Transcendance : Transcendé par l’ennui

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Plus fantasmé que fantastique, Transcendance était ambitieux à défaut de proposer quelque chose de nouveau. Si visuellement, le film de Wally Pfister est plutôt correct, sans être vraiment plaisant, le scénario peine à tenir la route. Long et mollasson, Transcendance se révèle assez plat et plutôt pénible, à travers une romance tiède, des incohérences grotesques et des ellipses temporelles douteuses. Si le nom de Johnny Depp continue d’attirer du monde en salles, ce film est à l’image de sa performance : fainéant.

Le pitch : Dans un futur proche, un groupe de scientifiques tente de concevoir le premier ordinateur doté d’une conscience et capable de réfléchir de manière autonome. Ils doivent faire face aux attaques de terroristes anti-technologies qui voient dans ce projet une menace pour l’espèce humaine. Lorsque le scientifique à la tête du projet est assassiné, sa femme se sert de l’avancée de ses travaux pour « transcender » l’esprit de son mari dans le premier super ordinateur de l’histoire. Pouvant désormais contrôler tous les réseaux liés à internet, il devient ainsi quasi omnipotent. Mais comment l’arrêter s’il perdait ce qui lui reste d’humanité ?

La technologie du futur pourrait-elle supplanter et effacer l’humanité ? C’est une question qui revient régulièrement dans les films de science-fiction, à travers des robots super intelligents (A.I. – Intelligence Artificielle, I, Robot…) ou une intelligence virtuelle (Matrix…). En attendant le moment où la réalité dépasse la fiction, ces films ont pour point commun d’explorer, finalement, l’avidité et la soif de contrôle de l’Homme, que ce soit guidé par un simple désir de pouvoir sans limite ou par une vocation initialement plus noble, celle d’améliorer l’être humain (quitte à annihiler tout libre-arbitre).
Pour son premier film, Wally Pfister choisit la seconde option, aidé par une carrière de Directeur de Photographie assez honorable, notamment auprès de Christopher Nolan (Mémento, la saga The Dark Knight, Le Prestige, Inception…). Malheureusement, Transcendance est le parfait exemple que cela ne suffit pas, entre ses nombreux problèmes de rythme et de creux dans la narration. Dès les premières minutes, Transcendance ne laisse place à aucune surprise, entre un discours d’introduction qui donne un peu trop d’informations sur l’issue du film, et un univers qui fleure bon le déjà-vu. Entre des explications scientifiques brumeuses et le déballage d’acteurs 3 étoiles en cinq minutes, Transcendance plonge rapidement dans le vif du sujet après avoir réussi à piquer notre intérêt en exposant un conflit prometteur entre ceux qui croit en la science et ceux qui craignent son absence de limite.

Mais rapidement, Wally Pfister n’arrive plus vraiment à maîtriser son fil conducteur, handicapé par de nombreuses incohérences et par un pitch de base tellement énorme, qu’il faut vraiment se forcer à y croire pour pouvoir avoir le courage de suivre le film. Dans un ensemble très bavard, Transcendance ne cesse de ressasser les mêmes idées et points de vues, en usant ses personnages jusqu’à les rendre inconsistants. Wally Pfister écume donc un à un tous les clichés disponibles en catalogue, de la nunuche aveuglée par l’amour au « héros » qui devient dangereux une fois transcendé (quelle surprise !), en passant par des autorités tellement incompétentes et/ou absentes que cela devient gênant, surtout lorsque la seule défense possible tient en un petit groupe occulte mené par une jeune femme visiblement sortie d’un chapeau. Les possibilités infinies du personnage de Johnny Depp sont rapidement limitées par le manque de cohérence du film qui, jusqu’au dernier moment, ne cesse de se contredire (ou de prendre son public pour des buses… au choix).

Wally Pfister tente vainement de tisser un semblant d’intrigue autour des ambitions de son héros (améliorer l’humanité grâce à la nanotechnologie), mais le manque de rebondissements et de crédibilité nuit grandement au résultat dont on ne retient, finalement, qu’une preuve d’amour désespérée qui fait légèrement l’effet d’un cheveux sur la soupe. D’ailleurs, ça me rappelle un peu la douche froide de Superman Returns où je m’attendais à un film de super-héros et finalement je me suis retrouvée devant une romance trop niaise… Avec Transcendance, c’est un peu la même chose : sous couvert de science-fiction que l’on sert au grand public avec une bouillabaisse de mots scientifiques pour faire passer la pilule, Wally Pfister s’intéresse surtout à une histoire d’amour pas vraiment folichonne qui résisterait à la mort, grâce à l’avancée de la science, en saupoudrant le tout avec une métaphore bien-pensante sur la place et la responsabilité de l’Homme face aux nouvelles technologies. Le problème, c’est que cette partie est justement la moins réussie.

Au bout du compte, Transcendance n’est que lenteur et ronflements pendant lesquels le scénario en profite pour faire des bonds dans le temps pour masquer ses propres écueils et griller les étapes. Visuellement, le film ne fait pas d’étincelles non plus, si la photographie se voulait métallique, le résultat est plutôt grisâtre et même les effets spéciaux sont en berne.

Au casting, l’ombre de Johnny Depp (Dark Shadows, Lone Ranger…) fait à nouveau le minimum syndical, se contentant de marmonner les idéaux de son personnage avec un ton monotone, face à une Rebecca Hall (The Town, Iron Man 3…) transparente au possible. Paul Bettany (la voix de JARVIS dans Iron Man et Avengers…), Cillian Murphy (Sunshine, Inception…) et Morgan Freeman (Insaisissables, La Grande Aventure Lego…) sont complètement étouffés par l’inutilité de leurs personnages, tandis que Kate Mara (House Of Cards…) se contente de tirer la tronche.

En conclusion, Transcendance est une sorte de romance 2.0 déguisée en film de science-fiction peu révolutionnaire. Pour son premier film, Wally Pfister s’embourbe dans une trame brouillonne, gâchée par un problème de rythme évident et des erreurs grossières. On a vu mieux.

- On se fait chier non ? - Un peu, ouais.

– On se fait chier non ?
– Un peu, ouais.

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