[CRITIQUE] Le Mans 66, de James Mangold

Pas besoin d’être un fan de voiture ou de courses pour apprécier ce film, James Mangold signe un récit passionnant sur fond de rivalité entre Ford et Ferrari, porté par un tandem impeccable. Le Mans 66 s’intéresse à la compétition aussi bien sur la piste qu’en dehors, à l’ombre d’une course acharnée vers la gloire. Si de petites longueurs jalonnent le film, impossible de ne pas frissonner devant ces superbes scènes de courses à la réalisation incroyable.

Le pitch : Basé sur une histoire vraie, le film suit une équipe d’excentriques ingénieurs américains menés par le visionnaire Carroll Shelby et son pilote britannique Ken Miles, qui sont envoyés par Henry Ford II pour construire à partir de rien une nouvelle automobile qui doit détrôner la Ferrari à la compétition du Mans de 1966.

De plus en plus, les rivalités sportives inspirent les cinéastes, surtout quand celles-ci ont marqué un tournant décisif dans l’histoire contemporaine et/ou ont eu des conséquences dramatiques. En voyant l’affiche de Le Mans 66, difficile de ne pas penser à l’excellent Rush de Ron Howard (2017) qui relatait la compétition captivante entre Niki Lauda et James Hunt, sur fond de Formule 1. Si la thématique est similaire, le film de James Mangold (Logan, Wolverine : Le Combat de l’Immortel, Walk The Line, Une Vie Volée…) s’avère assez différent car au-delà des pilotes, Le Mans 66 met en scène un duo dont les ambitions purement visionnaires vont se confronter au désir de gloire et de renommée des titans de l’automobile de l’époque : Ford et Ferrari. Au centre, une idée : construire une voiture toujours plus rapide (la fameuse Ford GT40 Mark II) mais tout aussi légère, afin de rafler les circuits automobiles et devenir la marque la plus prisée du marché. Au cœur des années 60, l’entreprise Ford est à la traîne derrière Ferrari et débauche Carroll Shelby, ancien pilote et constructeur influent, pour se lancer dans la construction de ce nouveau modèle destiné à propulsé Ford vers les sommets. Guidé par un pilote passionné, le feu Ken Miles, les deux hommes vont voir leurs passions être modelées par les desiderata d’hommes plus animés par l’argent et leurs images. C’est cette différence qui va rendre Le Mans 66 captivant, aussi bien dans ses échanges que dans ses scènes de courses.

Le personnage de Carroll Shelby, incarné par Matt Damon, va constamment osciller entre la bonne volonté et les manigances des bureaucrates coté Ford, et, de l’autre, s’escrimer à dompter son pilote, ingratement considéré à cause de son tempérament. Les enjeux sont conséquents et la pression mise par le succès de Ferrari en arrière-plan étoffe un ensemble hyper dynamique et prenant, Le Mans 66 est une véritable guerre des nerfs qui fleurent bon la stratégie manichéenne. Malgré sa longueur, le film accroche dès le démarrage et même si j’ai regardé ma montre à un moment, James Mangold a réussi à me faire vivre chaque virage et coup trouble aux premières loges. Du coup, Le Mans 66 n’est pas vraiment un film sur la rivalité de pilotes, ni même d’entreprises comme le titre original pouvait également le laisser suggérer. J’ai aimé la tonalité old school, comme un Mad Men aux abords des pistes, tant le film parvient à raconter l’essentiel tout en animant le drama par de la légèreté et parfois de l’humour salutaire. James Mangold maîtrise un rythme certain, piqué par des dialogues affûtés qui permettent une bonne compréhension de l’histoire (vraie) et une réalisation excellente.

Forcément, quand on parle de pilote, on a envie d’être au ras du bitume et Le Mans 66 ne déçoit pas. Essais sur route ou véritable compétition, chaque scène de course accroche instantanément, forçant le spectateur à suivre chaque virage aux aguets, craignant le dérapage à tous les instants. Le résultat est fluide et impeccable, d’une simplicité apparente qui ne fait que renforcer la maîtrise technique de l’œil de James Mangold. Du coup, la rapidité colle à merveille avec les échanges féroces qui se trament aux abords des circuits, tout en rendant hommage au pilote Ken Miles, longtemps ignoré dans le succès de Ford. D’ailleurs, mon seul vrai bémol réside dans la conclusion qui, après un dédale aussi passionnant, boucle avec une fin qui semble déconnectée du reste (trop solennelle et comme rajoutée par obligation), qui aurait pu, selon moi, être coupée pour résumer les derniers événements en quelques lignes sur un écran noir.

Au casting, on découvre un Christian Bale (Mowgli, Vice, Hostiles…) comme on ne l’a pas vu depuis longtemps : un caractère bien trempé, certes, mais aussi souriant, british et accessible malgré les enjeux qui le pressent pendant le film. Voir cet acteur connu pour ses rôles souvent sombres et lourds dans un rôle presque solaire est rafraîchissant. À ses cotés, Matt Damon (Downsizing, Bienvenue à Suburbicon…) complète brillamment ce tandem, à la fois hommes d’affaires et passionnés, permettant de faire le lien entre les personnages. Le duo apporte de l’humour et de la décontraction avec justesse, malgré la charge dramatique et émotionnelle qui flotte autour du film.
Autour d’eux, de nombreux visages connus dont Jon Bernthal (The Punisher, Les Veuves, Wind River…) et Caitriona Balfe (Dark Crystal, Outlander, Money Monster...), mais je noterai surtout le retour marqué de Josh Lucas (The Secret Man, Hypnose…) dans un rôle détestable, certes, mais qu’il interprète très bien.

En conclusion, je le répète : inutile d’être fan de voitures pour apprécier Le Mans 66. James Mangold retrace une compétition féroce et acharnée, déchirée entre les ambitions de gloire des uns et la passion mordante des autres. À l’arrivée, Le Mans 66 est une dose d’adrénaline contagieuse et captivante. À voir.

>>> Et pour prolonger l’expérience, découvrez l’exposition officielle Le Mans 66 au Musée des 24 Heures du Mans (Paris),
ouverte du 21 octobre 2019 au 23 février 2020. Pour plus d’informations, cliquez ici

 

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