thrillers au suspens aiguisé tels que Sueurs Froides, L’ombre d’un Doute, Les Oiseaux ou encore Fenêtre sur Cour, en une œuvre légère digne d’un duo pathétique entre Cameron Diaz et Ryan Reynolds (mais en plus âgés). Le film qui est censé se situer autour du tournage de Psychose ne se concentre finalement que sur LA scène culte, à savoir celle de la douche, sans jamais révéler de secret de tournage ou d’écriture, ni même approfondir la relation qu’entretenait Hitchock avec ses actrices, se contentant de soulever quelques sous-entendus ambigus. Du coup, connaissant l’issue de toute l’histoire, le soufflé retombe et il n’y a plus que Helen Mirren et le fantasme louche d’un meurtrier cafardeux à se mettre sous la dent. Pour mieux enfoncer le clou, Sacha Gervasi tentera à donner un univers hitchockien à son film, comme une scène d’ouverture calquée sur les apparitions du réalisateur et en créant des jeux d’ombres avec son profil si reconnaissable, mais on est finalement loin, bien loin de l’atmosphère étouffante et haletante espérée qui aurait pu se traduire à travers la réalisation mouvementée de Psychose et la personnalité atypique d’Alfred Hitchcock.

Coté acteurs : Anthony Hopkins, méconnaissable en Alfred Hitchcock, réussit tant bien que mal à garder une contenance. Malheureusement desservi par un scénario faiblard, son personnage se fond dans la masse et on comprend aisément pourquoi il n’a reçu aucune nomination. A ces cotés, Helen Mirren lui vole la vedette, pétillante en Alma Reville, et coiffe au poteau les autres potiches femmes du film. En effet, Toni Colette, Scarlett Johansson et Jessica Biel sont reléguées à des seconds rôles inintéressants et font presque de la figuration.

Finalement, Hichcock est idéal pour un public vaguement intrigué par le Maître du Suspens, saura piquer leur curiosité au vif et éventuellement donner l’envie d’en savoir plus par ses propres moyens. Pour les fans et tous ceux qui espéraient plonger dans les méandres obscurs de l’esprit tortueux d’Alfred Hitchcock, le film ne sera qu’une vaste déception, quelque part entre la tromperie et le sacrilège. La question qui se pose aujourd’hui est : Hitchcock a-t-il été victime de nombreuses coupes au montage afin de plaire au tout-public ou Sacha Gervasi est-il tout simplement inconscient ?

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