[RATTRAPAGE 2017] Girls Trip, de Malcolm D. Lee (+ un petit billet d’humeur)

Le pitch : Ryan Pierce, auteure à succès de livres de développement personnel, invite ses trois meilleures amies de l’université – Dina, Lisa et Sasha – qu’elle n’a pas revues depuis plusieurs années, au festival Essence, organisé tous les ans à la Nouvelle-Orléans pour célébrer la diversité et la créativité afro-américaines. Alliances et discordes sont réactivées, le côté sauvage de chacune se réveille et la solidarité féminine est ressuscitée, le tout sous un flot d’alcool, de musique, de soirées, de grabuge et de flirts à en faire pâlir la ville de tous les vices.

Alors que les « black movies » font partie de la culture afro-américaine, cela reste rare que ces derniers parviennent à traverser l’Atlantique pour atterrir en bonnes places dans nos salles de cinéma françaises. Et c’est bien dommage, car le cinéma afro-américain (comprenant un casting essentiellement composé d’acteurs/actrices Noirs et de couleurs) a pas mal de perles à proposer et n’est pas uniquement là pour ressasser des histoires sur l’esclavage, la discrimination ou le racisme afin de faire pleurer les chaumières et culpabiliser la société en générale. Au contraire, les « black movies » sont une manière de faire entendre une voix et de célébrer la culture noire et afro-américaine sous toutes ses formes, que ce soit à travers des films d’action, des drames, des comédies ou encore des romances. De Boyz’N The Hood de John Singleton à Think Like A Man de Tim Story, en passant par For Colored Girls de Tyler Perry, Pariah, About Last Night… Il existe toute une flopée de films dit « 100% Black » (bien que ce ne soit pas réellement le cas) qui passent inaperçus au niveau international, pas parce qu’ils sont mauvais (il y en a), mais surtout par méconnaissance du public outre-atlantique (c’est-à-dire nous) et potentiellement, un rejet des distributeurs français, allez savoir…
Heureusement, ce marché de niche évolue lentement mais sûrement vers plus de diversité aussi bien sur petit écran (Black-ish, Atlanta, Insecure…) que sur le grand (Moonlight, Dear White People, Les Figures de L’Ombre…). Le but n’étant pas de creuser la différence, mais d’en faire une norme. La preuve : encore quelques années auparavant, un couple mixte en tête d’affiche annonçait forcément un film sur le racisme, aujourd’hui un film ce n’est plus toujours le cas (La Montagne Entre Nous). Si pour beaucoup, cela passe inaperçu (et tant mieux), pour nous, c’est un pas discret mais important.

Et voici donc Girls Trip, un nouveau film signé Malcolm D. Lee qui, contrairement à ses travaux précédents (Barbershop, Scary Movie 5…), propose une comédie hilarante, extravertie et follement conquérante à travers les retrouvailles de quatre amies pour une week-end de détente. Si le film pose des bases attendues (celle dont la vie semble parfaite, la maman coincée, la délurée et la loser), c’est pour mieux ficeler son histoire animée essentiellement par l’humour et l’amitié. Quelque soit son étiquette, j’ai aimé chaque personnage que Girls Trip propose, à savoir des femmes fortes et fières, dont la féminité n’est pas un outil destiné à les fragiliser. En effet, dans la même catégorie de films, je me retrouve généralement devant un cliché ambulant qui va faire semblant de célébrer la femme qui s’assume (professionnellement, physiquement et/ou sexuellement), alors qu’entre les lignes on y retrouve un slut-shaming évident (l’obsédée trop trash dans Pire Soirée, celle qui enchaîne les emmerdes après un coup d’un soir dans Blackout…), un machisme archaïque où la brebis égarée se pose après avoir trouvé un Homme, un vrai (Crazy Amy), et une bonne dose de fat-shaming quand une actrice affiche clairement des rondeurs… Dans Girls Trip, les sous-textes insultants sont heureusement absents pour laisser place à un humour exacerbé et assumé, qui déborde sans complexe dans une comédie qui ose et offre des personnages authentiques, même dans leurs extrêmes, et attachants. En effet, au cours de ce week-end endiablé, Girls Trip va joyeusement patauger dans l’humour facile, tout en oscillant entre les prises de conscience bien sérieuses de ses personnages et l’effervescence festive de l’ambiance. Trahison, blagues de pipi et battle de dance, Malcolm D. Lee assume un ton décomplexé osant dans un film girly ce qu’on pourrait voir dans un ersatz masculin de Very Bad Trip, tout en parvenant à maîtriser malgré les limites vulgaires avec lesquelles il flirte. Si l’histoire reste tout de même hyper prévisible, l’ensemble est rythmé et empreint d’une folle ambiance, portée par d’un clin d’œil à l’époque hip-hop/R’n’B old school et nostalgique qui fait plaisir aux oreilles.

Au casting : Regina Hall (Think Like A Man 1 et 2, Insecure…), Queen Latifah (Star, 22 Jumpstreet…), Jada Pinkett Smith (Bad Moms, Gotham…) et Tiffany Haddish (The Carmichael Show…) forment un quatuor survolté et attachant, même si chacune évolue avec un rôle cliché, elles restent toujours crédibles et fun. Mention spéciale à Tiffany Haddish qui m’a fait mourir de rire. Autour d’elle, Mike Colter (Luke Cage, The Defenders…) et Larenz Tate (Power…) jouent les toy boys, tandis que Kate Walsh (13 Reasons Why…) et Deborah Ayorinde (Barbershop…) viennent épicer l’ensemble, de façon différente.

Vrai plaisir coupable, le film de Malcom D. Lee fait monter la température et propose une comédie 100% féminine, zéro complexe et rafraîchissante même dans ses moments les plus déjantés. Girls Trip est une excellente surprise à voir et à revoir.

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