[CRITIQUE] Ghostland, de Pascal Laugier (Sortie Blu Ray, DVD et VOD)

Le pitch : Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque. Tandis que Beth devient une auteur renommée spécialisée dans la littérature horrifique, Vera s’enlise dans une paranoïa destructrice. Seize ans plus tard, la famille est à nouveau réunie dans la maison que Vera et Pauline n’ont jamais quittée. Des évènements étranges vont alors commencer à se produire…

Réalisé par Pascal Laugier
Avec Crystal Reed, Anastasia Phillips, Emilia Jones…
Sortie en BR / DVD et VOD : le 17 juillet
Bonus DVD : Documentaire INÉDIT sur les coulisses du film, Interview de Mylène Farmer
Bonus Blu Ray : Documentaire INÉDIT sur les coulisses du film, Interview de Mylène Farmer, Interviews de Crystal Reed, Emilia Jones et Pascal Laugier et La Musique du film

Mon avis : Au début des années 2000, Pascal Laugier faisait parti du léger vent de renouveau dans le cinéma de genre français. Ambiance glauque, tableaux picturaux et jeunes femmes en fleur malmenée, le film de Saint Ange (2004) présentait déjà les joujoux de prédilection du réalisateur et répondait aux attentes de l’époque, rappelant par la noirceur d’un Alexandre Aja qui avait déjà électrisé les aficionados avec son perturbant Haute Tension (2003). En effet, le cinéma fantastique et horrifique français s’offre rarement des pépites et beaucoup d’entre elles restent cataloguées dans des sous-genres underground que l’on ferme au grand public. Fort d’un premier succès, Pascal Laugier est rapidement revenu avec un projet plus ambitieux avec Martyrs (2008) qui cultivait plus profondément son identité torturée, entre voyeurisme dérangeant et violence graphique. Un film provocateur et gore (interdit au moins de 16 ans pour des raisons évidentes) qui se composaient de longues scènes où une femme se faisait frapper à répétitions avant de terminer pelée à vif comme une orange. Si Laugier crée des objets captivants, la question du pourquoi reste, pour ma part, un mystère. Le coté malsain de Martyrs m’a rebutée malgré une facture maîtrisée jusqu’au bout. En effet, Pascal Laugier sait faire des propositions fortes et suffisamment troubles pour attirer l’attention, mais Martyrs était allé un chouilla trop loin pour un message final plutôt vain.

Probablement échaudé, c’est avec le moyen The Secret que Pascal Laugier a fait un come-back en 2012. Si la surface semblait frissonnante à souhait, le film n’a pas su faire vivre le twist principal qui le portait et proposait un ensemble bien trop soft par rapport à ce que le réalisateur nous avait habitué. Ce sera finalement six ans plus tard qu’il retrouvera le chemin des salles obscures avec ce Ghostland bien plus proche de son style, à la fois affirmé et ensorcelant. Toujours à l’aise dans ses ambiances glauques et sordides, le nouveau film de Pascal Laugier renoue avec ses ficelles favorites, hanté par une vieille bâtisse, un trio de femmes dont deux adolescentes porcelaines et un danger qui semble traverser le temps. Si la première partie rappelle beaucoup le fameux Haute Tension d’Alexandre Aja dans son traitement, Ghostland prend par surprise dès le deuxième acte en entraînant ses personnages aux portes de la folie. Entre perte de repères et accents horrifiques, le film propose un survival psychologique et perturbant qui apporte beaucoup de piquant à une trame qui semblait hyper attendue.

Triplement récompensé au Festival Gerardmer 2018 (Grand Prix, Prix du public et Prix du Jury Syfy), la facture est alléchante et tient largement ses promesses. J’ai beaucoup aimé l’univers du film qui, en plus d’évoluer dans une atmosphère à la fois sombre, surannée et pesante, s’étoffe avec des décors et des poupées inquiétants. En folie et perversion, Ghostland parvient à équilibrer une narration qui se dédouble, tandis que les rares moments de répit ne font que renforcer l’horreur de l’intrigue. Visuellement, le film se nourrir des univers froids et néo-gothiques, cherchant parfois la beauté dans le monstrueux et vice-versa, à la manière (moindre) d’un Guillermo Del Toro. Néanmoins, Pascal Laugier cède toujours à ses penchants qui affaiblissent de temps à autres ses intentions. Encore une fois, la question du « pourquoi » se pose : pourquoi s’attarder autant sur de la violence gratuite où des femmes servent de punching-ball à un mastodonte (à travers des scènes qui ne font pas avancer l’histoire) ? À l’image de la seconde moitié de Martyrs, Ghostland s’ampoule d’images dérangeantes sans véritable but hormis celui de choquer le spectateur, laissant filtrer des interrogations sur la volonté cachée du réalisateur (voyeurisme hyper malsain, sadisme ou absence pure et simple de limite ?). Si on peut comprendre l’envie de proposer une approche psychotique pour attacher le public au terrible sort réservé aux personnages, le résultat reste désagréable à suivre… même si Ghostland est nettement plus soft que Martyrs.

Au bout du compte, Ghostland s’avère aussi perturbant et obscure que prévu. Pascal Laugier retrouve son style mixant les codes horrifiques aux thrillers psychotiques -oops- psychologiques noirs. Devant la caméra, il retrouve une amie à la voix étonnamment grave, la chanteuse Mylène Farmer, entourée par un quatuor impressionnant : Crystal Reed (Gotham, Teen Wolf…) et Emilia Jones (Brimstone, High-Rise…) pour le personnage de Beth, Anastasia Phillips (Reign…) et Taylor Hickson (Everything, Everything…) pour le incarner Vera.
Si l’ensemble reste globalement vain, Ghostland tient en haleine grâce à son intrigue fascinante et une ambiance délicieusement glauque et maîtrisée. À voir.

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