[CRITIQUE] The Villainess, de Byeong-gil Jeong (Sortie DVD, BR et VOD)

Le pitch : Entraînée depuis l’enfance aux techniques de combat les plus violentes par une agence de renseignement après l’assassinat de son père, Sook-hee est une arme redoutable. Afin de gagner sa liberté, elle est engagée comme agent dormant. Mais un jour, elle va découvrir la vérité sur le meurtre de son père.

Réalisé par Byeong-gil Jeong
Avec Ok-Bin Kim, Shin Ha-Kyun, Bang Sung-Jun…
Déjà disponible en VOD
Sortie en DVD & BLU-RAY Combo Steelbook dès le 28 mars

Pour une raison obscure, le nouveau film de Byeong-gil Jeong ne sort pas en salles mais directement en vidéo, et c’est bien dommage. Après Confession of Murder en 2012, le réalisateur sud-coréen revient avec The Villainess, présenté au Festival de Cannes 2017 en « séance de minuit », un film d’action ultra efficace, nerveux et punchy, portée par une femme qui n’a rien à envier à Jason Bourne et autre super-espion masculin.

Dès les premières minutes, The Villainess nous met en condition avec une introduction explosive qui va immédiatement donner le ton du film : sauvage, brutal et violent. Byeong-gil Jeong impose un style excitant, alternant avec les différents points de vue pour rendre les prises de vues plus dynamiques et immersives, osant même le style FPS de jeu vidéo (le spectateur est dans le peau du héros). Tout au long du film, The Villainess ne lâche pas d’un cran son héroïne partagée entre un désir de vengeance et l’espoir d’une vie normale, tandis que l’histoire se façonne au fur et à mesure que le film avance.
En effet, l’héroïne est constamment rattrapée par son passé et c’est parfois ce qui rend l’histoire difficile à suivre. Divisé en trois chapitres, The Villainess superpose ses intrigues, ce qui permet d’étoffer ses personnages et leurs motivations, en évitant ainsi de tomber dans les clichés à l’américaine. Le hic, c’est qu’en plus de la barrière de la langue, le film est ponctué par beaucoup de flashbacks et des personnages trop similaires, qui rend la compréhension des rebondissements un peu compliquée. Cependant, malgré la multitude de fils conducteurs, The Villainess ne perd jamais de vue son héroïne ce qui permet finalement d’avoir une vision globale de son parcours et de s’y attacher.

Comme souvent, la construction narrative des films asiatiques peut désarçonner, mais c’est aussi ce qui fait la particularité intéressante de ces films qui piquent la curiosité. Chez The Villainess, on retrouve donc cette facilité étonnante de naviguer entre différentes émotions et ambiances  : après une première partie brutale, le film se focalise sur la double vie de l’héroïne en tant qu’agent dormant et manipulée à son insu. Un tiers central en apparence plus calme mais dont les intrigues en sous-sol permettent de nourrir une tension perceptible qui va déboucher sur une dernière partie jubilatoire et furieusement hallucinante. Du coup, si Byeong-gil Jeong prend son temps pour construire son héroïne, c’est justement pour faire monter la pression : l’introduction hyper brutale n’était qu’une simple mise en bouche pour ce qui va suivre !

Le réalisateur s’éclate visiblement derrière sa caméra, affirmant un style à la fois compulsif et jubilatoire : les scènes d’action sont une déferlante de mouvements, de vitesse à la chorégraphie ahurissante et de quelques plans-séquences bien déjantés, le tout saupoudré d’un goût prononcé pour les combats dans des conditions extrêmes : espaces réduits, à moto, dans les airs… The Villainess livre un film aux accents enragés et enthousiasmants qui transforment chaque affrontement en un spectacle vertigineux.
Certes, la lisibilité des scènes est parfois discutable et j’ai préféré les bagarres aux corps-à-corps que les fusillades qui manquent, à mon goût, d’intérêt visuel. Là où Byeong-gil Jeong se démarque, c’est à travers un style à la fois sophistiqué, graphique et sombre, piqué par ses origines dans ces affrontements surréalistes, sanglants et méchamment pêchus, puis ses cadrages précis (hors action).
Au milieu, The Villainess s’offre des bulles de respirations inattendues à travers une ambiance parfois froide et étrangement délectable, qui détonne dans cet ensemble frénétique et acrobatique. De plus, j’ai toujours une faiblesse pour les films qui osent des plans lunaires dans un contexte hyper réaliste et incongru, certains plans de Byeong-gil Jeong sont mémorables.

Le public occidental (dont je fais partie) ne manquera pas de remarquer de nombreuses références (ou hommage, ressemblance… peu importe) : de Nikita à John Wick, en passant par Kill Bill (pour O-ren Ishii, mais pas que), The Villainess propose le même esprit de vengeance impitoyable et presque animal à travers une héroïne hyper badass, crédible et qui compose aussi bien avec sa personnalité forgée par un entraînement mortel que par sa féminité, tout en brouillant la frontière entre le Bien et le Mal.
Avons-nous affaire avec une véritable héroïne ou, comme son titre l’indique, une méchante finalement ? Là où les femmes d’action dans les films occidentaux ont tendance à être fragilisées par leurs émotions, The Villainess s’en sert pour renforcer la violence et la détermination de son héroïne qui pourrait bien mettre une sacrée déculottée à une certaine Atomic Blonde !

Au casting, Ok-Bin Kim (vue dans Thirst de Park Chan-wook) est absolument géniale : malgré la complexité du scénario et de son personnage, elle porte le film sur ces épaules assurant aussi bien la partie sensible de son personnage que son alter-ego implacable, violente et dangereuse. Autour d’elle, Kim Seo-hyung (The Agent…) colle à merveille dans cet univers féminin et froid, Bang Sung-Jun (White Christmas…) et Shin Ha-Kyun (Sympathy Form Mr. Vengeance, Thirst…) se font voler la vedette au profit des femmes toutes plus puissantes les unes que les autres.

En conclusion, en plus de porter une vraie action-woman à l’écran, The Villainess est un véritable régal pour les amateurs de films de genre. Si la construction narrative, purement sud-coréenne, s’amuse à alterner les ambiances entre affrontements, accalmie et flashbacks, quitte à rendre les intrigues confuses et difficiles à suivre, Byeong-gil Jeong livre un film animé par des scènes d’action ultra efficaces et vertigineuses qui rendent l’ensemble survolté, énervé et jubilatoire. À voir !

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