[CRITIQUE] Gueule d’Ange, de Vanessa Filho

Le pitch : Une jeune femme vit seule avec sa fille de huit ans. Une nuit, après une rencontre en boîte de nuit, la mère décide de partir, laissant son enfant livrée à elle-même.

Si Gueule d’Ange est reparti bredouille du Festival de Cannes 2018, où il était en compétition dans la catégorie Un Certain Regard, il n’est certainement pas passé inaperçu. Premier long-métrage viscéral d’une réalisatrice prometteuse, Gueule d’Ange dessine le parcours désarmant d’une enfant délaissée par sa mère. Cette mère, incarnée par une Marion Cotillard, comme souvent, fantastique, qui mène une vie égoïste, embuée par l’alcool et semée de mauvaises décisions, est en vérité un point d’entrée pour le film d’explorer la dérive d’une enfant abandonnée dont la maturité en plein développement va chercher un moyen abstrait de conserver un lien avec cette figure maternelle instable. Lumineux malgré une tonalité désœuvrée, Gueule d’Ange narre l’absence et l’espoir fragile dans un film à la fois bouleversant où l’irresponsabilité d’une mère a des répercussions effroyables sur sa fille.

À travers un scénario notamment co-écrit avec Diastème (que j’ai découvert il y a mille ans à travers ses horoscopes étranges dans le feu magazine 20Ans, mais surtout réalisateur d’Un Français en 2015, puis Juillet Août en 2016…), Vanessa Filho saisit avec finesse la quête poignante de cette fillette à la gueule d’ange, sa recherche de repère et d’existence dans un monde d’adultes qui l’ignore tandis que l’incompréhension de ses pairs l’isole. Sans jugement ni leçon de morale, Gueule d’Ange évite le sordide du fait divers en proposant des personnages aussi dérangeants que touchants, que ce soit cette mère immature et bimbo qu’on ne peut s’empêcher de comprendre et de détester à la fois, alors que son comportement trace un chemin effrayant que sa fille suit inconsciemment. Si le film semble parfois en faire trop, il saisit pourtant la détresse d’une enfant qui, du haut de son petit âge, ne fait que chercher sa mère, que ce soit dans le fond d’une bouteille ou dans le regard chaleureux d’un inconnu. Comme un miroir inquiétant, Gueule d’Ange démontre à quel point les enfants sont le reflet sans excuse de leurs parents, c’est ce qui rend l’ensemble aussi captivant que réussi. Chapeau !

Au casting : je l’ai toujours dit, Marion Cotillard (Les Fantômes d’Ismaël, Assassin’s Creed, Rock’n’Roll...) est au sommet de son art quand elle joue dans un film francophone – à quelques exceptions près. Impeccable en bimbo blonde et à la dérive, l’actrice illumine le film malgré son personnage détestable et cruellement authentique, rappelant parfois ses débuts bruts (comme sa double performance dans Les Jolies Choses, par exemple). À ses cotés, la jeune Ayline Aksoy-Etaix est tout simplement épatante et incroyable dans un premier rôle si complexe qu’elle tient avec brio. À l’affiche également, Alban Lenoir (Sparring, Un Français…) en papa de substitution torturé.

En conclusion, Gueule d’Ange ne laisse pas indifférent. Vanessa Filho livre un film qui semble être l’envers du décors des pires faits divers et explore les répercussions d’une mère irresponsable et fragile à travers le parcours d’une enfant en mal d’affection. Poignant et dérangeant, Gueule d’Ange dissèque une vérité franche avec une justesse percutante et doit beaucoup à la performance de deux actrices remarquables. À voir.

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