Noé, de Darren Aronofsky

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Quelque part entre la fascination et la surprise se trouve Noé, le dernier film de Darren Aronofsky. Très captivant et intense, Noé se démarque beaucoup de l’histoire initiale pour créer sa propre aventure extraordinaire et y insuffler une énergie puissante. Darren Aronofsky propose une réflexion très personnelle sur la religion, le libre arbitre et la place de l’homme dans un film inégal mais incroyablement déroutant.

Le pitch : Sur une Terre minée par les sacrilège des Hommes, Noé est chargé d’accomplir une mission cruciale : ériger une arche pour sauver l’humanité du cataclysme.

Le cinéma de Darren Aronofsky a toujours été synonyme d’étrangeté et de puissance, que ces sujets soient accessibles (la drogue avec Requiem For A Dream ou la folie avec Black Swan…) ou métaphysiques (The Fountain…). On ne ressort jamais indemne après un film de ce réalisateur, grâce à son univers particulier mêlant noirceur, métaphores et poésie afin d’ébranler son public et de le pousser à la réflexion (Requiem For A Dream est un parfait exemple), tout en creusant jusqu’à l’extrême le potentiel de ses personnages principaux. Avec Noé, Darren Aronofsky s’attaque à un sujet qui lui tenait à cœur. En effet, il est, depuis longtemps, fasciné par cette légente et, récemment, il a co-écrit et produit une bande-dessinée en trois tomes avec Niko Henrichon au dessin et John Logan au scénario. Un projet étonnant, car si le réalisateur n’a jamais caché son penchant pour le mysticisme, revisiter l’histoire de l’Arche de Noé est à la fois une idée osée et pourtant pas vraiment étonnante venant de sa part.

Dans un premier temps, il faut tenter de faire abstraction de la dimension religieuse du film, inévitable puisqu’il s’agit d’une légende biblique. C’est dans le traitement que Noé surprend, avec ses faux airs de thriller et de fresque fantastique, tandis qu’il observe à la loupe la nature humaine – son sujet favori, latent dans tous ses films. En effet, il ne s’agit pas seulement de l’histoire de Noé, de son contact avec Dieu, d’ailleurs expédié, le film est surtout un prétexte pour une étude viscérale de l’Homme, animé par ses propres croyances (démons ?) et confronté à la laideur des autres.
Dès les premières minutes, Noé dépeint un tableau très sombre, dans un monde chaotique et peuplé par des hommes si pervertis que même les anges déchus préfèrent leur tourner le dos. Dans une première partie captivante, Darren Aronofsky s’attarde sur ses différents personnages, notamment les membres de la famille de Noé, les scrutant jusqu’à ce que la vertu des uns se transforme en vice, tandis les autres s’enfoncent dans une noirceur extrême. Étrangement, le film ne cherche pas à élever ses personnages principaux au-dessus des autres, au contraire, et déroute en présentant une famille isolée menée par un patriarche autoritaire. Au lieu d’alourdir son film avec une surdose inutile de propagande religieuse, Noé questionne : à quel moment la foi laisse-t-elle place au libre-arbitre ? Alors que nous suivons la détermination de Noé, le film ne cesse de nous faire douter, entre la détermination aveugle de son personnage principal qui flirte souvent avec la folie et cette oscillation permanente entre le Bien et le Mal. Bien que nous connaissons plus ou moins les grandes lignes de cette histoires, Darren Aronofsky se demande « pourquoi lui ? », pourquoi cet homme légèrement obstiné et taciturne ?, pourquoi cette famille qui, finalement, n’est pas plus vertueuse qu’une autre ? Au fur et à mesure que le film avance, Noé offre quelques éléments de réponses, jusqu’au moment inévitable du déluge.

Si la première partie du film est divertissante et vraiment intéressante, la seconde partie du film perd pied et est nettement plus confuse. Au risque de faire un rapprochement plutôt osé, Noé a de grandes similitudes avec des films de possessions démoniaques, tels qu’Amityville – La maison du Diable (1979 ou 2005), tant le personnage principal semble possédé et déterminé à accomplir (ce qu’il pense être) la parole de Dieu, quitte à commettre l’irréparable. Alors que l’admiration laisse lentement place au doute et à l’incrédulité, il devient évident que Darren Aronofsky ne se contente pas uniquement de proposer un film aseptisé et sans saveur, mais une véritable réflexion sur la religion, de ses bienfaits à ses excès, sans aucun détour. Le développement autour du personnage de Noé est fascinant et parfois ahurissant, tant sa transformation radicale et inattendue ressemble à un cas de possession. Le film ne cesse de s’éloigner de la version biblique et bienveillante, pour finalement créer un récit bien moins reluisant, plus accessible et bouleversant.
La force de Noé vient surtout de sa trame très dense et du charisme de ses personnages principaux. Que l’on aime ou non le film, on est carrément happé par cette intrigue à la fois familière, car on y retrouve les grandes lignes de l’histoire de l’arche de Noé avec beaucoup de rappels symboliques (la colombe et la branche d’olivier), et nouvelle grâce à son point de vue très humain et sans fioriture. Darren Aronofsky soigne la psychologie abrupte de ses personnages, n’hésite pas à créer un parallèle entre l’absurdité (voire la cruauté) de la mission imposée par Dieu et les agissements de Noé, tout en réussissant à nous emporter dans son univers, à travers une mise en scène inspirée, rappelant parfois le style des vieux films mythologiques des années 50-60 (Jason et les Argonautes, La Toison d’Or…) ou osant le clin d’œil fugace au film de Cecil B. DeMill, Les Dix Commandements (1956).

Malheureusement, Noé est divisé en deux parties très inégales qui laissent un sentiment mitigé et déroutant. En effet, si on apprécie l’approche inédite de Darren Aronofsky, le résultat est encore trop confus et trop hésitant à bien des niveaux et, globalement, nettement moins réussi que les précédents film du réalisateur. Avec un tel sujet, l’overdose du message religieux était à craindre mais, en dehors de rares rappels inutiles, Noé reste assez ouvert et accessible, quelques soient nos convictions personnelles, mais élude assez maladroitement la question du repeuplement de la planète (…*rires gênés*…), sans parler des milliers d’animaux qui sont censés être abrités dans l’arche

Au casting, Russell Crowe (Robin Des Bois, Man Of Steel, Un Amour d’Hiver…) est excellent et très charismatique dans le rôle-titre, réussissant à nous entraîner d’un bout à l’autre du film sans effort. Face à lui, Ray Winstone (La Légende de Beowulf, Hugo Cabret, Blanche-Neige et le Chasseur…) réussit à s’imposer, toujours très juste dans ce rôle détestable.
Autour, nous retrouvons Jennifer Connelly (Requiem For A Dream, Un Homme d’Exception, Un Amour d’Hiver…) qui a su créer son atelier cuisine et jardinage pour s’occuper pendant tout le film, en dehors d’une scène remarquable où son personnage sort enfin de l’ombre ; Emma Watson (la saga Harry Potter, Le monde de Charlie, The Bling-Ring…), très attendue au tournant, est assez décevante surtout lors de la seconde partie du film tandis que Douglas Booth (LOL USA, prochainement dans Jupiter Ascending…) se fait voler la vedette par Logan Lerman (Percy Jackson, Le Monde de Charlie…), tantôt amusant, tantôt touchant dans son rôle de petit homme en rut. Enfin, Anthony Hopkins (Thor, Hitchcock, Red 2…) aurait peut-être mérité un rôle plus développé, étant donné son impact sur le film.

En conclusion, Noé était un pari risqué mais le film réussit créer la surprise et à étonner à travers un film dense et porté par un Russel Crowe impeccable. Darren Aronofsky propose une œuvre fascinante sur la nature humaine et son libre-arbitre, tout en remettant en cause la logique, s’il y en a une, de cette légende. Entre doute et ambition, Noé ne laisse pas indifférent et mérite largement d’être vu. De là à aimer le film… personnellement, je n’ai toujours pas décidé.

- And then? - And then I had peas. For the flavour, you know...

– And then?
– And then I add peas. For the flavour, you know…

3 réflexions sur “Noé, de Darren Aronofsky

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