
Le pitch : Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles.
Dans la veine des réalisateurs repérés sur Youtube, Kane Parsons s’engage dans le sillage des frères Philippou (La Main, Substitution…), de Curry Barker (Obsession…), Zach Cregger (Évanouis…) ou même Jordan Peele (Get Out, Nope…) en passant de la toile à grand écran. Le jeune réalisateur propose ici un premier long-métrage qui reprend la web-série anthologique Backrooms qui l’a fait connaître, inspirée par la légende urbaine, les creepypastas et d’un soupçons d’urbex.

Pour ceux qui seraient passés à côté du phénomène, les Backrooms désignent un lieu fictif né d’une simple photographie postée sur un forum : un enchevêtrement infini de couloirs jaunâtres, de bureaux abandonnés et de pièces qui ressemblent au monde réel… sans jamais être tout à fait normales. C’est un espace hors du temps où l’on peut se perdre éternellement, croiser d’étranges créatures ou sombrer dans la folie. Une idée simple, mais incroyablement riche, qui a nourri pendant des années creepypastas, théories et vidéos YouTube.
Si aujourd’hui, on sait d’où vient l’image (un ancien magasin de meuble vide au fin fond du Wisconsin), la légende a germé, fleuri et nourri un imaginaire creepy jusqu’à ce que l’inévitable arrive : une adaptation cinéma.

Malheureusement, comme beaucoup de concepts nés sur internet, le passage au long-métrage ne lui rend pas vraiment service. Alors que Backrooms s’insère dans le sillage du brillant Obsession, Kane Parsons semble surtout recycler ce qu’il racontait déjà dans ses courts-métrages. Pire encore, même sans connaître l’univers d’origine, le film donne rapidement une impression de déjà-vu, comme s’il débarquait avec une quinzaine d’années de retard sur le cinéma d’horreur contemporain.

Tout commence pourtant plutôt bien. La scène d’ouverture intrigue, installe une ambiance et donne envie de découvrir cet univers étrange. Puis le film décide de… parler d’autre chose. Pendant une bonne et loooongue partie du récit, Backrooms s’attarde sur un héros aussi gris que son existence, coincé entre un commerce en faillite, son divorce et ses séances chez la psychologue. Au bout d’un moment, je me suis sincèrement demandée si je ne m’étais pas trompée de synopsis. Le film semble vouloir s’inscrire dans cette nouvelle vague d’ »incel horror », où les traumatismes personnels deviennent la porte d’entrée du fantastique. Pourquoi pas. Encore faudrait-il que cela raconte quelque chose.
Quand les fameuses Backrooms finissent enfin par entrer en scène, la déception continue.

Kane Parsons se montre étonnamment avare avec son propre concept. Ces kilomètres de couloirs infinis, ces espaces impossibles et cette sensation permanente de réalité déformée ne servent finalement que de décor ponctuel. L’exploration reste scolaire, superficielle et bien trop timide pour un univers qui aurait pu donner lieu à des dizaines de situations cauchemardesques.
Le plus frustrant, c’est qu’on devine sans effort ce que le film aurait pu être. En effet, si l’idée était de montrer que les Backrooms ne s’ouvrent qu’aux âmes esseulées, rongées par leurs traumas ou leurs échecs, le résultat est maladroit et s’encombre d’une réalisation qui cherche à faire du David Lynch, avec une approche éthérée et étrange, mais sans jamais atteindre la moitié du tiers du début de la moindre finesse.

Résultat : on s’ennuie de pied ferme devant ce Backrooms qui ne montre rien ou pas grand chose, qui confond la contemplation avec le suspens, tandis que le récit peine à survivre un manque flagrant d’imagination et a bien du mal à se décider entre la réalisation classique et le found-footage.
J’avoue avoir beaucoup de mal à comprendre l’accueil très enthousiaste reçu par le film outre-Atlantique. Même en étant consciente d’être difficile à effrayer, je n’ai jamais ressenti le moindre trouble, ni graphique, ni psychologique. J’ai surtout eu l’impression de voir une adaptation qui passe complètement à côté de ce qui rendait le mythe des Backrooms si fascinant.

Le plus frustrant reste ce gigantesque potentiel inexploité. Backrooms aurait pu devenir un formidable terrain de jeu autour de la mémoire, de la perception ou de la déformation du réel. Au lieu de ça, Kane Parsons enchaîne les scènes sans relief avant une ultime pirouette qui recycle des idées vues ailleurs. Backrooms donne l’impression d’avoir quinze ans de retard. Quelle perte de temps. J’ai vu des vidéos YouTube bien plus étranges.

Au casting : je dois avouer que j’ai un peu de peine pour Chiwetel Ejiofor (Bridget Jones : Folle de Lui, Venom : The Last Dance, Life of Chuck…), car il fait partie de ces bons acteurs qui ont eu un grand succès mais qui, pour une raison obscur, enchaînent des projets moyens (quand ils ne sont pas mauvais). Et notons qu’il n’est même pas sur l’affiche… À ses côtés, Renate Reinsve (Fjord, Valeur Sentimentale, Julie (en 12 Chapitres)…) paraît aussi perdue que les spectateurs, tandis que Mark Duplass (Good American Family, The Morning Show…) effectue un passage aussi bref qu’anecdotique.
En conclusion, Backrooms transforme l’une des légendes urbaines les plus passionnantes d’internet en un film étonnamment banal. Après Slender Man (2018), un autre film inspiré par une creepypasta, le film de Kane Parsons prouve que parfois certaines histoires virales devraient mieux rester sur internet. À éviter.

