Comédie, Drame

[CRITIQUE] L’Invitation, d’Olivia Wilde

Le pitch : Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à dîner. La soirée va alors rapidement faire voler en éclats toutes leurs certitudes.

Présenté en avant-première au Festival du film de Sundance 2026, le nouveau drame domestique d’Olivia Wilde (Don’t Worry Darling, Booksmart…) n’invente pas vraiment la poudre. De l’international Carnage de Roman Violanski (2011) aux innombrables films français qui maîtrisent l’exercice (Un Air de Famille de Cédric Klapisch, Le Prénom d’Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte, Le Jeu de Fred Cavayé, 8 Femmes de François Ozon…), le huis clos domestique où des couples se croisent, se confrontent et finissent par révéler malgré eux leurs dysfonctionnements est un terrain largement labouré. D’ailleurs, L’Invitation est lui-même le remake du film espagnol Sentimental, de Cesc Gay, sorti en 2020.

Avec un procédé aussi éculé, L’Invitation met tout de même un certain temps à trouver ses marques. Olivia Wilde tente d’insuffler du rythme, du propos et de la forme à son dispositif par l’intermédiaire de dialogues bruyants, qui se chevauchent et se superposent, histoire de donner un peu de corps à un duo dont les failles sont malheureusement prévisibles dès les premières minutes. Le dynamisme reste en dents de scie pendant la première partie du film, atteignant finalement un état de grâce en plein milieu. En effet, une fois la véritable raison de cette rencontre dévoilé, L’Invitation regagne en intérêt, offrant quelques bons moment de franche comédie, entre curiosité et franchise décomplexée. Le film semble trouver une dynamique en mélangeant celle des couples, l’un décontracté et très charnel, l’autre plus rentré et dans la distance. Malheureusement, cela ne dure pas et Olivia Wilde repart dans ses travers. L’originalité retombe comme un soufflé, probablement le même soufflé cramé qu’on nous tease avant de l’annuler au début du film.

Clé de voûte du film, l’inévitable autopsie du couple vient alors surtout confirmer ce que l’on avait déjà compris, tandis que le couple d’hôtes va devoir faire face aux non-dits de leur relation qui ont progressivement créé un fossé entre deux. Le problème n’est pas tant que L’Invitation soit prévisible – après tout, on sait très bien où ce genre de dîner est censé nous conduire – mais qu’il peine à trouver quelque chose de réellement piquant à raconter sur le couple, le désir, la frustration ou l’usure d’une relation. À mesure que les masques tombent, les révélations donnent ainsi davantage l’impression de cocher les étapes attendues du concept que de véritablement bousculer ses personnages.

Huis clos oblige, l’effort est davantage visible du côté de la mise en scène. Olivia Wilde se facilite certes la tâche en installant tout ce petit monde dans un immense appartement rénové en plein San Francisco, suffisamment spacieux pour éviter la sensation de théâtre filmé. Elle parvient ainsi à rendre son dispositif moins statique en faisant naviguer ses personnages d’une pièce à l’autre. Si la géographie globale de l’espace reste assez floue (en dehors de l’emplacement de la fameuse fenêtre), la réalisatrice adresse plus subtilement la disposition des corps dans le cadre. Les rapprochements physiques accompagnent les confidences, tandis que la composition de certaines scènes oppose intelligemment les deux couples : l’un placé devant un arrière-plan dégagé et lumineux, soulignant son apparente ouverture ; l’autre devant un décor plus sombre et encombré, reflet assez évident du fatras émotionnel de leur relation.

Quelques bonnes idées visuelles donc, mais qui ne suffisent pas à masquer les longueurs ni l’impression persistante de déjà-vu, déjà-fait… et souvent en mieux. On peut penser ce qu’on veut du cinéma français, mais sur ce type de film, on a tout de même une bonne longueur d’avance ! L’Invitation a beaucoup de mal à nous faire avaler sa mascarade lorsqu’arrive le fameux moment clé, tant il semble évident que le passage à l’acte annoncé ne se produira pas tant l’ambiance reste chaste, donnant juste ce qu’il faut d’épices pour suggérer l’impensable, sans jamais véritablement franchir le pas. Le film d’Olivia Wilde s’embourbe alors dans un comique de répétition coincé quelque part entre le guignol et le drama souffreteux à la Woody Allen (erk…), au point qu’on ne sait parfois plus vraiment s’il faut rire des personnages ou les plaindre face à leur situation.
Aussi long à démarrer qu’à finir, le film s’échappe dans une pirouette qui ne conclue rien et laisse les protagonistes quasiment a leur point de départ. Dommage.

Au casting, c’est probablement ce qui permet de ne pas trop ronfler devant le film : aux côtés Olivia Wilde (Vinyl, I Want Your Sex, Babylon…) qui fait le job, ce sont surtout ses compagnons d’armes qui animent brillamment la trame. Seth Rogen (Invincible, The Studio, Mufasa : Le Roi Lion…) en compagnon caustique à la franchise désarmante est hilarant, contrastant avec un Edward Norton (Un Parfait Inconnu, Glass Onion, The French Dispatch…) décontracté, bien qu’il peine parfois à incarner le personnage magnétique qu’il semble vouloir être. Enfin, Penélope Cruz (The Bride!, 355, Ferrari…) que, d’ordinaire, je n’apprécie pas tant, survole la distribution.
C’est sûrement là que le female gaze de la réalisatrice change la donne sur l’image qu’on donne souvent à l’actrice espagnole : Penélope Cruz est pleine de charisme, sensuelle et géniale dans le rôle. Avec sa perruque blonde et un tel look, un réalisateur masculin l’aurait transformée en fantasme sur pattes, ici dirigée par une femme, elle est tout simplement sublime et l’opposition parfaite du personnage d’Olivia Wilde.

En conclusion : grâce à quelques bonnes idées et à un véritable effort de mise en scène, L’Invitation échappe de justesse à la mention « raté ». Mais malgré ces qualités et quelques pics d’ingéniosité et d’humour en milieu de parcours, Olivia Wilde livre un drama domestique au concept usé et à la facture parfois un brin prétentieuse, qui n’apporte finalement rien de neuf à l’éternelle et prévisible dissection du couple. À tenter.

Laisser un commentaire