[CRITIQUE] Play d’Anthony Marciano

Le pitch : En 1993, Max a 13 ans quand on lui offre sa première caméra. Pendant 25 ans il ne s’arrêtera pas de filmer. La bande de potes, les amours, les succès, les échecs. Des années 90 aux années 2010, c’est le portrait de toute une génération qui se dessine à travers son objectif.

Après Les Gamins et Robin des bois, la véritable histoire, Anthony Marciano retrouve Max Boulbil pour sa nouvelle comédie adulescente : Play. Sur fond de nostalgie des années 90-2000, le film permet à son personnage principal de revoir les vidéos qu’il a conservé depuis son enfance, grâce au caméscope offert par ses parents. Focalisé sur ses amis d’enfance, Play revisite les années tendres, ingrates puis adultes, alors que son héros tisse une amitié presque indéfectible avec ses comparses. La vraie star du film sont en vérité les époques traversées : véritable plongée rétro, Play n’omet aucun détail pour bien situer les années qui passent et les clichés associés. De la boum dans le garage au refoulage en boite de nuit, en passant par la musique clairement datée, les Nintendo ou encore le look très jean, le film cherche surtout à plaire aux trentenaires afin qu’ils s’identifient encore plus aux personnages – comme pour contrecarrer ou signifier la fin du règne nostalgique des années 80. En parallèle, Play raconte une histoire d’amour et d’amitiés, tissée à travers des lieux communs à la subtilité absente alors que le héros refuse l’amourette qui lui tend les bras, tandis que le film évoque à peine la séparation des parents, la maladie ou encore les problèmes de drogue d’un des potes du héros… Tout glisse sans laisser de trace.

L’ensemble aurait pu être convaincant s’il n’avait pas été aussi lisse et parfois puéril. Les enfants semblent grandir physiquement, certes, mais mentalement, Play reste coincé au niveau du collège en terme de storytelling et d’humour. Les années glissent sur les personnages qui cherchent vaguement à donner un sens à leur vie avant de jouer aux adultes qui se casent. Confondant naïveté et légèreté, Anthony Marciano vise tellement le traitement universel qu’il finit par romancer un parcours fantasmé. Alors oui, les trentenaires reconnaîtront les périodes, oui on se souvient de la coupe du monde de 98, des chansons qui se répètent pendant la Fête de la Musique et « haha moi aussi j’ai connu la boum dans le garage ! », mais en dehors de ces lieux communs, Play reste finalement très impersonnel, ne parvenant jamais à faire ressentir une réalité palpable tant l’ensemble ressemble à une rétrospective vidéo-clipesque d’une chanson vieillotte. Le film manque d’authenticité, pire, d’émotions à force de fermer les yeux sur les aléas qui auraient pu entacher la bonhomie du film, Play s’efforce de ne rester que sourire et déconnes entre potes (qui disparaissent et réapparaissent de manière commode pour servir la narration). Et si on considère le manque de diversité culturelle alors que les personnages semblent évoluer dans Paris (ou sa région), ce n’est certainement pas MA nostalgie qui va s’activer devant Play ni le véritable sujet de son film qui va arranger les choses.

En effet, Play se rêve histoire d’amour et leçon de morale sur la lâcheté des mecs de son personnage qui se planque derrière sa caméra au lieu d’oser assumer ses sentiments. Malheureusement, ce que le personnage va découvrir après visionnage de ses vidéos, le spectateur, lui, le comprend dès les premières minutes. Du coup, le happy end devenu prévisible se fait attendre longtemps (servi dans un climax totalement pompé sur des romcoms américains produites par Lifetime) et le decorum sensé faire diversion en nous replongeant dans les années 90-2000 ne fait pas longtemps effet. De plus, comme dit plus haut, Anthony Marciano refait équipe avec Max Boulbil, dont il écrivait également ses sketchs d’humoristes… Et là encore, il y a ce cap à passer : celui de l’humour Boulbil, approximatif, fastoche et puéril, qui bénéficie au début de l’effet de surprise avant de lasser.

Au casting justement : Max Boublil (Ma Reum, Robin des bois, la véritable histoire, Le Nouveau…) reste l’éternel adulescent trop gamin pour être attendrissant et le wannabe acteur trop médiocre pour échapper à son registre de confort, face à une Alice Isaaz (Le Mystère Henri Pick, La Surface de Réparation, La Crème de la Crème…) qui joue les love interests sans véritable aspérité. Le film vivotant sur une longue période, plusieurs acteurs camperont les personnages à des âges différents. Ainsi, il y a la paire Gabriel Caballero et Malik Zidi (Tout Ce Qui Me Reste de la Révolution, Le Secret de la Chambre Noire…), les rouquins de service abandonnés en cours de route, et le duo Arthur Perier et Gabriel Brunet, seul personnage qui grandit vraiment, mais en arrière plan parce que la maturité c’est pas intéressant apparemment. Participent également Noémie Lvovsky (Les Invisibles, Rosalie Blum...), peu marquante, et Alain Chabat (Santa et Cie, Réalité…), trop rare.

En conclusion, Play se voulait romantique et nostalgique, mais à l’arrivée ce n’est qu’une comédie pantouflarde qui détourne un effet de mode pour bidouiller un attrape-trentenaire bon public et friand de bons sentiments. Ceci étant dit, j’applaudis l’équipe chargée d’aller récupérer tous les objets « vintages » pour créer les costumes et les décors : on s’y croirait. À tenter.

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