Maléfique : Un conte réinventé, ambitieux et surprenant

Maléfique

Cela faisait un moment que j’attendais le retour d’Angelina Jolie au cinéma et c’est grâce à Disney que ce jour est enfin arrivé. On pourrait croire que j’ai un léger parti pris sur ce film, mais en restant objective, Maléfique m’a énormément plu. Robert Stromberg revisite l’histoire de La Belle au Bois Dormant avec force et poésie, toujours en gardant l’esprit féerique de l’histoire. Divertissant et bien rythmé, Maléfique allie une histoire entraînante, qui s’émancipe avec brio de l’histoire originale, et une héroïne charismatique et fascinante. Inspiré et abouti, le film reste captivant, malgré quelques longueurs et un ton parfois trop enfantin, surtout grâce à une photographie magnifique soulignant un univers enchanteur aux effets spéciaux stupéfiants. En effet, les Studios Disney s’éloigne enfin de l’univers d’Alice au Pays des Merveilles (2010) pour créer une identité propre au film Maléfique, à la fois fantastique et romanesque, avec une légère empreinte gothique pour conserver une atmosphère mystérieuse. Une véritable aventure visuelle et pleine d’émotions qui émerveillera aussi bien les plus jeunes qu’un public adulte. C’est ça, la magie Disney.

Le pitch : Maléfique est une belle jeune femme au cœur pur qui mène une vie idyllique au sein d’une paisible forêt dans un royaume où règnent le bonheur et l’harmonie. Un jour, une armée d’envahisseurs menace les frontières du pays et Maléfique, n’écoutant que son courage, s’élève en féroce protectrice de cette terre. Dans cette lutte acharnée, une personne en qui elle avait foi va la trahir, déclenchant en elle une souffrance à nulle autre pareille qui va petit à petit transformer son cœur pur en un cœur de pierre. Bien décidée à se venger, elle s’engage dans une bataille épique avec le successeur du roi, jetant une terrible malédiction sur sa fille qui vient de naître, Aurore. Mais lorsque l’enfant grandit, Maléfique se rend compte que la petite princesse détient la clé de la paix du royaume, et peut-être aussi celle de sa propre rédemption…

Si ce sont les Studios Disney qui ont lancé la mode des contes de fées au cinéma en prise de vues réelles, cela ne leur a pas vraiment porté chance jusqu’à présent. Alice au Pays des Merveilles (2010) et Le Monde Fantastique d’Oz (2013) sont deux bons exemples. Heureusement, la concurrence n’a pas su faire mieux avec deux versions de Blanche-Neige en 2012, La Belle et la Bête cette année et des réadaptations plus ou moins obscures, comme Hansel et Gretel : The Witch Hunters en 2013 ou encore Le Petit Chaperon Rouge en 2011.

En se focalisant sur la méchante fée, Robert Stromberg propose une intrigue bien plus inspirée et plus aboutie en creusant la part d’ombre de son personnage principal et en dévoilant ses véritables motivations. Maléfique est déjà un personnage emblématique des contes de notre enfance, mais la bonne idée c’était de narrer son parcours et de découvrir pourquoi elle était devenue aussi terrifiante. En s’appuyant sur l’histoire écrite par Charles Perrault, le scénario utilise l’une des nombreuses significations possibles du conte (perte de l’innocence, puberté…) pour donner du relief à Maléfique en s’attardant sur sa jeunesse, sa découverte du monde et son enfance paisible dans son domaine enchanté. En effet, le film est un véritable hommage à l’enfance et à l’innocence, jusqu’au moment où tout bascule et que l’ambition et le réalisme obtus des adultes vient ternir le tableau. Tout comme le conte, Maléfique propose plusieurs lectures différentes, de la déception amoureuse en passant le passage à l’âge adulte douloureux, tout en se démarquant agréablement du dessin animé très sucré que les Studios Disney avait produit en 1959.
Robert Stromberg explore l’esprit de vengeance de Maléfique avec efficacité et parvient à faire cohabiter le monde féerique du conte avec l’univers très sombre et dramatique qui entoure notre héroïne. Maléfique surprend à plusieurs reprises, notamment grâce à des scènes d’actions inattendues et habilement mises en scène afin de contenter le public adulte tout en faisant frissonner les plus jeunes. C’est finalement cette constante dualité qui rend le film aussi captivant puisqu’il parvient à nous faire rêver et recréer une ambiance magique, tout en restant divertissant et intriguant jusqu’à la dernière minute. En effet, Maléfique parvient à équilibrer son histoire, d’un coté en nous attachant à ses personnages et à leurs motivations, de l’autre en maintenant une tension grandissante, tandis que la perception du Bien et du Mal, pourtant très nette au début, devient de plus en plus confuse.

L’autre force du film, c’est évidemment la photographie et la direction artistique élaborée du film. Attendue au tournant, Maléfique bénéficie d’une identité visuelle propre et offre une spectacle époustouflant grâce à des décors à mi-chemin entre la réalité et l’imaginaire, reprenant même des éléments du dessin animé La Belle au Bois Dormant. Le résultat est magnifique, souligné par la mise en scène de Robert Stromberg qui se régale, enchaînant les plans larges lors des scènes marquantes (les scènes de vol ou d’action…), ce qui donne envie de faire « pause » pour pouvoir prendre un moment et admirer le travail.
Mais en fait, s’il y a vraiment une scène à retenir dans tout le film, ce serait probablement la scène où Maléfique vient jeter le sort sur le bébé. Pendant quelques minutes réjouissantes, Maléfique nous fait retomber en enfance en récréant, presque au mot près, cette scène mythique du dessin animé, à la fois frissonnante et magique, de l’ombre sur les murs à la déception feinte de la méchante fée. Si ce moment est impressionnant dans La Belle au Bois Dormant, dans Maléfique cette scène prend une toute autre dimension, parce qu’on comprend enfin pourquoi la méchante de l’histoire… est si méchante.

Au final, Maléfique offre un second souffle à un conte populaire à la morale désuète, mais c’est aussi l’occasion pour les Studios Disney de continuer à présenter des personnages féminins forts et indépendants, en distillant une morale plus actuelle sur les valeurs familiales et l’acceptation de ses différences, rappelant celles de films récents comme Rebelle ou encore La Reine Des Neiges.

Au casting, Angelina Jolie EST Maléfique, elle habite le film et lui insuffle toute son énergie, tant elle est captivante. Il est presque impossible de détourner les yeux, d’une part parce qu’elle est très belle même avec ses prothèses, mais aussi parce que son omniprésences rend les rares passages sans elle insignifiants. Elle Fanning (Super 8, Nouveau Départ…) est également le choix idéal pour interpréter Aurore, grâce à sa candeur naturelle et attachante, elle réussit sans effort à briller aux cotés d’une actrice aussi imposante qu’Angelina Jolie – et ce n’est pas rien !
Ce n’est malheureusement pas le cas de Sharlto Copley (District 9, Elysium, Old Boy…), peu intéressant dans le rôle du Roi Stéphane, ni de Sam Riley (Sur La Route…) qui parvient difficilement à exister à coté d’Angelina Jolie, tandis que Juno Temple (The Dark Knight Rises, Killer Joe…) passe quasiment inaperçue.

En conclusion, Robert Stromberg réussit à conserver l’esprit féerique et enchanteur du conte, tout en se focalisant sur la méchante de l’histoire. Maléfique réécrit l’histoire de La Belle au Bois Dormant, en s’inspirant des différentes structures existantes, tout en proposant une version intéressante, aboutie et chargée en émotions. Malgré quelques longueurs, Maléfique se révèle divertissant et surprenant, grâce à des personnages remarquables et attachant et une bonne dose d’action. La magie opère dans un conte réinventé et ambitieux où la méchante fée donne envie de rêver les yeux grands ouverts. À voir, absolument !

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4 réflexions sur “Maléfique : Un conte réinventé, ambitieux et surprenant

  1. Il me tarde encore plus de le voir après ton avis.
    Et se focaliser sur une « méchante », c’est réellement une bonne idée.
    Hâte de voir ce que ça va donner!

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