Les Stagiaires : une publicité pour Google, souvent drôle mais très prévisible

stagiaires

Drôle et divertissant, le film Les stagiaires a le mérite de surprendre là où on ne l’attendait pas. Le dernier film de Shawn Levy (La nuit au musée, Crazy Night, Real Steel), co-écrit par Vince Vaughn, ne payait pourtant pas de mine. Certes, le scénario est cousu de fils blancs mais il regorge toutes fois d’idées efficaces et hilarantes, menées par le duo qui avait si bien fonctionné dans Serial Noceurs (2005). Mixant à merveille et sans lourdeur le choc des générations, Les Stagiaires nous offre de nombreux gags surprenants et souvent déjantés. Et c’est tant mieux, car le reste du film est plutôt convenu et sans prise de risque, cheminant tranquillement vers son happy-end à l’américaine.

Le pitch : Billy et Nick, deux quarantenaires dont les carrières ont été pulvérisées par Internet, repartent à zéro en obtenant un stage chez Google, qui peut-être, débouchera sur un job. En compétition avec des petits génies de l’informatique tout droit sortis de l’école, ils vont devoir prouver qu’ils ne sont pas des dinosaures…

A première vue, Les Stagiaires n’a pas grand chose pour plaire. Vince Vaughn et Owen Wilson sont des acteurs à la fibre comique, provenant d’une époque où les films Frat PackLa légende de Ron Burgundy (2004) par exemple, rassemblaient la crème de la crème, avec un succès honorable outre-atlantique, mais assez mitigé en France. Cependant, ils ont une fâcheuse tendance à jouer le même type de personnages, ce qui peut provoquer une certaine lassitude chez le public. Personnellement, en voyant la bande-annonce et le synopsis, je m’attendais à une resucée du film Retour à la fac, de Todd Philips (2003), saupoudrée d’une grosse pub ambulante pour Google. Et bien je me suis plantée… enfin pas totalement.

Les stagiaires se démarque surtout grâce à sa vision très juste et moderne des deux générations que le film oppose. D’un coté, les quadras dépassés vendeurs de montre à l’heure du smartphone, bercés par le rêve américain dans lequel ils sont nés et qu’ils ont partiellement vécu ; de l’autre, la génération Y, connectée en permanence, à la fois geek et nerd, bien plus soucieuse de son avenir et empreinte d’un fatalisme qui contraste avec sa jeunesse. D’abord rejetés par les jeunes loups affamés de leur groupe de travail, nos deux héros vont devoir se mettre à la page rapidement tout en réussissant à s’intégrer à l’équipe. Même si on n’échappe pas aux leçons de morale pleine de sagesse toutes les deux minutes et aux stéréotypes un poil irritant, le film réussit à conquérir par sa finesse et son enthousiasme. En effet, aucun des deux mondes ne prend l’ascendant sur l’autre, Les Stagiaires trouve un équilibre intelligent permettant à chacun des personnages de se révéler, en puisant aussi bien dans la lucidité glaçante des jeunes que dans la légèreté naïve des plus âgés. Malgré toute cette bonne volonté, il faut admettre que la morale du film est très répétitive. Entre l’importance de travailler en équipe et le rappel constant qu’il faut profiter de sa vie, croire en ses rêves et rester optimiste, le film se transforme parfois en une porte ouverte vers le monde de Oui-oui où tout le monde est beau et gentil et où les méchants finissent par chuter. Mmmouais…

Mais en dehors de l’histoire prévisible de bout en bout, la force du film c’est surtout son humour constant et déjanté. Truffée d’idées brillantes et de références à la pop culture, le résultat est très souvent hilarant, nous laissant parfois bouche bée devant certains gags très créatifs. N’oubliant jamais de plaire à toutes les générations dépeintes dans le film, Les Stagiaires enchaînent les clins d’œil à des phénomènes populaires et intergénérationnels, de Harry Potter à Game of Thrones, en passant par Flashdance, X-Men et Retour Vers Le Futur. Assumé et un poil déjanté, Les Stagiaires n’est pas dupe et mise tout à travers ces scènes loufoques et inattendues, tandis que les pièces du puzzle se mettent en place. Entre romance et dépassement de soi, le film ne creuse pas bien longtemps ses rebondissements téléphonés, auxquels on ne finit par ne plus prêter attention.

Néanmoins, difficile d’oublier le message diffusé en toile de fond, à savoir la publicité constante pour Google. Après avoir présenté l’entreprise comme étant la plus cool du monde (ce qui n’est pas totalement faux non plus, entre la nourriture gratuite, la salle de sieste et l’environnement mi-playground, mi-sérieux…) avec la ferme envie de nous pousser à postuler illico chez eux, le film insiste assez lourdement sur l’esprit Google, surfant sur l’éternel american dream (que la crise ne semble jamais atteindre) et ses possibilités infinies. Une morale assez sucrée quand on sait que la réalité est tout autre, ce qui est assez paradoxal car, même dans le film, on peut réaliser à quel point les potentiels « Nooglers » sont triés sur le volet et que nos deux héros ont réussi à décrocher cette opportunité uniquement grâce à un coup de chance fumeux. Le film se veut bon enfant, fair-play oblige on s’autorise même le mot en F(acebook) alors que Google+ est à peine mentionné, mais reste finalement trop édulcoré et superficiel pour être un minimum crédible. Dommage, car finalement, le générique de fin regroupant toutes les marques et applications dérivées de Google suffisait. Cette insistance est assez étonnante, toutefois, se pourrait-il qu’à cause de sa notoriété Google soit en manque de candidatures ?

Coté casting, Vince Vaughn et Owen Wilson sont des pros du genre et remplissent parfaitement leurs contrats ; Rose Byrne a même l’air de discrètement s’amuser tout du long et Will Ferrell fait une apparition très remarquée. Entourés par une bande de jeunes acteurs, entrevus pour la plupart dans des seconds rôles, nous découvrons entre autres, la pétillante Tiya Sircar et l’hilarant Tobit Raphael.

Au final, malgré les nombreux couacs au compteur, Les Stagiaires propose un divertissement très agréable, amusant et optimiste, qui a presque tout pour plaire. Et si l’envie vous prend, par la suite, de postuler chez Google, ça se passe par ici.

God, are you there? It's us, Vince and Owen...

God, are you there? It’s us, Vince and Owen…

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