Comédie

[CRITIQUE] Le Vertige, de Quentin Dupieux

Le pitch : Jacques se rend chez son ami Bruno pour lui annoncer une nouvelle importante : l’humanité toute entière vit dans une simulation…

Quentin Dupieux (Yannick, L’Accident de Piano, Daaaaaalí…) est probablement l’un des rares réalisateurs français dont on peut encore résumer le synopsis d’un film sans savoir s’il s’agit du vrai scénario ou d’une blague inventée sur le moment. Avec Le Vertige, il s’intéresse cette fois à l’une des théories complotistes les plus populaires : celle selon laquelle notre monde ne serait qu’une immense simulation.

Avec ses allures de Sim’s 1.0, Le Vertige prend rapidement une tournure absurde et légère, où la logique du monde réelle cohabite avec la découverte de “glitchs” dans la matrice. Entre humour et une approche plus ou moins décalée, Quentin Dupieux tourne autour de son sujet, passant plus de temps à essayer de convaincre qu’à réellement montrer des preuves de cette fameuse matrice (en effet, à part un pigeon qui fait du surplace, on aura pas grand chose à se mettre sous la dent).

Comme toujours chez Quentin Dupieux, le plaisir vient surtout de son imprévisibilité. C’est d’ailleurs dans sa deuxième partie que Le Vertige porte enfin bien son nom, en bifurquant sans prévenir vers une satire du monde de l’influence et du succès fabriqué (donnant même l’impression de gentiment se payer la tête d’un certain Gourou). Si ce grand écart reste cohérent avec son point de départ, il laisse aussi beaucoup de travail au spectateur. Et pour cause : lorsqu’on choisit de raconter une histoire en à peine plus d’une heure, difficile d’aborder deux sujets aussi riches sans donner le sentiment de les survoler.

Résultat, alors que j’espérais voir Quentin Dupieux pousser le délire de la simulation jusqu’au bout, Le Vertige préfère finalement raconter l’histoire de deux amis dont la relation se fissure sous le poids de cette découverte. Pourquoi pas. Sauf que le film passe son temps à nous promettre une multitude de glitchs censés prouver que le monde bugue… sans presque jamais les montrer. Et c’est probablement ce qu’il y a de plus frustrant. Avec cette esthétique de vieux jeu vidéo façon Les Sims, Quentin Dupieux avait un terrain de jeu immense pour multiplier les situations absurdes. Au lieu de ça, il préfère les évoquer plutôt que les mettre en scène. On ressort donc avec la sensation qu’il est passé à côté de son propre concept.

Qu’on adhère ou non à la théorie de la simulation, il y avait matière à raconter beaucoup plus de choses. Le Vertige préfère pourtant effleurer son sujet plutôt que de l’explorer. La seconde moitié du film donne même l’impression que Quentin Dupieux cherche surtout une pirouette pour conclure son histoire, plutôt que d’assumer les conséquences de son idée de départ. C’est amusant sur le moment, mais aussi un peu frustrant.

Seule l’esthétique du film semble être la seule proposition audacieuse, à l’heure où le cinéma rivalise de prouesses techniques, entre IMAX, 4K et pellicule grand format. Quentin Dupieux film Le Vertige en prise de vues réelles avec capture de mouvement, avant de transformer le tout en 3D… Mais pas la 3D qui a fait des émules aux débuts des années 2000 mais celle qui rappelle les premiers jeux vidéos. Un contre-pied surprenant, mais qui renforce l’immersion dans cette réalité supposément simulée.

Au casting : j’aurai pu regarder Alain Chabat (L’Amour Ouf, Kaamelott : Deuxième Volet, Partie 1, Play…) et Jonathan Cohen (Bref.2, Ma Mère, Dieu et Sylvie Vartan, Daaaaaalí…) papoter bien plus longtemps, tant les deux acteurs ont un humour naturel et sans effort apparent. À leurs cotés, on retrouve Anaïs Demoustier (La Vénus Électrique, Le Comte de Monte-Cristo…), étrangement méconnaissable d’ailleurs, et Jean-Marie Winling (Irréductible, Jusqu’à la Garde…).

En conclusion, Le Vertige illustre parfaitement les qualités comme les limites du cinéma de Quentin Dupieux : beaucoup d’idées, peu développées, mais suffisamment d’absurde pour décrocher quelques sourires. Heureusement que les films de Quentin Dupieux ne durent qu’une heure et des brouettes (et que j’ai un abonnement UGC), cela permet d’en profiter sans trop de regret et de passer à autre chose plus facilement. À tenter – pour un public averti.

PS : très sympa ce mini-bêtisier à la fin.

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