
Le pitch : Le Japon se remet à grand peine de la Seconde Guerre mondiale qu’un péril gigantesque émerge au large de Tokyo. Koichi, un kamikaze déserteur traumatisé par sa première confrontation avec Godzilla, voit là l’occasion de racheter sa conduite pendant la guerre.
Depuis le premier film réalisé par Ishiro Honda en 1954, Godzilla en est à sa 37e adaptation sur grand écran… et potentiellement l’une des meilleures à ce jour. Oubliez les versions américaines (dont le « monstroverse » de Legendary Pictures / Warner Bros), toujours incapable d’adapter le plus célèbre de Kaiju sans lui bricoler un adversaire toujours plus méchant pour pouvoir faire de Godzilla un héros, ni lui accoler des personages sans saveur : la Tōhō reprend du service (pour la 33e fois) et montre au monde entier ce à quoi doit ressembler un film Godzilla. Ce n’est pas un monstre féroce mais protecteur, loin de là : c’est une démonstration de force et de terreur destructrice qui va servir à réunifier une nation dévastée par la guerre. Si bien que cette fois, plutôt de donner envie au spectateur de se ranger du coté de Godzilla, le monstre est si effrayant et puissant qu’on se range du coté des personnages, dans un mélange de frissons et d’émerveillement devant ce spectacle dantesque écrit et réalisé par Takashi Yamazaki (Lupin III: The First, Dragon Quest: Your Story, Always : Crépuscule sur la Troisième Rue…).

Godzilla Minus One est un superbe retour aux sources, se plaçant dans le décor d’un Japon vaincu et détruit, qui va peu à peu digérer son échec et tenter de se reconstruire. Si le film n’attend pas longtemps avant de nous donner un aperçu réjouissant du monstre, Takashi Yamazaki s’attache surtout à assembler une narration solide et accessible pour donner du sens à l’action. Là où les versions américains accumulent des représentations interchangeables de scientifiques aux théories inintéressantes, ici le scénariste distille les sentiments de défaite, de honte et de culpabilité à travers ses personnages, dont le héros, Shikishima, un kamikaze déserteur qui a préféré fuir plutôt que d’accomplir son funeste devoir.
Entre reconstruction et déshonneur, Godzilla Minus One parvient à faire évoluer son récit avec un pendant dramatique dense et prenant, qui va transformer la créature menaçante en une promesse de rédemption symbolique, permettant ainsi de clôturer un chapitre douloureux.

On pourrait penser qu’autant de personnages au storytelling aussi lourd pourrait, justement, alourdir la trame et créer des creux. Alors oui, effectivement, après avoir vu de quoi Godzilla est capable dès le début, l’envie de le revoir rapidement tenaille au ventre. Mais là où les personnages de films américains se complaisent dans leurs égos et dans des intentions souvent déconnectables de la présence du monstre, le film de Takashi Yamazaki parvient à lier l’ensemble dans un récit aussi accessible qu’accrocheur et surtout, nécessaire à l’intrigue. Tout cela ne fait que rendre les attaques de Godzilla toujours plus spectaculaires.

Et pour cause, formé depuis ses débuts aux effets spéciaux, le réalisateur nous livre un film exceptionnel ! Grand, furieux, flippant et au faciès qui pourrait bien hanter nos cauchemars, le Godzilla de Takashi Yamazaki est une imposante démonstration de force qui m’a laissé pantoise à plusieurs reprises. Si on est loin des costumes des années 50, Godzilla Minus One fait de nombreux clins d’oeil à ses origines nippones, de scènes de destructions pures à la musique originale qui accompagne Godzilla circa Tōhō ! Amateurs de monstres XXL, de Godzilla et de frissons : accrochez-vous car Godzilla Minus One aussi massif qu’impressionnant ! Le film contient des moments de tensions absolument savoureux et jubilatoire, avec au centre un monstre déchaîné qui balaie sans effort toutes les versions américaines qu’on a pu voir ces dernières années.

Époustouflant, grandiose, spectaculaire… Nombreux sont les adjectifs dithyrambiques que je pourrais accumuler pour vous vanter les mérites de ce qui pourrait bien être le meilleur film (de genre) de l’année, tellement j’ai adoré passer deux heures devant cette démonstration de force. Visuellement, Takashi Yamazaki est un régal et semble dans son élément qu’il soit sur terre, dans l’eau ou même dans les airs, alternant les multiples prises de vue qui permettent à chaque fois de s’étonner de la taille imposante du monstre, donnant ainsi l’impression qu’il est indestructible. Le mixage sonore ajoute également énormément de tensions : du cri de Godzilla à la gestion des silences lourds de sens pendant lesquels j’osais à peine respirer, Godzilla Minus One est une expérience immersive qui laisse bouche bée et les yeux écarquillés.

Oui, mais voilà. Godzilla Minus One est sorti en France uniquement pendant 2 jours et seulement dans quelques salles Pathé. La raison avancée par la Tōhō serait l’envie de pousser les gens à reconsommer du cinéma en salles et non depuis son canapé. Ce que je conçois parfaitement, car j’ai eu la chance de voir Godzilla Minus One sur un écran IMAX, ce qui amplifie considérablement l’effet spectaculaire et gigantesque du film. Je peux vous dire qu’après ça, la bande-annonce déjà grotesque (oui, je m’avance) du prochain Godzilla x Kong a encore plus l’air d’un jouet boursoufflé et sans âme – mais je ne demande qu’à me tromper (*tousse*).

Au casting : Ryūnosuke Kamiki (Kenshin : L’Achèvement, Suzume, Your Name…) porte le film grâce à son personnage déchiré entre sa colère, la culpabilité et également ses responsabilités. Son combat contre Godzilla est finalement une allégorie sur le combat interne qu’il mène contre lui-même, tant il est honteux d’avoir failli à son devoir et à son pays. Autour de lui, on retrouve ou découvre Minami Hamabe (Détective Conan : La Balle Écarlate…), Yuki Yamada, Munetaka Aoki, Hidetaka Yoshioka (Fukushima 50…) ou encore Sakura Andō (Une Affaire de Famille, L’Innocence…), qui formeront un ensemble de personnages faisant écho aux maux qui préoccupent le héros (le devoir, la famille, la nation, etc…).
En conclusion : rare sont les films de monstres qui parviennent aussi bien à conjuguer spectacle et émotions, généralement je vais voir ce genre de films pour m’amuser devant le spectacle et il y a toujours un caractère un poil sympathique attribué à ce genre de monstres, qu’ils s’agissent de Godzilla ou de King Kong pour les plus connus. Avec Godzilla Minus One, Takashi Yamazaki réussit à nous attacher au sort de personnages conquérants à travers des motivations accessibles, tout en faisant de Godzilla un monstre aussi impressionnant que flippant. Si le divertissement est largement au rendez-vous, j’ai été la première surprise à avoir autant le souffle coupé tant Godzilla Minus One atteint des sommets de perfection, pour tout amateur de cinéma de genre, d’action, de SF et/ou de Kaiju. Mémorable et potentiellement déjà culte. À voir, sur un écran approprié !

