
Le pitch : Si tu découvrais que nous ne sommes pas seuls ? Si on te le montrait, te le prouvait, ça te ferait peur ? Les gens ont droit à la vérité. Elle appartient à sept milliards de personnes. Chaque seconde nous rapproche de l’inévitable… Disclosure Day.
Après Rencontres du Troisième Type, E.T., L’Extra-terrestre, La Guerre des Mondes ou encore les nombreuses productions Amblin qui ont façonné l’imaginaire de plusieurs générations, Steven Spielberg revient à l’un de ses sujets de prédilection : la découverte de la vie extraterrestre. Un retour que j’attendais avec autant d’impatience que d’appréhension, tant la communication autour du film s’est faite discrète, les embargos ayant été levés à la dernière minute et les premiers retours s’avérant plutôt mitigés.

Pour moi, Disclosure Day m’a rappelé pourquoi Steven Spielberg reste, à mes yeux, l’un des meilleurs conteurs de cinéma, en proposant un récit de science-fiction comme je les aime : celle qui commence par un simple « Et si… ? ».
Et si nous n’étions pas seuls ? Et si on nous apportait enfin la preuve de l’existence d’une intelligence extraterrestre ? Qu’est-ce que cela changerait à notre vision du monde, à nos croyances, à notre place dans l’univers ou encore au rapport que nous entretenons avec ceux qui nous gouvernent ?
Ici, le cinéaste ne cherche pas le grand spectacle. Oubliez les invasions massives, les destructions de monuments ou les armées d’extraterrestres prêtes à réduire la planète en cendres. Disclosure Day est presque l’exact opposé d’Independence Day de Roland Emmerich (ou la version plus terre-à-terre du Midnight Special de Jeff Nichols). Les deux films partent d’une idée finalement assez proche, mais empruntent des chemins radicalement différents. Là où Roland Emmerich répond par l’action, Steven Spielberg, épaulé par David Koepp (Jurassic Park, La Guerre des Mondes, Indiana Jones 4 et 5…) au scénario, préfère poser des questions. Et c’est précisément ce qui rend le film aussi passionnant.

Disclosure Day nous propulse au coeur d’une intrigue déjà en marche, en nous laissant volontairement dans l’incertitude. On suit deux trajectoires qui finissent par se rejoindre : l’une semble déjà détenir les réponses, l’autre, plus à notre niveau, découvre son rôle au compte-gouttes. Embarqué dans un thriller à deux vitesses, flirtant allègrement avec le fantastique, le film ne sacrifie jamais une tension de plus en plus prenante, jusqu’à un dernier acte que j’ai littéralement vécu en apnée.
Certains pointeront du doigt le manque de contexte et d’explication, peut-être même le manque de conclusion du film. Pour ma part, j’ai aimé le fait que Disclosure Day ne cède pas à l’esbroufe et reste plutôt cohérent avec son titre. Pas de héros surhumain capable de sauver le monde à lui seul, pas de démonstration de force spectaculaire, seulement une poignée de personnages persuadés d’agir pour le bien de l’humanité, qu’il s’agisse de préserver un secret ou, au contraire, de le révéler au monde. Malgré le peu d’informations dont dispose le spectateur, les enjeux restent étonnamment limpides : on comprend très vite qui poursuit quel objectif, même si les motivations des deux camps demeurent parfaitement défendables.

Et surtout, Steven Spielberg ne laisse jamais son récit s’enliser dans les discussions. Disclosure Day est avant tout une véritable course contre la montre, dont on ignore longtemps la destination finale, mais qui ne cesse de gagner en intensité. Les scènes de tension s’enchaînent, plusieurs séquences marquent durablement et le réalisateur distille suffisamment d’indices et de (débuts de) réponses pour nourrir notre curiosité sans jamais casser le rythme. Et ça marche ! C’est suffisamment rare pour être souligné : j’ai de plus en plus de mal à tolérer les films de plus de deux heures sans piquer du nez et pourtant, devant Disclosure Day, je suis restée accrochée jusqu’au générique.

Le point faible, cependant, est que Steven Spielberg livre un film qui manque d’universalité. En effet, pour un public américain et majoritairement croyant, le parallèle que fait Disclosure Day avec la religion tombe sous le sens. Mais cela risque d’égratigner quelques spectateurs qui pourraient y voir un film pro-religieux. Pourtant, ce n’est pas vraiment le sujet : avec Disclosure Day, Steven Spielberg ne valide jamais une croyance plutôt qu’une autre. Il montre au contraire comment une révélation d’une telle ampleur viendrait bouleverser toutes nos certitudes, qu’elles soient scientifiques, philosophiques ou spirituelles. Le film parle moins de religion que de mutation des croyances, en replaçant simplement l’être humain face à quelque chose qui le dépasse.

J’ai également apprécié tout ce que Disclosure Day raconte en arrière-plan. Au détour de journaux télévisés et de conversations, le film esquisse un monde déjà traversé par de fortes tensions géopolitiques. Dès lors, il ne questionne plus seulement l’existence des extraterrestres, mais aussi le moment choisi pour révéler une vérité capable de bouleverser une humanité déjà au bord de la rupture. Une lecture qui m’a davantage parlée que son parallèle avec la religion.
Sobre dans sa réalisation (malgré quelques lens flares un peu envahissants), Steven Spielberg exploite intelligemment les jeux d’ombres pour nourrir le doute. À plusieurs reprises, on finit par se demander si les véritables zones d’ombre concernent les extraterrestres… ou l’humanité elle-même.

Et puis il y a cette fin.
Je me doute que cette fin va faire débat. Beaucoup risquent d’en attendre davantage, voire de réclamer une suite. Personnellement, je trouve au contraire que Spielberg s’arrête exactement au bon moment. Disclosure Day n’a jamais eu vocation à apporter toutes les réponses, mais à transmettre le relais au spectateur. C’est exactement ce que j’attends de la science-fiction : non pas qu’elle explique le monde, mais qu’elle en propose une lecture différente. Il n’est pas toujours nécessaire qu’il soit question de créatures venues d’ailleurs, de futur post-apocalyptique ou cybernétique ou de quête vitale autour d’une épice ou d’un Élu pour guider les peuples… Et c’est là que le bon cinéma de SF fait son travail, en nourrissant les conversations bien après le générique, à partir d’une fiction qui pourrait bien un jour se trouver… aux frontières du réel (wink wink).

Au casting : Josh O’Connor (Wake Up Dead Man, Challengers, Lee Miller…) et Emily Blunt (Le Diable s’Habille en Prada 2, The Fall Guy, Jungle Cruise…) portent le récit, l’un sachant pourquoi il court et l’autre découvrant, malgré elle, l’ampleur de ce qui se joue. Autour d’eux, Eve Hewson (Mon Amie Adèle, Bad Sisters…) apporte une dimension plus humaine à l’ensemble, Colin Firth (Bridget Jones : Folle de Lui, Empire of Light…) compose un antagoniste convaincant, Wyatt Russell (Thunderbolts*, Night Swim…) est délicieusement agaçant en homme incapable et Colman Domingo (The Four Seasons, Running Man…) intrigue jusqu’à la dernière minute avec un personnage dont les véritables intentions ne se dévoilent que progressivement.
À noter qu’il n’y a pas d’enfant aux premières loges.
En conclusion, Steven Spielberg signe un thriller de science-fiction aussi prenant qu’intelligent, qui préfère nourrir les questions plutôt que distribuer les réponses. Disclosure Day est une proposition parfois frustrante, mais suffisamment riche pour continuer à nous hanter bien après le générique. La prochaine fois qu’un chat me fixera droit dans les yeux… je risque de me poser quelques questions 😂 À voir.

