[CRITIQUE] Thelma, de Joachim Trier

Le pitch : Thelma, une jeune et timide étudiante, vient de quitter la maison de ses très dévots parents, située sur la côte ouest de Norvège, pour aller étudier dans une université d’Oslo. Là, elle se sent irrésistiblement et secrètement attirée par la très belle Anja. Tout semble se passer plutôt bien mais elle fait un jour à la bibliothèque une crise d’épilepsie d’une violence inouïe. Peu à peu, Thelma se sent submergée par l’intensité de ses sentiments pour Anja, qu’elle n’ose avouer – pas même à elle-même, et devient la proie de crises de plus en plus fréquentes et paroxystiques. Il devient bientôt évident que ces attaques sont en réalité le symptôme de facultés surnaturelles et dangereuses. Thelma se retrouve alors confrontée à son passé, lourd des tragiques implications de ces pouvoirs…

Si le nom de Joachim Trier vous est familier, c’est parce qu’il a beaucoup fait parler de lui en 2011 avec Oslo, 31 Août, présenté au Festival de Cannes. Après un deuxième film, Back Home (Plus Fort Que Les Bombes) plus discret, Thelma s’offre une sortie plus remarquée et attire l’attention avec son intrigue flirtant entre le thriller psychologique et le fantastique. Jeune étudiante très sage, Thelma a été élevée par des parents stricts : le film de Joachim Trier observe les conséquences d’une telle éducation à travers son héroïne victime de crises aux conséquences étranges. Entre détresse psychologique et frustration physique, Thelma explore le pouvoir du mental sur le corps, tout en tissant une intrigue languide mais efficace.
Joachim Trier cultive une ambiance fascinante, très lente, permettant au spectateur d’avancer au rythme des découvertes et questionnements de l’héroïne, tandis que le film dissèque un personnage complexe, coincée entre le respect des mœurs profondément ancrées par ses parents, ses propres pulsions et ses crises qui influencent son entourage. Thelma parvient à éviter les clichés en ne tombant pas dans l’explicite : toujours à demi-mots et truffés de symbolismes (certes, pas toujours subtiles), l’histoire ne manque pas de profondeur et de rebondissements pour nourrir une trame animée par une tension sinueuse, parfois sensuelle, mais surtout inquiétante.

Pourtant, il y a comme un petit air de déjà-vu qui vient titiller l’esprit : des croyances poussifs, des parents hyper stricts et des capacités extraordinaires déclenchées par autant de répressions… on dirait bien que Thelma pourrait être la cousine éloignée de Carrie, l’héroïne flamboyante et sacrifiée malgré elle de Stephen King (pas la version De Palma, beaucoup moins réussie que la version papier). Ici, la chaleur américaine et les ambitions plus frontales du roman de Stephen King laissent place à la froideur nocturne et à la frustration implicite et envahissante du film de Joachim Trier. Et la comparaison ne s’arrête pas là : de Teeth de Mitchell Lichtenstein à The Witch de Robert Eggers, en passant par It Follows de David Robert Mitchell et le style marqué d’Alfred Hitchcock pour sa mise en scène, Thelma est largement inspiré et s’inscrit dans la lignée de ces films d’ambiance au rythme lent et oppressant qui mêlent une intrigue fantastique à la sexualité, qu’elle soit opprimée ou exacerbée. Du coup, Thelma ne crée pas vraiment la surprise et manque parfois de subtilité dans son approche narrative et l’utilisation de ses symboles ou sous-entendus.

Ceci étant dit, cela ne gâche en rien le résultat. Thelma conserve un intérêt prenant à travers les non-dits qui bouillonnent sous la surface tandis que l’héroïne recherche l’origine de ses crises. Entre sentiments refoulés et lourd secret de famille, Joachim Trier propose une exploration noire et fascinante de l’esprit humain, sans pour autant s’embourber dans une quelconque morale ou ambition autre que de libérer (ou pas) son personnage centrale. Il ne s’agit pas de créer du spectacle, au contraire : Thelma évolue dans la lenteur pour développer un personnage sensible confrontée à ses émotions devenues tangibles. Véritable film d’ambiance, Joachim Trier joue habilement avec une bande sonore qui creuse le caractère instable du film, à travers une photographie léchée et une atmosphère sombre et oppressante mêlant habilement le suggestif au troublant.

Au casting : Eili Harboe (The Wave…) est une jolie découverte, elle incarne parfaitement la fragilité et les craintes de plus en plus domptées de son personnage. À ses cotés, Okay Kaya ne passe pas inaperçue, tandis que Henrik Rafaelsen (Babycall, Lilyhammer…) et Ellen Dorrit Petersen (Acquitted…) sont agréablement crispants en parents obtus.

En conclusion : entre parcours initiatique et objet expérimental, Thelma est un film troublant à la lenteur et ambiance fascinante, malgré un certain manque de subtilité. Visiblement inspiré par les grands maîtres de genres (Stephen King, Alfred Hitchcock…), Joachim Trier doit beaucoup à son ambiance sombre et fascinante qui complète une intrigue à la fois sensible et inquiétante qui ne laisse pas indifférent. À voir, vite.

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