Épouvante-horreur

[CRITIQUE] Hokum, de Damian McCarthy

Le pitch : Ohm Bauman, un romancier se retire dans une auberge en Irlande pour disperser les cendres de ses parents. Mais les récits du personnel au sujet d’une sorcière ancestrale hantant la suite nuptiale s’emparent peu à peu de son esprit…

Après l’obscur Oddity l’année dernière, Damian McCarthy revient avec Hokum, un film d’épouvante toujours ancré dans son Irlande rurale, austère et brumeuse. Une terre parfaite pour accueillir récits de malédictions locales, folklore inquiétant et personnages visiblement au bord d’une bonne dépression nerveuse.

Sur le papier, Hokum coche d’ailleurs beaucoup de cases du bon film d’horreur automnal : un écrivain aigri venu s’isoler dans un hôtel perdu au milieu des bois, un personnel un peu étrange, des histoires de sorcière piégée dans une des chambres de l’hôtel, un ivrogne local qui balance des avertissements cryptiques, des chèvres cascadeuses et même une serveuse qui ressemble fortement à un potentiel love interest. Bref, le décor semble prêt pour un classique récit de hantise à l’ancienne. Sauf que le film resserre finalement assez vite son intrigue autour de son personnage principal, dont le mal-être profond devient rapidement le vrai sujet du récit.
Le titre du film donne d’ailleurs une bonne indication de sa direction. “Hokum” signifie balivernes, une manière de rejeter les propos d’une personne sans leur accorder la moindre crédibilité. Une notion qui colle parfaitement au héros du film, sceptique face aux histoires paranormales racontées par le personnel de l’auberge, même lorsque les événements commencent doucement à fissurer sa rationalité.

Visuellement, Damian McCarthy mise avant tout sur l’atmosphère. Entre forêt inhabitée, lumière naturelle froide et intérieur d’hôtel à moitié plongé dans l’obscurité qui devient rapidement un terrain de jeu abandonné, Hokum construit une ambiance sinistre plutôt efficace. Comme dans Oddity, le réalisateur privilégie les espaces clos, les silences pesant, tandis que l’idée qu’une présence invisible peut rendre un lieu banal profondément dérangeant. La première partie fonctionne d’ailleurs plutôt bien. Même si les dialogues servent surtout à poser le contexte, le mystère intrigue suffisamment pour donner envie de suivre cette enquête ésotérique qui se transforme peu à peu en descente psychologique. D’ailleurs, Hokum rappelle parfois La Chambre 1408 de Mikael Håfström (2007) dans sa manière d’enfermer un personnage seul face à ses propres démons, tout en laissant planer le doute sur la nature réelle des événements.

Malheureusement, le film de Damian McCarthy finit par se perdre dans sa propre lenteur. À force de suivre son protagoniste en solo pendant une partie du récit, l’ensemble devient rapidement un peu ronflant. L’image manque souvent de dynamisme et certaines séquences s’étirent inutilement, au point où l’attention commence franchement à décrocher, même quand on essaie de nous réveiller à coup de sursaut. Le plus frustrant reste que derrière son ambiance plutôt léchée, Hokum s’avère finalement assez simpliste et cousu de fils blancs. Damian McCarthy soigne ses effets horrifiques avec sérieux : quelques jumpscares, des apparitions furtives et autres visions d’horreur viennent ponctuer le récit avec efficacité. Mais le parallèle autour du parcours initiatique du héros, marqué par une terrible tragédie d’enfance, est tellement souligné qu’il finit par perdre en subtilité, tout en éraflant la misogynie rurale.

Au casting : Adam Scott (Severance, Madame Web, The Monkey…) délaisse un temps le petit écran pour s’aventurer dans un film plutôt intimiste, où il incarne un personnage grincheux mais qui parvient tout de même à rendre accessible. Autour de lui, on retrouve David Wilmot (Hamnet, House of Guiness…), Austin Amelio (The Walking Dead, Song to Song…), Peter Coonan (Bad Sisters, Peaky Blinders…) et Michael Patric (Smother, Les 100…), tandis que Florence Ordesh (Foundation…) sera au centre des intérêts de ces messieurs.

En conclusion : pour les amateurs de films de genre aguerris, le flippomètre restera probablement assez calme. Ceci dit, dans la salle où j’étais, Hokum a clairement réussi à faire son petit effet. Pour ma part, je retiendrai surtout son ambiance sinistre et sa capacité à laisser l’imagination du spectateur combler les zones d’ombre. Hokum est un film d’horreur imparfait et un peu anecdotique, mais dont les intentions sincères empêchent totalement de le balayer d’un revers de main. À tenter.

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