[CRITIQUE] I Feel Pretty vs Isn’t It Romantic : quand les blondes s’attaquent aux clichés des romcoms

Elles sont blondes, elles sont connues pour leurs comédies / humour, elles ne correspondent pas forcément aux diktats hollywoodiens et ont récemment livré, chacune de leurs côtés, une comédie romantique sur fond de parodie et de dénonciation des clichés. I Feel Pretty et Isn’t It Romantic ont le même objectif : prôner l’amour de soi, avec ses qualités et surtout ses défauts. Que valent ces films ? Peut-on les comparer et si oui, lequel est le mieux ? Battle !

I Feel Pretty, d’Abby Kohn et Marc Silverstein
Avec Amy Schumer, Michelle Williams, Rory Scovel…
Disponible sur Netflix depuis le 20 juillet 2018
Le pitch : Suite à une chute une jeune femme ne se sentant pas à l’aise dans sa peau va assumer ses rondeurs.

Comédienne et humoriste américaine, Amy Schumer cultive le franc-parler et la satyre pour décrypter les comportements humains et sociétaux avec humour, un chouille de vulgarité et de psychologie personnelle (et une bonne dose de plagiat, apparemment…). Sur scène, si ses premiers spectacles étaient plutôt efficaces et corrosifs, au cinéma par contre, c’est une autre paire de manche puisque l’actrice s’illustre dans des comédies low-cost et peu valorisantes qui traversent rarement l’Atlantique et quand c’est le cas, comme Crazy Amy, la comédie piquante se transforme en discours moralisateur qui, sous couvert d’humour, condamne la sexualité des femmes (slut shaming) et les invite à rentrer dans le moule conformiste et bien rangé. L’actrice a déjà déclaré certains regrets sur ce film, notamment le fait que les producteurs l’avaient obligé à perdre du poids pour le rôle.

I Feel Pretty, c’était l’occasion d’assumer à part entière sa personnalité et son image, tout en montrant l’exemple contemporain d’une femme et de ses combats quotidiens dans une société de plus en plus tournée vers le culte de l’apparence. Commence ainsi l’histoire d’un personnage invisible, efflanquée de deux copines plus ou moins standards, qui occupent un job dans l’ombre d’une société hyper fashion et glamour. Elle en rêve mais sait que son physique est un obstacle, jusqu’au jour où elle se cogne violemment et se réveille avec une nouvelle conception de sa personne : elle se trouve belle, voire même parfaite.

I Feel Pretty exploite son concept de façon déplaisante et lourde, transformant un personnage accessible en un démon orgueilleux, persuadé que tous les regards sont pointées sur elle avec admiration et envie, faisant donc rimer excès de confiance et arrogance. Du coup, au lieu de s’attacher et de s’identifier à ce personnage, on en vient à la détester tandis qu’elle prend un melon pas possible, sans pour autant tenter de s’améliorer physiquement ou mentalement. Forcément pétri dans un monde cliché, la réussite et les beaux mecs lui tendent soudainement les bras alors que ses véritables amies ne la comprennent plus – vu qu’elle les traite comme de la merde au passage – jusqu’au moment où, patatras, tout s’effondre et qu’il faut recoller morceaux.

Malgré ses bonnes intentions et quelques idées fédératrices (le concours sexy dans le bar), c’est tout de même dommage que l’apprentissage de sa propre valeur passe par ce comportement orgueilleux. Au lieu d’élever son héroïne, le film se moque des gens dit beaux, les faisant passer pour des gens superficiels, stupides ou encore égocentriques. I Feel Pretty tire dans le tas et vise de traviole avec un message qui finalement discrédite aussi bien les clichés que la réalité. Ajoutons à cela que la mise en valeur du personnage, affublé d’un mini tailleur rose histoire d’accentuer ses airs de Miss Peggy, reflète habilement le mauvais goût général de cette comédie au rabais.

Décevant donc, I Feel Pretty vivote autour d’une Amy Schumer (Larguées, Crazy Amy…) qui s’amuse seule dans son coin, persuadée d’être aussi drôle que dans son imagination. Si son personnage était resté naturel, cela aurait pu fonctionner, mais le voir devenir aussi insupportable limite le concept à des gags lourds et sans intérêt. Autour d’elle, Michelle Williams (Venom, The Greatest Showman…) accepte un rôle incompréhensible, Emily Ratajkowski (Gone Girl…) continue de jouer les pin-ups attendues tandis que Rory Scovel (Les Pires Profs…) et Tom Hopper (The Umbrella Academy…) se jouent les faveurs de l’héroïne sans aucune subtilité. On entre-apercevra aussi Busy Philipps (Vice Principals…) et Aidy Bryant (Saturday Night Live…), cantonnées aux rôles des bonnes copines sans intérêt.

En quelques mots : gras, lourd, criard, raté et prévisible
La bonne scène : celle du bar, seul passage où l’héroïne semble assumée et naturelle
Message voulu : avec une meilleure image de soi, on attire le positif
Réalité : être beau, c’est être arrogant et superficiel

***

Isn’t It Romantic de Todd Strauss-Schulson
Avec Rebel Wilson, Liam Hemsworth, Adam Devine…
Disponible sur Netflix depuis le 28 février 2018
Le pitch : Architecte new-yorkaise, Natalie se démène pour sortir du lot, même si on lui demande plus souvent de servir le café que d’imaginer les plans d’un nouveau gratte-ciel ! Et c’est à croire que le sort s’acharne sur elle. Totalement sonnée après avoir été victime d’une agression, elle découvre en reprenant conscience que sa vie a viré au cauchemar : Natalie est devenue l’héroïne d’une comédie sentimentale – elle qui ne croit plus à l’amour depuis longtemps !

Rebel Wilson et moi, ce n’est pas l’amour fou. Souvent utilisée pour jouer les side-kicks de romcoms (grossophobes), elle a accumulé des rôles potaches et insupportables qui, au-delà de dénigrer les femmes rondes, semblaient également s’auto-dévaloriser pour pouvoir percer à Hollywood. Pour une fois dans un premier rôle avec Isn’t It Romantic, l’actrice Australienne laisse pour une fois de coté son physique pour créer un personnage accessible et un poil cynique puisqu’elle ne croit pas en l’amour et sert tout de même de bonne pâte auprès de son entourage. Suite à un coup sur la tête, encore, elle se réveille dans un monde de comédie romantique où tout est beau, parfait, parfumé et accueillant.

Contrairement à I Feel Pretty, le film conserve le naturel de son personnage pour le faire évoluer dans un monde qui a été modifié et c’est la confrontation des deux qui rend l’ensemble léger puisque l’héroïne pointe du doigt tous les clichés improbables des romcoms avant – évidemment – d’y céder. Alors que l’étalon de service la courtise et que sa meilleure amie au travail s’est transformée en rivale, Isn’t It Romantic cherche à percer la carapace de l’héroïne afin de lui faire comprendre qu’elle doit s’ouvrir aux autres… et à elle-même. Si l’amour reste au bout du chemin, le film prend tout de même le temps de s’amuser en permettant au personnage d’être conscient de son environnement (les scènes de sexes sont toujours coupées jusqu’au lendemain matin, ses pensées sont audibles en voix off et son meilleur ami gay apparaît toujours comme par magie). La surface enchantée ne parvient pas à camoufler les défauts de l’héroïne qui finit par réaliser petit-à-petit qu’elle doit modifier sa propre perception de la vie et surtout d’elle-même pour pouvoir se réaliser. Isn’t It Romantic a bien compris comment jouer avec les codes de la comédie romantique, entre parodie et message accessible, sans se moquer de ses personnages. Et ça se voit : l’actrice principale est ronde et je dois dire que le choix de ses costumes la met superbement en valeur, que ce soit avec des robes moulantes ou des coupes empires – contrairement à I Feel Pretty qui transformait Amy Schumer en Barbie low cost et mal fagotée.
Dans l’ensemble, j’ai aimé cette comédie festive, (body) positive et légère qui a su rester drôle et accessible sans trop en faire.

Au casting, c’est la première fois que j’aime Rebel Wilson (Pitch Perfect, Célibataire, Mode d’Emploi…) dans un film, justement parce que le focus n’est pas mis sur son physique mais sur la personnalité de son personnage et son appréhension hilarante du monde qui l’entoure. Légère, drôle et accessible, j’aimerais la voir plus souvent dans ce registre. Autour d’elle, on retrouve son pote de Pitch Perfect, Adam Devine (Le Nouveau Stagiaire, Modern Family…) joue les love interests face à un Liam Hemsworth (Independence Day Resurgence, Hunger Games…) qui fait étrangement du Chris Hemsworth (en moins bien). Priyanka Chopra (Quantico, Baywatch – Alerte à Malibu…), Brandon Scott Jones (The Good Place…) et Betty Gilpin (Glow…) complète un ensemble coloré.

En quelques mots : léger, fun et drôle
La bonne scène : le karaoké, bien sûr et Liam Hemsworth au saxophone
Message voulu : il faut s’aimer pour être aimé
Réalité : il faut s’aimer pour être aimé

***

En conclusion : l’Américain Amy Schumer fait dans l’humour gras et bas de plafond à travers une comédie qui dénigre ses personnages et ses clichés, malgré un message qui aurait pu être fort. En face, l’Australienne Rebelle Wilson est accessible dans une comédie pétillante qui s’amuse des clichés romcom pour livrer un film effervescent. Du coup, on adhère aussi bien aux personnages qu’au message positif.

And the winner is : Isn’t It Romantic !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s