Thriller

[CRITIQUE] Évanouis, de Zach Cregger

Le pitch : Lorsque tous les enfants d’une même classe, à l’exception d’un, disparaissent mystérieusement la même nuit, à la même heure, la ville entière cherche à découvrir qui — ou quoi — est à l’origine de ce phénomène inexpliqué.

3 ans après le réussi (et légèrement perché) Barbare, Zach Cregger signe son retour avec Weapons, rebaptisé Évanouis pour une raison obscure. Et autant le préciser d’entrée : malgré une promo qui martèle l’aspect horrifique, c’est n’est pas un film d’épouvante pur jus. Évanouis est un thriller. Un thriller aux parfums d’horreur, oui, mais qui préfère l’inquiétude rampante à la terreur frontale. Si vous allez voir ce film en espérant être flippé du début à la fin, vous risquez d’être déçus.

Dès les premières minutes, Zach Cregger installe son décor et balance toutes les questions que la bande-annonce avait déjà semées. Puis le film se fragmente en chapitres, chacun centré sur un personnage. On plonge dans le quotidien d’une petite communauté secouée par la disparition en pleine nuit de plusieurs enfants. Entre drame social, comédie noire et angoisse diffuse, Évanouis avance par petites touches, distillant le malaise avec un dosage millimétré. Les chemins finissent par se croiser, les secrets se déterrent, du banal adultère aux desseins nettement plus sombres, en passant par l’alcoolisme, la dépression et l’isolement. À travers cette poignée de personnages, Évanouis cristallise un portrait américain sous tension  et la tension monte doucement mais sûrement jusqu’à nous prendre aux tripes.

À l’instar de Barbare, Zach Cregger brouille les pistes et s’amuse à transformer une ville en apparence tranquille en un nid grouillant de non-dits. Il aime les grands écarts : une photographie éclatante qui contraste avec une tension de plus en plus oppressante, une mise en scène précise qui alterne accélérations soudaines et silences calculés. Oui, il y a quelques jumpscares bien sentis, mais on est loin des sursauts paresseux des films d’horreur sans imagination. Ici, la peur naît de l’attente, des zones d’ombre et de l’anticipation, chaque scène menant un peu plus vers une résolution aussi attendue que crainte.

Porté par une écriture sous forme de puzzle étrange, le film multiplie les points de vue et joue avec les émotions. Ce que j’ai aimé dans le dernier acte, c’est l’absence de justification pour expliquer les motivations du ou des responsables. L’absence de morale croisée à des victimes innocentes fleure bon l’injustice et augmente le sentiment d’oppression ressenti par l’héroïne, alors que la réalité terre-à-terre se fracture face à une menace de plus en plus inexplicable. Évanouis s’éloigne des tropes usés du thriller horrifique pour offrir un hybride étonnant et parfois déstabilisant alors que la confusion collective s’oppose aux quêtes individuelles.

Même si je pense que ça aurait pu faire une excellente mini-série tant l’univers intrigue, en l’état Évanouis propose un cauchemar éveillé, captivant et lancinant, flirtant habilement avec le paranormal et le mythe originel du zombie (version haïtienne, pas The Walking Dead). Et il confirme que Zach Cregger est un réalisateur à suivre de près, surtout avec son prochain reboot de Resident Evil en préparation.
Seul véritable bémol : la fin. Évanouis se coupe net, générique lancé comme un “ok, merci, bye” pile au moment où on commençait à respirer. C’est abrupt, frustrant même. Après Barbare, ça devient une marque de fabrique : Zach Cregger sait comment nous accrocher, mais pas comment nous lâcher.

Au casting : Julia Garnier (Inventing Anna, Wolf Man, Les Quatre Fantastiques – Premiers Pas…) continue ses explorations horrifiques, aux cotés d’un Josh Brolin (Brothers, Dune, Dune, Deuxième Partie…) convaincant. Autour d’eux, on retrouve Alden Ehrenreich (Iron Heart, Oppenheimer, Crazy Bear…) dans un personnage proche de la satyre, tandis qu’Austin Abrams (Wolfs, Scary Stories…), le jeune Cary Christopher, Benedict Wong (Doctor Strange in the Multiverse of Madness, She-Hulk…) et surtout Amy Madigan (The Hunt, Affamés…) complètent un ensemble inspiré.

En conclusion, Évanouis confirme le talent de Cregger pour installer un malaise durable, jouer avec les genres mêlant drame social, thriller et horreur pour transformer une petite bourgade en véritable terrain miné émotionnel. Entre questions et frissons, Évanouis propose une intrigue aboutie… bien qu’un peu gâchée par un point final trop expéditif. À voir.

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