[CRITIQUE] J’Irai Où Tu Iras, de Géraldine Nakache

Le pitch : Vali et Mina sont deux sœurs que tout oppose, éloignées par les épreuves de la vie. L’une est chanteuse, rêveuse et émotive. L’autre est thérapeute, distante et rationnelle. Leur père aimant finit par trouver l’occasion rêvée pour les rassembler le temps d’un week-end et tenter de les réconcilier : Vali a décroché une audition à Paris et c’est Mina qui va devoir l’y emmener malgré son mépris pour la passion de sa sœur. C’est une histoire de retrouvailles, une histoire d’amour entre deux sœurs, l’histoire d’une famille qui s’aime mais qui ne sait plus se le dire.

Le duo Géraldine Nakache et Leïla Bekhti, c’est une belle histoire qui a démarré avec Tout Ce Qui Brille en 2010. Co-réalisé et co-écrit par la première et Hervé Mimran, la comédie girly et urbaine retraçait avec justesse le parcours de deux banlieusardes qui rêvaient des paillettes parisiennes, mettant en péril leurs morales et leurs amitiés. Un duo drôle, attachant et accessible qui a tout de suite su trouver et séduire son public. Toujours avec les mêmes têtes pensantes, on les retrouve deux ans plus tard avec Nous York, une sorte de calque qui se voulait plus mature et plus grand, qui patauge avec une recette familière mais moins efficace. En parallèle, les actrices poursuivent leurs routes, souvent séparées, Leïla Bekhti choisissant une voie plus dramatique qui lui vaut pas mal de reconnaissance, tandis que Géraldine Nakache fait des choix plus discutables qui ne feront pas toujours mouche.

Puis, comme Hervé Mimran l’année dernière qui a proposé Un Homme Pressé en solo, Géraldine Nakache vole de ses propres ailes avec J’Irai Où Tu Iras, retrouvant son amie Leïla Bekhti en tête d’affiche. Se reposant essentiellement sur la sympathique familière de son casting, que personnellement j’aime beaucoup, je dois admettre que l’ensemble ne vole pas très haut. Deux sœurs que tout oppose, marquées par la perte de leur mère et bercée par un papa gâteau, vont devoir faire un bout de route ensemble. Malgré ses airs de road-trip sur les liens sororaux, J’Irai Où Tu Iras botte en touche en proposant un humour attendu, jouant avec les différences des personnages et une passion farfelue pour Celine Dion. Le film cherche à toucher la génération année 90 à travers cette chanteuse iconique et également des clins d’oeil à la pop culture de l’époque – la Star Ac – ce qui, au lieu de créer un effet nostalgique, donne un cachet daté au film (qui a envie de revivre l’époque de la Star Academy ? personne).

Farfelue étant le mot clé, J’Irai Où Tu Iras s’enfonce dans un rebondissement navrant (la mort de René, spoiler) pour virer au dramatique avec la finesse d’une sitcom ABC Productions. La passion des personnages devient un ressort comique, on y croit peu, on y croit mal à ces wannabe chanteurs que l’on singe souvent comme des simples d’esprit. Pire, la relation entre les deux sœurs évoluent à la lenteur d’un escargot, alternant confrontation et rapprochement, sans parvenir à prendre une décision, tandis que l’ombre du père malade flotte autour sans vraiment les atteindre. Au final, Géraldine Nakache dresse des portraits auto-centrés et peu attachants, l’un muré dans une colère et un sentiment d’injustice qui patauge depuis l’enfance ; l’autre dit « fragile » qui a oublié de grandir. On devine les intentions, mais l’exercice survole son sujet, préférant conserver un ton très léger – pour ne pas dire enfantin.

Paradoxalement, J’Irai Où Tu Iras ne va curieusement nulle part ! Le film prend la route pour une compétition fantôme à travers une écriture bancale qui a dû faire sourire sur le papier, mais qui s’articule mal en réalité. Et c’est dommage car à travers ces femmes, il y avait quelque choses à creuser chez cette thérapeute froide qui ronge son ressentiment en silence, face à sa (grande) sœur qui se crée des rêves par procuration (effectivement, vouloir devenir choriste est étrange). Mais le film n’explore rien de ces non-dits et se contente de se réfugier derrière le maudit crabe et l’orphelinat partiel, comme si c’était suffisant pour étoffer des personnages qui vampirises chaque pixel de l’écran pendant 1h30. On sourit, parfois, peut-être grâce au souvenir de ces actrices qui semblent ne pas avoir bouger d’un iota depuis Tout Ce Qui Brille et c’est bien ça le problème. Neuf ans plus tard, Géraldine Nakache capitalise sur un ancien succès et ne parvient pas à se renouveller, entraînant dans son sillage un carnet d’adresses attrayant qui vivote dans une comédie creuse et anecdotique qui ressasse les mêmes clichés, les mêmes disputes, les mêmes personnages vus et déclinés dans Tout Ce Qui Brille, Nous York et tout autre film vivotant dans la même catégorie à la facilité amène.

Au casting justement, on retrouve donc Géraldine Nakache (Hippocrate, Et Ta Sœur, L’Ex de Ma Vie…), que l’on découvre chanteuse à voix, dans une déclinaison de son personnage habituel. Idem pour Leïla Bekhti (La Lutte Des Classes, Un Homme Pressé, Le Grand Bain…), résolument toujours énervée et particulièrement imbuvable dans son personnage saturé, qui ressert le même slam colérique depuis Des Poupées et des Anges. Autour d’elles, Patrick Timsit (Santa et Cie, Marie-Francine, Dalida…) joue les papas poules transparents, Pascale Arbillot (Guy, La Fête des Mères, Maryline…) fait dans la rencontre lunaire et les autres disparaissent dans un brouahaha plus ou moins moqueurs.

En conclusion, Géraldine Nakache livre un film à la recette éculée qui décrochera quelques sourires grâce à ses accents familiers et un casting attachant. Cependant, la mécanique rouillée et l’écriture superficielle transforment J’Irai Où Tu Iras en une comédie bien fadasse et creuse dont le glas final résonne comme une libération, annonçant la fin du charme de ce duo qui brillait si fort à l’époque. À éviter.

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