Flight : Denzel le magnifique

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Après trois films d’animation (ou motion/performance capture), Robert Zemeckis (la saga Retour vers le futur, Forrest Gump, Seul au monde…) nous revient avec un drame percutant et sombre, dans lequel un acte héroïque est remis en question. Malgré ses airs de films catastrophe, Flight est surtout une exploration juste des affres de l’alcoolisme et de la dépendance dans ses heures les plus difficiles. Si parfois le sujet du film a tendance à s’égarer et qu’une certaine froideur s’en dégage, Flight se rattrape largement grâce à la prestation magnifique et captivante de Denzel Washington, mais aussi grâce à une écriture dynamique, inspirée de faits réels et sincère.

Le pitch : Alors qu’un problème technique survient sur son avion, le commandant de bord, Whip Whitaker, parvient à poser l’appareil et se voit considéré comme un héros. Mais l’enquête sur le désastre prouve que la réalité n’est pas aussi belle qu’elle le parait…

D’entrée de jeu, Flight capte notre attention et annonce la couleur avec une ouverture déconcertante et franche, où on découvre Whip (Denzel Washington) au réveil, encore « bourré de la veille » comme on dit, en compagnie d’une femme nue faisant des allers et retours dans la pièce (un petit air de Shame, de Steeve McQueen (2011), dont le thème était également lié à une addiction ?). Le film continue sur sa lancée vertigineuse et enchaîne avec une scène spectaculaire où on assiste à l’accident d’avion, réalisé quasiment en temps réel. Zemeckis nous enferme dans le cockpit, aux premières loges, et délivre une tension angoissante et palpable, renforcée par une mise en scène millimétrée, qui n’est pas sans rappeler la scène du crash dans le film Seul au monde du même réalisateur ou encore les dernières minutes du film Vol 93 de Paul Greengrass (2005). Un moment de panique qui ébranle aussi bien les personnages que les spectateurs, tous… sauf Whip qui réussit à garder un contrôle extraordinaire.
Aussitôt, Flight fait oublier les premières minutes du film, déséquilibrant ainsi le spectateur : l’a-priori négatif ressenti s’efface et place son personnage héroïque sous les projecteurs, forçant l’admiration et le respect. Un choix intéressant et intelligent qui illustre bien le conflit moral qui règne tout au long du film, car sur fond de catastrophe aérienne Flight se réapproprie le mythe du héros déchu et s’interroge sur la validité de ses actes en regard de sa conduite. Petit à petit, l’aura du héros s’égratigne et expose ses failles au spectateur qui aura bien du mal à s’y faire : cet homme qui, grâce à une manœuvre aussi incroyable que dangereuse, a pourtant sauver une centaine de vies et voilà qu’en fait ce n’est qu’un ivrogne doublé d’un cocaïnomane !

A travers une narration construite, Flight nous pousse à la réflexion, souvent inconsciente, alors que Zemeckis nous offre une vision d’une Amérique partagée entre sa morale accusatrice aveugle et sa quête constante d’une nouvelle idole. En surfant allègrement sur ses contradictions et plutôt que de brosser un portrait attendu et lisse du parfait héros qu’on aime malgré ses défauts, Flight surprend agréablement en plongeant vers la direction opposée et en jouant sa carte à fond. Petit à petit, on finit par vite oublier l’exploit des premières minutes, tant le tableau s’assombrit à une vitesse hallucinante : alcoolisme, mensonges, cocaïnomanie, déni… Parfois à la limite du soutenable, Flight est finalement un témoignage troublant et fort qui nous happe dans sa noirceur, jusqu’à en toucher le fond. On est tellement obnubilé par le personnage de Whip qu’on ne se rend compte bien plus tard du sérieux de sa maladie. Les rires amusés laissent place à des grincements gênés à chaque bouteille vide et l’atmosphère devient soudainement pesante voire inquiétante alors qu’on se demande comment il va s’en sortir. Entre prise de conscience douloureuse et une image publique à préserver, Flight se dirige tout droit vers une conclusion parfois prévisible mais néanmoins captivante, ne manquant pas de nous maintenir en haleine jusqu’au bout. Ce sont les véritables points forts du film : un pouvoir d’attraction magnétique qui émane aussi bien du personnage principal que d’une mise en scène habile et discrète, donnant ainsi toute sa valeur à un scénario crédible et authentique. Par ailleurs, le scénario de John Gatins a déjà été récompensé par une nomination aux Oscars dans la catégorie « Meilleur scénario original ».

Pourtant, malgré une intrigue déjà bien fournie oscillant entre la simplicité de son histoire et la complexité de son traitement, Flight semble ne pas parvenir à se contenter d’une seule histoire et a tendance à s’éparpiller. Entre l’enquête post-crash et les enjeux financiers entre les différentes compagnies liées à l’accident, Flight s’encombre de fils conducteurs inutiles au lieu de se focaliser sur son thème épineux qui, du coup, manque de sensibilité.
Certains pourraient également reprocher l’approche très religieuse du film : les références à Dieu sont très présentes dès le début (il ya 102 âmes dans l’avion, et non 102 passagers) et frôle parfois la caricature, souvent gênante et exagérée. Si Flight essayait de faire cohabiter Dieu et une brebis égarée dans un même film, l’essai est plutôt raté.

Coté casting : Denzel Washington, nommé aux Oscars dans la catégorie « Meilleur acteur dans un film dramatique » (et donc face à Christoph Waltz), livre une de ses plus belles performances et porte le film sur ses épaules. Charismatique et époustouflant, il incarne à la perfection un rôle ingrat et complexe, tout en réussissant à faire d’un homme aux abords détestables, un personnage attachant. Cet acteur toujours si digne et si impeccable, même dans ses rôles de salaud, devient parfois méconnaissable, n’hésitant pas à se salir les mains et à s’exposer pour la cause.
A ses côtés, Bruce Greenwood (Super 8) et Don Cheadle (Iron Man 2) tentent de se faire une place dans la lumière mais c’était sans compter sur les apparitions hilarantes de l’incroyable John Goodman (Argo), excellent dans son rôle de dealer. Kelly Reilly, surtout connue en France pour son rôle dans les films de Cédric Klapisch (L’auberge espagnole, Les poupées russes) et vue également dans les deux Sherlock Holmes de Guy Ritchie, est la rare touche féminine du film, malheureusement trop passive et effacée pour être vraiment appréciée.

En conclusion, Flight est une bonne surprise, aidé par une intrigue audacieuse et un acteur principal au sommet de son art. Le film est un peu à l’image de l’avion : une ascension rapide, suivie par une descente vertigineuse… Bouclez vos ceintures !

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